alessandra eramo
tracing south
corvo recordscore016
distribution : metamkine
lp
Il est difficile de ne pas être insensible à l'art sonore d'Alessandra ERAMO. Chaque apparition discographique, pour la plupart chez Corvo Records, est souvent d'une grande curiosité. Son approche de l'art et de la poésie sonore, est rendue attachante par son minimalisme faisant se rencontrer plusieurs courants, du Fluxus à la Sound Poetry. Mais aussi à des courants ayant une manipulation dans l'électroacoustique, et une tonalité dans une electronica basée sur la voix, comme chez Alejandra & Aeron et leur label Lucky Kitchen, un pied dans le rock indé « lo-fi », un autre dans l'expérimental. Le titre quasi blues « southern landscape » ne le démentira pas. Concernant l'utilisation de la voix, on retrouve, outre un aspect polyphonique avec un langage que l'on croirait inventé en direct, une certaine réappropriation d'essais sonores estampillés contemporains, ou rendus comme tel malgré eux, comme chez Alvin Lucier, ou une diction parfois proche, profitons-en pour le saluer, il vient de nous quitter dans l'indifférence totale, du grand poète expérimental new-yorkais John Giorno (à écouter le titre « My favourite A train »). Les petites touches de collages sonores entre autres sur « Song for the sun », sont comme à chaque fois de très bon goût et surtout ont un lien direct avec ses voyages sonores (comprendre que ce disque réunit des enregistrements au Chili, à Stockholm et Berlin entre 2016 et 2019). Ce qui serait vraiment de bon goût serait de la voir performer en France, ce qui à ma connaissance ne se fait pas assez.
cyrille lanoë
(((vluba)))
a-mu-kia (fur future)
nashazphonenp-29
distribution : metamkine
lp
(((vluba))) est un duo argentin œuvrant dans les musiques cosmiques, rituelles et droniques. Tel un digne héritier de l'esprit Sun Ra dans la forme, à la sauce psychédélia depuis le début des années 2000 et donc loin d'en être à son premier coup d'essai. Pour ma part, je ne les connaissais absolument pas et découvre alors ces espaces mêlant acoustique à cordes et feedbacks délibérément planants, sur une longue plage qui couvre la première face et sent bon les essais les plus ambiant de certains disques du No Neck Blues Band ou Sun Sity Girls. On ne croit pas si bien dire car en brouillant les pistes, ledit duo incorpore petit à petit les percussions un tant soit peu tribales, à base de cloches et peaux tendues. J'avais découvert il y a environ cinq ans le duo italien Father Murphy, qui jouait sur les mêmes tempos tout en y injectant de la voix et un esprit dark wave, que l'on retrouve ici teinté de guitares et cuivres free de façon éloignée sur la deuxième face, ou bien de façon plus claire sur leur titre « Grape Nation ». On le voit bien qu'il y est question de dosage savant, pour rester dans le cosmique. Et ce n'est pas le dernier excellent titre « Mu Camel » qui prouvera le contraire, avec des percus froides et répétitives pouvant rappeler la cassette de Bernard Grancher (sortie Da heard it ! Records) dont je vous parlais dans notre numéro papier d'été. Bon voyage !
cyrille lanoë
1127
tqaseem mqamat el haram 2016-2019
nashazphonenp-31
distribution : metamkine
lp
Retour au Caire chez Nashazphone après Ramleh et (((Vluba))) , avec l'artiste 1127, à ne pas confondre avec 5599 du duo Foussat/Brousseloux sur le même label. Il n'y a pas de lien entre l'électroacoustique de ce duo et l'electronica de 1127. Une electronica dure qui joue les gros bras dans l'infra-basse. Du filtre et encore du filtre, à la Peter Rehberg ou Kurt Liedwart souvent, au fil des titres (11 au total pour continuer de parler chiffres) qui s'assemblent de fort belle manière et laisse s'immiscer parfois des voix locales. Plus les titres passent, plus durs ils se font, plus longs aussi, et si l'on se replonge chez certains artistes 12k sur la première face, c'est pour mieux embrouiller les choses ensuite. De clashes en débris, l'album se termine comme il a commencé sur des strates chères à Tim Hecker, évoqué à juste titre dans la feuille de presse mais pas essentiellement représentatif comme vous en jugez. Pour ma part, j'ai ma préférence pour le cœur du disque tout en pics et plongeons musicalement physiques. 
 
 
 
 
 
cyrille lanoë