rhodri davies / louisa hendrikien martin
soldercup
fourier transform011
distribution : metamkine
cd
Je crois comprendre que ce disque est publié en vinyl à un très petit nombre d’exemplaires. Je dispose d’une excellente démo en CD (not for resale, donc). Mais pas de problème avec le support, je recommande immédiatement l’acquisition de la galette. Travail habile de recomposition à partir d’enregistrements de concerts dès 2006, “Soldercup” relève de la musique “électro-industrielle”. Il y a retraitement en 2010 des matériaux bruts (la harpe de DAVIES s’évapore), fonte et refonte, nous amenant à de magnifiques phrases, où les organismes sonores se déploient avec souplesse. Poésie mécanique, donc, où tout à coup on se surprend à entendre une scie circulaire (c’est l’époque où, sur certains plateaux, on pense à rentrer le bois pour l’hiver...). Magnifique illustration de ce beau paradoxe de l’abstraction concrète.
dominique répécaud ( dino )


the master musicians of jajouka
the source
le son du maquis181
distribution : harmonia mundi
cd
Enregistré en 2006 à l’occasion de la réalisation par les frères Éric et Marc Hurtado (connus pour leur groupe “Étant Donnés”) d’un film à venir d’ici la fin de l’année (“Jajouka, quelque chose de bon vient vers toi”), cette nouvelle production de l’ensemble dirigé par Bachir Attar comble un vide relatif à la documentation relative à la musique et à la culture de ce petit village du Rif marocain. Il s’agit donc de huit titres joués in situ et sans les contraintes (ni les orientations esthétiques contre-nature et culture) de la production rencontrées précédemment : du disque de 1968, initiative de Brian Jones au dernier en date, produit en 2000 par Talvin Singh. On retrouve avec “The Source” la magie qui avait bouleversé Brion Gysin et qui inspira de nombreux auteurs, cinéastes ou musiciens (de William Burroughs à Ornette Coleman, via les Rolling Stones et Bernardo Bertolucci...). Nous entendons “la” musique de JAJOUKA, celle qui depuis plus de 2000 ans intrigue, fascine et séduit. Classiques traditionnels issus du répertoire nous aspirant véritablement. D’autres musiques de l’Afrique du Nord s’inscrivent dans une dynamique équivalente (c’est le cas des Gnawa, du Diwan...) ; ce qui frappe ici, c’est la dimension de l’orchestre (11 musiciens) et de la spirale créée par les différents “pupitres” en osmose (ghaïtas, flûtes, tambours, voix, guimbri). Une pièce jamais enregistrée apparaît aussi, une musique de guérison, à elle seule justifiant l’écoute en boucle de ce disque exceptionnellement vivant.
dominique répécaud ( dino )


the right moves
the end of the empire
ultramarine001
cd
Trio de la côte est (Brooklyn) formé par le guitariste Ninni Morgia, le bassiste Stuart Popejoy et le batteur Kevin Shea, THE RIGHT MOVES nous apporte son deuxième album. Pour les connaisseurs, le premier connut la participation du trompettiste Peter Evans. Free-rock, pour faire simple. Plutôt mélodique, post colemanien. Les influences du free jazz, de certains groupes psychédéliques sont donc présentes, celle de Marc Ribot aussi.
Étirement des phrases, énervements électroniques et saturations dans la lignée de Sun Ra, voire de Faust, voilà de quoi ravir les amateurs du genre.
dominique répécaud ( dino )


armchair traveller
schöne aussicht
staubgold digital6
cd
Il s’agit de la nouvelle production de Werner Durand, Silvia Ocougne, Sebastian Hilken et Hella von Ploetz. Mon premier contact musical avec Werner Durand et Silvia Ocougne fut 13th Tribe, groupe où nous rencontrions déjà Pierre Berthet, il y a près de vingt ans. Folk répétitif et/ou progressif ? Oui, avec un mélange sans cesse en évolution de sonorités complémentaires, issues des orgues de verre et guitare acoustique, violoncelle et différentes percussions non occidentales, différents tuyaux et instruments à bouches (de l’harmonica aux flûtes en PVC). Alliage subtil de sons résonnants et d’attaques sèches, rythmes très marqués et nappes fluctuantes. Il y a de la matière et de l’énergie ; du son, de beaux paysages...
Parfait pour glisser dans la torpeur et en sortir indemne.
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )


michel doneda / john russell / roger turner
the cigar that talks
pied nupn0110
distribution : metamkine
cd
Enregistré en janvier 2009, ce cigare qui parle nous offre ce qui peut être considéré comme le trio idéal. Le triangle est une figure bien connue des trois musiciens. La complémentarité et la complicité de Michel DONEDA (saxophones soprano et sopranino) et Roger TURNER (batterie, percussion) nous apporte une matière dense, brillante, une lave sur laquelle les attaques de la guitare de John RUSSELL surfent à leur rythme. Une musique (le phénomène) qui avance, énonce sa révolte avec ferveur et total engagement. Virtuose ? Certainement, et ce n’est pas bien grave, quand cette qualité n’enferme pas.
 
 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )


fille qui mousse
se taire pour une femme trop belle
futura red04
cd
Quarante ans après l’enregistrement (en juillet 1 971) j’écoute enfin les plages mythiques (j’ai raté une édition chez Fractal en 2 002) de ce groupe qui n’a ni vraiment joué ni vraiment existé. Ce groupe fut fondé par l’artiste peintre Henri-Jean Enu qui rassemble ici autour de lui quelques personnalités plus ou moins connues (Dominique et JeanPierre Lentin, Barbara Lowengreen, Daniel Hoffmann, Benjamin Legrand, Sylvie Peristeris et Denis Gheerbrandt ; Léo Sab et François Guildon étant considérés comme invités sur ce disque). Si Enu se place en qualité de directeur d’orchestre et compositeur, on comprend bien qu’il s’agit d’un travail expérimental qui associe selon les plages des sousgroupes diversement constitués. Contemporain de la grand époque de Can ou de Gong, ce travail présente des caractéristiques similaires aux esthétiques défendues par les deux "super-groupes" : influence de certaines cultures exotiques (non occidentales), répétition, poésieaction, rock psychédélique, free-jazz, électronique expérimentale, distance par rapport aux idiomes dominants et aux genres identifiés...
"FILLE QUI MOUSSE est dès sa naissance un groupe qui s’inscrit dans une trajectoire située à l’opposé d’une démarche musicale. L’une de ses caractéristiques est d’être un groupe illusoire" déclarait HenriJean Enu à l’époque. La démarche dont témoigne cet enregistrement est largement plus intéressante que cette affirmation : il s’agit d’une belle aventure, que l’on prend plaisir à écouter aujourd’hui, y compris dans sa perspective naïve.
dominique répécaud ( dino )


yann paranthoËn / christian zanÉsi
portrait d’irène zack / un portrait sans visage
césaré10/01/9/1
distribution : metamkine
cd
Bijou. Une belle écoute proposée ici pour parfaire notre connaissance du créateur phonographe Yann PARANTHOËN disparu en 2 005 dont le travail est évoqué par J.C. Camps dans R&C 85, à propos de l’ouvrage (indispensable) "Yann PARANTHOËN, l’art de la radio".
Ici, deux pièces en miroir. La première, un portrait d’un sculpteur au travail en 11’27". L’essentiel est dit, enregistré, proposé à l’écoute : la parole de l’artiste et le son, le geste de son travail. "Est-ce que c’est la sculpture qui chante ?"
À partir des sons enregistrés par "l’homme de radio" et répondant à sa demande, Christian ZANÉSI propose "Un portrait sans visage" œuvre électronique de 9’03". Au-delà de la démonstration réussie qu’il est possible, à partir d’un même solide matériau de base, de proposer plusieurs œuvres complémentaires et fortes, nous retiendrons que nous disposons ici d’un double et magnifique poème sonore. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )


pivixki
gravissima
lexicon devillexvev030
distribution : metamkine
cd
Course de fond entre le pianiste Anthony Pateras et le batteur Max Kohane. Tous deux excellents techniciens et connus pour d’autres authentiques exploits.
Je suis perplexe, comme je pouvais l’être face à certaines réalisations du rock progressif d’antan. Je crois que quiconque adore le piano et la batterie craquera à l’écoute de cet enregistrement. Qui va vite, loin et fort. Parfois, la performance évoque quelques-unes des figures impossibles des pianos mécaniques de Nancarrow, ou quelques échanges bienvenus dans le domaine du jazz moderne. Linéaire et pourtant époustouflant. Ce qui n’apporte cependant pas toujours le souffle poétique. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )


seeded plain
entry codes
creative sourcescs 180
distribution : metamkine
cd
Cette réalisation de Bryan Day et Jay Kreimer est issue d’un travail effectué avec des instruments créés par les deux artistes. Comme je ne sais que peu de choses de ces deux musiciens américains, je situe leur activité dans un domaine s’étendant pour les références de John Cage (œuvres pour percussion) par certaines couleurs, à Roger Turner (pour d’autres nuances) et Jean Dubuffet (pour le hasard et le jeu). Métallique, parfois résonnant avec tuyaux et gamelles, parfois pas, lorsqu’il s’agit de ce qui s’apparente à des cordes. Un bouillonnement sonore dynamique nous accompagne d’un bout à l’autre de cet enregistrement. Une basse-cour de tubes et autres ferrailles. Très plaisant. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )


tenko
energeia
shoh201
cd
On attend chaque nouveau disque de TENKO, parfois longtemps, comme si elle tenait à se faire oublier. Six années après celui réalisé avec le groupe Étage 34, est enfin disponible “Energeia”, le premier effectué solo (voix seule) en vingt-neuf ans de carrière et quinze disques.
Pour mieux connaître cette grande et trop discrète artiste, on se reportera à l’étonnant et bel entretien proposé par Carole Rieussec dans R&C 84. Ce sera certainement, pour beaucoup d’entre nous limités en connaissance des langues orientales, plus simple que les notes écrites par Otomo (le Japonais garde souvent son secret) dans le livret du disque.
Ce disque est magnifique. Lors de l’en- tretien évoqué plus haut, elle répond : “Je fais un son et ça m’amène au suivant... Je chante puis ce que j’entends me conduit à la chose d’après”. Cela semble évident... et pourtant. C’est une véritable impro- visatrice comme il y en eut peu dans le domaine vocal. On pense parfois à Annick Nozati. Pas d’effets, une inten- sité dramatique très forte, car nul ins- tant ne renvoie à une pensée en construction. Il s’agit de la vie et d’émo- tion. Le méta-langage (impressionniste, concret ?) utilisé par TENKO est un matériau très riche. C’est le reflet de l’émotion de l’instant. L’image du monde, le reflet de l’acoustique, d’un déplace- ment imperceptible... Un théâtre sonore. Le sien et curieusement, tout à coup, le nôtre. Elle pourrait chanter le silence, en silence. Nous pourrions l’en- tendre.
dominique répécaud ( dino )


michel chion
diktat
nuun001
distribution : metamkine
cd
Melchisedech ou Melki-Tsedeq ("Roi de Justice") est un mystérieux personnage biblique qui apparaît brièvement dans l’histoire d’Abraham telle que la rapporte
le livre de la Genèse. Le nom est symbolique (roi de justice) comme son titre de roi de Salem (Paix)... Ce clochard-prophète a été "interprété" par Michel CHION, en sept fragments et magnétophone deux pistes en 1979 et... trente et une années plus tard sur un double-CD inaugurant pour notre bonheur une nouvelle collection dirigée par Lionel Marchetti, lequel introduit avec pertinence le travail fixé ici. Les textes (diverses langues) sont de et par Michel CHION, accompagné pour un autre personnage par Lanie Goodman. La création et la réalisation sonore est de CHION. Son auteur définit "Diktat" comme un mélodrame obscur, faisant fi de la cohérence et de l’intelligibilité (et s’opposant ainsi à d’autres oeuvres connues, comme "La Tentation de Saint Antoine"). CHION le compare à un film (d’anticipation, de science-fiction?) non sous-titré venu d’ailleurs. Comparaison juste; et le film nous emmène très loin, vraiment très loin.
Nous aimerions bien que le cinéma, le théâtre atteigne ce niveau de poésie sonore, proposée par ce voyage au cœur d’une tempête dans un crâne. Indispensable aux amateurs de langages et de déconstruction, de voyage dans le temps, de poésie, de version originale, de musique concrète ou non, de tempête et de crâne.
dominique répécaud ( dino )


liu fang / malcolm goldstein
along the way
philmulticpmpcd809
distribution : metamkine
cd
Liu FANG est une musicienne chinoise exilée au Canada. C’est une virtuose, de renommée internationale, jouant la musique traditionnelle ou contemporaine de son pays d’origine sur deux instruments magnifiques que sont le pipa (luth chinois) ou le guzheng (cithare chinoise). Elle improvise aussi et a rencontré le maître occidental Malcolm GOLDSTEIN, violoniste plus connu des cercles de musique expérimentale.
Ils ont enregistré en duo ce fantastique double CD. Si le deuxième (et excellent) disque propose uniquement des duos librement improvisés, le premier (enfin, le CD numéroté 1), expose de façon passionnante les cultures et techniques de chacun, alternant solo et duo, écriture et improvisation. Et même, mise en perspective lorsque GOLDSTEIN ré-interprète une pièce de Béla Bartok que celui-ci avait déjà transposé à partir d’un enregistrement de 1935 (par Halima Hvro) d’une chanson traditionnelle d’Europe centrale... On découvrira avec autant de bonheur un blues halluciné du même GOLDSTEIN ou une pièce du compositeur chinois Liu Tianhua. Ce qui frappe c’est d’abord la parfaite entente, issue bien sûr d’un exceptionnel niveau d’écoute des deux instrumentistes. Ensuite (et dans le même temps) leur capacité à quitter naturellement des idiomes pourtant très marqués esthétiquement. Ce ne peut être rendu possible que par cette qualité indispensable qu’est la maîtrise du style... Ce que l’on attend des artistes... mais que l’on n’obtient pas toujours... Malgré la plus grande linéarité formelle apparente proposée par le pipa, le violon étant plus "trash" (enfin, relativement, des variations étant apportées par les tenus à l’archet, ce qui peut en autres considérations techniques le différencier du luth), le dialogue subtil s’installe lors des improvisations en duo. On peut dire que nous avons à entendre une musique qui avance, ce qui la place dans la catégorie poésie.
dominique répécaud ( dino )


emmanuel holterbach
23 panoramas de frÉquences
galerie roger tator
distribution : metamkine
livre-cd
Il y a un livre, avec des images qui représentent le contexte (cadre) de l’enregistrement effectué. Des commentaires de chacune de ces 23 photographies (lieu, date, heure, sujet, technique de prise de son utilisée, sensation, émotion). L’aventure fractionnée se déroule de 2006 à 2010 entre Lyon et Saint-Etienne, en divers lieux. Il y a des textes qui permettent à l’auteur de préciser son intention. D’évoquer des questions de fond liées au design sonore urbain, à l’audio-tourisme. Lionel Marchetti introduit et commente l’affaire, et avec son talent habituel, souligne le lien de ce travail avec la pensée de Henry-David Thoreau. Il y a donc un disque avec ces 23 pièces. Il y a des sauterelles, des lampes au néon, des climatiseurs, des grenouilles, des chauve-souris, des antennes, des chaufferies, des autoroutes, des oiseaux, une pharmacie, des transformateurs, des aérateurs... De la vie, de l’urbanisme, une nature qui survit, de la patience, de l’écoute et de l’expérience.
Une belle poésie. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )


greg stuart / michael pisaro
july mountain (three versions)
gravity-wavegw 00
distribution : metamkine
cd
Enregistrements de 2009. Fascinant. Le rêve, la vague. Je pense tout simplement qu’il faut écouter le travail de Michael PISARO, ce disque-là et puis d’autres (ainsi, j’aime beaucoup "Ricefall 2"), et certainement les réécouter. Il est de ces compositeurs qui nous emmènent, comme ont pu le faire il y a fort longtemps les "maîtres" "maîtres" de la musique dite ambiante ou celle de la répétition... avant l’invention de l’ascenseur... Le sens de la matière (et du grain) en plus avec PISARO. C’est du son qui provient de certains territoires, traités d’une façon puis d’une autre. On visite avec un grand angle, on revient pour un détail. Comme dans un roman de James Joyce, un dessin d’Henri Michaux, un film de Chris Marker. 
 
 
 
 
 






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dominique répécaud ( dino )


the work
see
ad hoc22
distribution : rer usa
cd
Une réédition attendue. Le groupe rock des années 80-82. Tim Hodgkinson (sortant alors de Henry Cow, et faisant face à une Margaret Thatcher au plus fort de sa forme...), Bill Gilonis, Mick Hobbs et Rick Wilson activent (inventent) le punk progressif anglais et nous délivrent en cinq disques
– enfin tous disponibles en CD – l’énergie politique qu’il nous manquait alors, celle du chaînon perdu entre Captain Beefheart et This Heat. "Rubber Cage", "Slow crimes",
"Live in Japan", "See" (le dernier du groupe en activité), puis "The 4th World" dessinent les lignes brisées rassemblées sur le label Woof, dont une compilation "7 inches" vous permet de revivre les meilleurs moments des groupes malheureusement oubliés (The Lowest Note, Andy Bole – génie méconnu, Het – chef d’œuvre incontournable...) du label fondé par Hodgkinson, dont le "tube" enragé de THE WORK: "I Hate America", hymne disponible uniquement sur ce disque. Pour la petite histoire, le groupe se reforma avec une énergie intacte au début des années 90 (époque "See") et tourna à nouveau pendant deux ans.
Sombre et joyeux, énergique et brutal, brouillon et lumineux, délirant et convaincu, le discours sonore de ce groupe de rock, nous permet de décoller du siège. Avec des guitares grinçantes, une batterie épileptique ; quelques autres instruments acides et des voix inimitables. À écouter très fort.
dominique répécaud ( dino )


zeitkratzer
whitehouse : electronics
zeitkratzer recordszkr 007
distribution : metamkine
cd
ZEITKRATZER est un ensemble de musique contemporaine formé en 1997 à Berlin par Frank Gratkowski. Sa renommée a dépassé le cadre relatif de la musique expérimentale depuis qu’ils ont enregistré avec Lou Reed une version de "Metal Machine Music". Il regroupe pour cet enregistrement réalisé à Marseille en 2009 (au GMEM) 10 instrumentistes parmi lesquels nous avons identifié Matt Davis, Rhodri Davies, Ulrich Philipp. Il s’agit de la transposition de pièces du compositeur William Bennett, plus connu sous le nom de Whitehouse. Comme l’indiquent les notes de la pochette, cette musique électronique a été enregistrée sans électronique, il s’agit donc "d’Extreme Acoustic Music". C’est fantastique, bref, définitif. De l’ordre d’une sublime expérience sonore. De l’extrême bruit mélodique. Nécessaire. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )


kristoff k roll / daunik lazro
chants du milieu
creative sourcescs 219
distribution : metamkine
cd
« ..On s'élance, on risque une improvisation. Mais improviser, c'est rejoindre le Monde, ou se confondre avec lui. On sort de chez soi au fil d'une chansonnette... »
Extrait de « De la ritournelle » de Messieurs Deleuze et Guattari (in Mille Plateaux/Editions de Minuit), dont nous ne pouvons que recommander une nouvelle fois la lecture. Cette publication en est une bonne raison.
DAUNIK LAZRO est un des rares improvisateurs dont il est possible de posséder, et d'écouter, la discographie en intégralité. La contrainte ou la nécessité ont fait, font, qu'il ne sature pas le marché, distillant ses interventions à intervalles de bonne durée, tout au long de sa carrière, comme il se doit pour l'artisan. Chacune de ses apparitions gravées mérite l'attention. La collaboration avec les KRISTOFF K ROLL remonte à l'époque de la création de « Le petit bruit d'à côté du coeur du monde », oeuvre majeure de ce trio atypique, oeuvre essentielle à la compréhension du coeur du monde, qu'il convient de réécouter... C'est lors des sessions de captation destinées au film – hautement recommandé de Christine Baudillon consacré à notre saxophoniste rebelle (« Horizon vertical ») que furent enregistrées ces sons, en 2009. On y perçoit une « tonalité » nouvelle, une tension inédite, la voix du saxophone enveloppant avec douceur une musique plutôt industrielle du duo « électro » de Frontignan. Dans ses notes du livret, Carole Rieussec évoque la couleur liée à l'acoustique particulière de l'espace où ils jouèrent. Espace que l'on peut considérer particulièrement inspiré, à l'écoute de ce beau poème sonore. Destiné à toutes « zoreilles ».
dominique répécaud ( dino )


hans joachim irmler / jaki liebezeit
klangbadklangbad 65
cd
J'avais, je l'avoue, perdu la trace de mon idole de jeunesse, Jaki LIEBEZEIT, dont il convient encore et toujours de souligner l'importance dans l'évolution de la musique de la fin de XXème siècle, avec le groupe allemand Can, et particulièrement sur cette période magique de 1968 à 1974 (disques et concerts). Ce disque, qui l'associe à l'organiste Hans Joachim IRMLER, membre du non moins légendaire groupe Faust, nous replonge dans des sonorités anciennes (un orgue souvent saturé qui peut nous rappeler celui de Mike Ratledge dans Soft Machine) mais témoigne d'une vitalité toujours aussi plaisante à entendre. Bon moment de transe. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )


ensemble progressivo
hesitancy
creative sourcescs 266
distribution : metamkine
cd
Coordonné par Ricardo Tejero (anches), l'ENSEMBLE PROGRESSIVO réunit des musiciens issus de différentes cultures. Sur cet enregistrement de 2013, nous pouvons entendre Alison Blunt au violon, Adrian Northover au saxophone, Marcio Mattos au violoncelle et électronique ainsi que Roberto Sassi à la guitare électrique. Comme son nom l'indique, ce groupe est concerné par la progression en matière musicale, en opposition directe aux conceptions minimalistes et répétitives défendues par ailleurs et par d'autres. Composition et improvisation sont les ingrédients de cette musique de bonne tenue. L'esthétique n'est pas figée, bien au contraire : selon les pièces, les échos de diverses tendances développées lors de ces cinquante dernières années, souvent mélangées affleurent (du free jazz à la pédale wah-wah, via Berio et Globokar..). On perçoit l'envie d'en découdre, particulièrement sur la pièce numéro 5, belle suite de 20 minutes qui emporte l'auditeur loin de ses à priori. Ce groupe joue bien, et mérite toute notre attention. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )


edward graham lewis
all under
editions megoemego 194
distribution : metamkine
cd
Musique électronique de facture traditionnelle (boucles, développement linéaire...) qui me laisse relativement froid sur les deux premières plages. La troisième, The eel wheeled, apporte une dimension dramatique plutôt intéressante, la voix dessinant, à la fois par la dimension narrative et les différentes couleurs utilisées (traitements efficaces) une belle tension poétique. Phénomène que l'on retrouve sur la quatrième, No show Godot, qui après une plutôt longuette introduction, nous offre une radicalité rock avec tout ce qu'il faut, là où il le faut, nous rappelant le Berlin des années 80. Enregistré entre 2003 et 2013 en Suède, par le bassiste du légendaire et efficace groupe Wire, qui reprend pour l'occasion son premier prénom, Edward. Observons que cette écoute peut être utilement complètée par celle de All Over réalisée pour le même label en 2014, et que les deux pochettes rappellent très fortement l'esthétique de...Wire, justement. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )


the alliteration
creative sourcescs 265
distribution : metamkine
cd
Ces enregistrements de 2011 nous permettent d’entendre des compositions collectives de Nikolaus Neuser, Manuel Miethe, Floros Floridis, Gerhard Gschlössl, Antonis Anissegos, Akira Ando et Maurice de Martin. Musique improvisée d'un ensemble engagé dans une tradition quelque peu datée mais toujours réjouissante, qui nous permet de retrouver quelques beaux artistes plutôt rares, comme Floros Floridis. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )


francesco giomi
con brio-musica acusmatica
die schachtelds 12
distribution : metamkine
cd
Pièces enregistrées entre 1995 et 2011. De quoi se faire une idée du travail de FRANCESCO GIOMI, compositeur italien particulièrement préoccupé par le recyclage de matériaux ou musiques pré-existantes ou la relation entre ces mêmes matériaux et sa propre pratique (électronique) et esthétique. Pour exemple ici, Flamenco, pièce à priori très éloignée de l’idiome traditionnel, mais qui propose une réelle tension lors de l'exposition de beaux arpèges électroniques : la composition repose sur une énergie suffisante pour que l'hommage aux grands guitaristes portés par le duende soit acceptable. Cette compilation permet de mettre en évidence la capacité de l'artiste à s'exprimer de façon très libre dans des contextes très différents, de la poésie sonore (relation avec la voix) au jazz...ethnique (relation au saxophone). 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )


evan parker / george lewis / joelle leandre / derek bailey
28 rue dunois juillet 1982
fou recordsfr06
distribution : metamkine
cd
Le 28 Rue Dunois fut, pendant une douzaine de saisons, un espace parisien consacré à la musique improvisée à la charnière des années 1970 et 80. Nous avons pu y découvrir quantité d'artistes improvisateurs, y vivre de multiples expériences dans ce lieu dont l'activité trouva plus tard une suite aux Instants Chavirés de Montreuil, deux endroits d'Ile de France où le preneur et amateur de sons Jean-Marc Foussat s'exprime depuis plus de trente années, en stéréo directe et magnétophone Revox pour ce disque. C'est le même Foussat qui fut à l'origine au DUNOIS du disque d'un groupe (de free-rock) essentiel : Massacre (Frith, Laswell, Maher). Ce quartet ne se produisit qu'une seule fois en concert, lors de ce temps qu'il nous est permis de retrouver ici. Cette rencontre de quatre personnalités essentielles de la vie musicale de la fin du siècle dernier apporte des informations techniques et esthétiques de fond pour quiconque découvrirait cette pratique de l'improvisation. C'est le temps de la maturité pour Derek BAILEY (guitare) et Evan PARKER (saxophones), entourés des jeunes virtuoses Joëlle LEANDRE (contrebasse) et George LEWIS (trombone). Maturité pour les premiers (ils sont anglais), impliqués dès le milieu des années 60 dans l'improvisation totale, se démarquant du free-jazz et apportant une dimension nouvelle à la musique européenne – dont la création d'un des premiers labels indépendants, Incus et l'organisation du festival Company week ; virtuosité et ouverture chez les deux autres (l'une française, l'autre américain), tout autant impliqués dans les musiques savantes, le théâtre musical ou l'électroacoustique que dans l'improvisation. Une musique et des artistes de référence qui fixe forcément l'image d'une époque ouverte et créative, mais qui ne prend pas une ride.
dominique répécaud ( dino )