paolo angeli
jar’a
rér megacorplp 13 – 2021
lp
Initié à la guitare par son père et ayant participé à l’improvisation collective du Laboratorio Di Musica & Immagine, Paolo Angeli travaille au milieu des années 90 avec l’artisan Francesco Concas à la création d’un instrument hybride inspiré de la guitare sarde, qui comprend 18 cordes, de petits marteaux, des pédaliers et des hélices. Cet instrument inventé va faire de lui une espèce d’homme-orchestre, apte à proposer en temps réel des séquences de guitare et de violoncelle, voire de batterie. Le projet de Paolo est tout aussi hybride que son instrument, puisqu’il alterne dès lors une forme de musique plutôt « pop », et des expériences plus pointues en compagnie de Ned Rothenberg, Evan Parker ou Hamid Drake. À écouter Jar’a, suite en six parties, on comprend ce qui a pu intéresser Pat Metheny à se rapprocher du guitariste sarde : ils ont en partage le goût des grands espaces. Complétée par quelques effets électroniques, la suite intéresse surtout quand elle s’ouvre, par la voix de Paolo et celle de son invité, le chanteur Omar Bandinu, aux traditions du chant sarde, apportant un supplément d’âme et d’émotion à une musique cependant un peu trop balisée. 
 
 
 
 
 
claude colpaert
oker
susurrus
shhpuma recordsshh 064 – 2021
lp/cd
Cela a débuté avec Pip. (oui, Pip point), un duo entre le trompettiste Torstein Lavik Larsen et Fredrik Rasten (guitares), avec pour l’instant deux albums parus en 2016 puis en 2019. Mais dès 2018, le contrebassiste Adrian Fiskum Myhr et le batteur Jan Martin Gismervik les rejoignirent, avec à la clé un premier opus, Husene våre er museer, de sept improvisations collectives. Le label lisboète assure leur seconde production, Susurrus. Un enregistrement pour lequel chacun des partenaires offre une composition, toutefois mise en forme par les quatre musiciens. S’il y a une dominante dans l’esprit des pièces de cet enregistrement, à savoir une musique plutôt minimale pour laquelle les quatre instrumentistes usent de techniques particulières parfois proches d’un travail de musique concrète (effets percussifs de la trompette, drones à la guitare, des sets de percussions étendus à des objets du quotidien...), avec un travail minutieux sur les timbres, chacun des quatre titres propose des variantes : facture plutôt planante, faite de bruissements pour « Filament », un côté plus paysager avec l’impression d’entendre des sons naturels (bois, pierres) et une structure plus hachée dans « Lichens », tandis que « Learning To Float » se veut plus répétitif et obsédant, et que « Formation of Starlings » propose une aura plus trouble et mystérieuse.
pierre durr
the selva + machinefabriek
barbatrama
shhpuma recordsshh 064 – 2021
cd
Ce trio portugais, dont l’intitulé signifie « La Jungle », est formé d’un violoncelliste (Ricardo Jacinto), d’un contrebassiste (Gonçalo Almeida) et d’un batteur (Nuno Morão), chacun ayant déjà œuvré au sein d’autres formations portugaises (IKB, Pinldraft, Roji, Parque...) voire néerlandaise (Spinifex pour le contrebassiste). Après deux enregistrements (The Selva, Cleanfeed CF427, et Canicula Rosa CF518) faisant montre d’un foisonnement entre diverses influences musicales, improvisées ou composées, allant jusqu’à l’évocation de la Renaissance, ce Barbatrama a été réalisé en collaboration avec Rutgen Zuydervelt, alias Machinefabriek, introduisant ainsi à leur luxuriance sonore l’apport de l’électronique. Décliné en neuf étapes, l’enregistrement plonge l’auditeur dans un environnement étrange, d’aspect plutôt sombre, grinçant, parfois plus lancinant, voire sautillant, en suspension sinon planant. Des bribes de voix peuvent surgir (« Trabamaba »), le violoncelle peut se faire plus emphatique et aérien (« Babarmatra »), et malgré ses colorations inquiétantes, cette jungle est des plus envoûtantes. 
 
 
 
 
 
pierre durr