aquaserge
the possibility of a new york for aquaserge/made to measure vol.46
crammed recordsmtm46
lp/cd
Les New-Yorkais de Sonic Youth ont publié en 1999 le très remarqué « Goodbye 20th century » en hommage à John Cage, Christian Wolff, Yoko Ono et Steve Reich. Le groupe de rock français Aquaserge s'attèle en 2021 aux réinterprétations de pièces modernes de Giacinto Scelsi, Gyorgy Ligeti, Edagrd Varèse et Morton Feldman dans son « Possibility of a New York for Aquaserge ». Dans un format s'offrant des libertés pop savante, avant-rock ou encore rock progressif, depuis 2005 le groupe à géométrie variable s'inscrit dans cette nouvelle intelligent pop française aux côtés d'Arlt ou Powerdove. Certaines excursions ici, par exemple sur « Comme des carrés de Feldman », nous rappellent la collection vinyle Rectangle autour des rencontres entre jazz et formations rock telles Heliogabale ou Prohibition qui semblent aussi inspirer ce titre en question. Un disque rapide, en huit titres frais, aux compositions sages parfois clinquantes, lorsque la poésie prend le dessus avec Paul Verlaine, quand l'instrumentation s'acoquine aussi avec l'écrivain allemand Rainer Maria Rilke sur une des premières compositions de Morton Feldman. On reconnaît le travail de composition assez facilement, néanmoins certaines d'entre elles jusqu'à la dernière « Nuit altérée » semblent beaucoup trop sages à mes oreilles. Je vous laisse la liberté d'en savoir un peu plus notamment à travers le travail soigné des vidéos qui accompagnent certains titres et qui paraissent faire partie d'une approche globale et complémentaire au volet sonore sorti conjointement en CD et vinyle.
cyrille lanoë
duthoit / oshima / lebrat
rouge
free sonnemf010
distribution : inouie distribution
cd
Le trio féminin annonce la couleur, l'album « Rouge » lance une série de quelques concerts en avril prochain. Isabelle Duthoit à la voix et à la clarinette, Yuko Oshima à la batterie et Soizic Lebrat au violoncelle, ont ainsi formé ce trio sans nom en 2015. Marqué au fer rouge de l'improvisation libre, le trio joue des coudes et se joue des codes dans une approche combative et musclée, telle une danse , de la musique qui se pratique dans l'instant. Un minimalisme étiré à son maximum pour s'approcher d'un réductionnisme aux silences salvateurs. Cinq mouvements principaux où à l'intérieur, ruissellent des micro-événements, des pas de côté à pas de loup, ça scrute, ça cherche sa proie. Cinq images sonores aux nuances feutrées enveloppantes, tantôt rassurantes sur « prizadujumal », tantôt angoissantes sur « manjyushagé ». On y est. On y est plongé. On y est plongé dans la nasse. On y est plongé dans la nasse tel un boxeur acculé dans les cordes. La proie est a priori maitrisée. Elle ne s'affole plus. Mais elle respire encore. Le tapis rouge est déroulé mesdames. 
 
 
 
 
 
cyrille lanoë
fritz hauser
escalier sous la pluie
lenka lente9791094601426
livre-cd
Rendre le visible audible et vice versa. Cartel sonore pour une exposition, à la fondation Vincent Van Gogh d'Arles, dans un musée ouvert par le mécène Luc Hoffmann pour une exposition commandée par Brice Curiger (historienne de l'art et conservatrice de musée, critique d'art et éditrice suisse), où le percussionniste suisse Fritz Hauser expose son « Hachures pour Arles : Escalier sous la pluie ». Hachures, « Schraffur » en allemand, est un projet inauguré sur disque en 2012 sous le titre « Schraffur for gong solo » (édité par le label Shiiin), jeu artistique et musical centré sur le mouvement. Pour cette exposition le mouvement est celui qui s'apprête à tracer au fusain ou au feutre noir fin ou épais, non pas sur toile, même s'il s'inspire d'estampes japonaises d'Utagawa Hiroshige, comme l'a fait aussi Vincent Van Gogh, particulièrement la série intitulée par l'artiste japonais « Pont sous la pluie », mais dans l'escalier de la maison du XIVe transformée en musée. Inspiration comme vous le lisez, qui ruisselle jusque dans le titre de son œuvre exposée. Brice Curiger ouvre quasiment le livre paru chez Lenka Lente par cette présentation « (…) des enceintes déversent le son de l'averse d'Hauser verticalement dans l'escalier ». Nous aussi auditeurs, sommes naturellement transportés par la verticalité sonore proposée par la pièce enregistrée par Thomas Gassmann, signée Fritz Hauser et insérée comme d'accoutumée en mini cd dans ce livre s'apparentant à un catalogue d'exposition, de longues virgules sonores aux mouvements souvent amples, pas toujours dans le détail, fusains qui se transforment parfois en rotatives, expression de la circularité des gestes restitués ici. Le livre se lit comme un échange de savoirs croisés autour des œuvres conjointes de Fritz Hauser, Vincent Van Gogh et Utagawa Hiroshige par Guillaume Belhomme et Brice Curiger. Guillaume y va de ses références autour d'Antonin Artaud ou Paul Claudel entre autres pour toutes portes d'entrée sur la connaissance et pour nous la découverte du beau travail de Fritz Hauser. D'un point de vue sonore nous ne sommes pas loin des univers de Burkhard Beins ou Steve Roden, rien que ça.
cyrille lanoë