mathieu bec / guy-frank pellerin
saxa petra
setola di maialesm3680
cd
Guy-Frank Pellerin, qui habite en Italie, joue souvent avec le batteur Marcello Magliocchi ; quant à Mathieu Bec, on a pu l’entendre avec Michel Doneda : la rencontre de Guy-Frank et de Mathieu s’impose avec évidence. Elle bénéficie de l’acoustique réverbérée de l’église Saint-Sylvestre des Brousses (Hérault), qui rend pleine justice à la richesse des timbres malaxés par les deux complices. Le saxophoniste soprano, ténor et alto alterne travail sur le souffle, brefs emportements free et notes tenues d’une belle épaisseur, dont le grain traduit la sensibilité de ce musicien. Le percussionniste fait feu de tous bois, pierres, peaux et métal. Il obtient notamment de stimulants roulements (sans doute avec des billes ?). Mathieu propose, relance et invente avec beaucoup d’à-propos, de vivacité et de dynamisme, sans jamais forcer le trait. L’impression laissée par le duo est celle d’une démarche attentive, aérée, claire, inspirée. Un régal pour les sens. 
 
 
 
 
 
claude colpaert
alvin curran / giancarlo schiaffini / alipio carvalho neto / sergio armaroli
from the alvin curran fakebook-the biella sessions
dudicilune dischied 386
2cds
Enregistré en décembre 2016 dans une petite ville piémontaise, ce double CD offre un parcours à travers les compositions du compositeur (et interprète) Alvin Curran, lesquelles s’échelonnent entre le début des années 70 (« Under the fig tree ») et les années 2000. Rappelons que ce natif de Providence (Rhode Island), qui se partage entre les États-Unis (il a enseigné au Mills College) et l’Italie, fut l’un des fondateurs du Musica Elettronica Viva (avec Frederic Rzewski et Richard Teitelbaum), un créateur d’installations sonores, et un membre actif de la scène improvisée transalpine et européenne dès les années 70 (cf. Real Time, avec Andrea Centazzo et Evan Parker !). Et c’est justement des partenaires italiens (et un brésilien) qu’Alvin Curran (piano, électroniques et shofar) a retrouvés pour reprendre une douzaine de ses compositions (ainsi qu’une improvisation collective, « The Answer Is… »). Giancarlo Schiaffini, le tromboniste, fut d’ailleurs celui qui créa avec son auteur « Under the Fig Tree » à l’orée des années 70. Alipio Carvalho Neto, expatrié brésilien, œuvre au saxophone, tandis que Sergio Armaroli officie au vibraphone et percussions diverses. Une section rythmique (contrebasse, batterie) rejoint le quartet pour trois titres. L’orientation principale des titres choisis relève ainsi du jazz d’avant-garde improvisé, certains assez radicaux (« Max’d Out »), d’autres, tels les « Sequence », cinq courtes saynètes, sont plus apaisés. Au milieu d’un jeu de déconstruction de thèmes, de turbulences diverses et leurs transformations en morceaux presque statiques, le travail sur les timbres semble être l’un des buts recherchés. L’improvisation collective de plus de 33 minutes sur le second CD s’éloigne de ce schéma quelque peu jazzistique, pour davantage aborder les rivages d’une musique électroacoustique tourmentée. On peut aussi noter que plusieurs pièces du recueil, quoique composées dans les années 80 ou 90, trouvent dans cet enregistrement leur première parution.
pierre durr
richard raux-hamsa
kundalini
monster melodies recordsmmlp14
lp
Une nouvelle parution documente le jazz improvisé français des années 70. après les rééditions récentes opérées par souffle continu (Dharma, Cohelmec Ensemble, et quelques enregistrements initialement parus chez futura), après surtout l’édition récente d’enregistrements restés inexploités, tels contrepoint, Birgé/Gorgé, voire Thollot (mais les enregistrements dataient de 1969 !), voici ce Kundalini, de Richard Raux et de sa formation Hamsa. Richard Raux, après son passage au sein de Magma (premier album) et sa présence sur le mythique devanture des ivresses de Melmoth, créa Hamsa, groupe qui réalisa deux albums officiels, le premier en 1975 (label Fiesta), le second en 1981 (chez Mercury). Kundalini, l’enregistrement live réalisé en décembre 1976 dans les studios de la maison de la radio, est donc consécutif au premier, mais présente déjà un line-up proche du second, avec en particulier Siegfried Kessler au piano (instrument absent du premier). On y trouve donc sans surprise quelques titres du premier disque : le titre éponyme, évoquant l’énergie cosmique, « andranomadio », aux rythmes africains très prononcés, « la grande île », bien sûr madagascar, où il vécut pendant son enfance, et déjà un titre du second, « new reggae » ; plus quelques autres. au milieu d’un jazz funk nourri de rythmes à la fois africains et indiens issus du syncrétisme culturel qui baigne certaines rives de l’océan indien, surgissent quelques accents (le saxophone, les voix) qu’on avait déjà entendus au sein du premier opus de Magma… Le tout cherchant à atteindre une sorte de transe.
pierre durr
trio blurb
w
evil rabbit recordserr27
distribution : metamkine
cd
un trio austro-britannique – Mia Zabelka au violon, John Russell à la guitare, Maggie Nichols à la voix – né en 2010. un premier enregistrement réalisé à Londres et paru presque clandestinement en 2013 (ce fut la dernière production du label autrichien extraplatte) nous révéla un trio dont les trois membres sont actifs, depuis près de 30 ans (mia) voire 50 ans (Maggie et John), sur la scène des musiques improvisées européennes, avec cependant une certaine discrétion. Ce W offre deux sets captés à Londres, respectivement en septembre 2017 et en mars 2018, qui mettent en évidence la capacité de chaque musicien (ne) à tirer son épingle du jeu (les différentes manières d’aborder la voix pour l’une, la polyvalence de la violoniste, le jeu saccadé, sec, expérimental et rythmé du guitariste), sans tirer la couverture à elle ou lui, dans une parfaite communion et un respect du travail des deux partenaires. 
 
 
 
 
 
pierre durr
jacopo costa
l’expérimentation dans la musique rock
livre
Thèse de doctorat, Université de Strasbourg – Décembre 2018

Sous-titrée « recherches historiques, sociologiques et analytiques », cette thèse de près de 420 pages (avec plus 130 pages de documents annexes, interviews et extraits de partitions) s’appuie principalement sur l’étude de l’œuvre de Frank Zappa, de Rock in Opposition (à travers Henry Cow et Stormy Six principalement), et de la formation italienne Yugen. Nourrie de divers témoignages (Chris Cutler, Guigou Chenevier, Bernard Gueffier, Steve Feigenbaum, Franco Fabbri, Francesco Zago, Marcello Marinone), elle est d’abord contextualisée : il s’agit bien de musiques « classées rock », à travers leur évolution entre 1950 et 2000, avec leurs formes d’expérimentation comparées à celles de la musique contemporaine, avec leur appréhension par les structures (labels, médias) et les publics (entre intérêt et désintérêt, ce dernier étant souvent à l’origine de structures alternatives de diffusion). Après avoir donné des éléments historiques et sociologiques se rapportant à Frank Zappa et au mouvement Rock in Opposition, l’auteur réserve la seconde partie de sa thèse à l’étude musicologique des œuvres de Zappa, Henry Cow, Stormy Six, et de la formation italienne, plus actuelle, Yugen, notamment à travers quelques pièces emblématiques (respectivement « Brown Shoes don’t make it », « RIO », « La Luciole » et « Ragiomamenti », « Cynically Correct »). Si le choix de Frank Zappa apparaît presque obligatoire sinon conventionnel pour une étude de l’expérimentation dans le rock, l’idée de faire un focus sur Rock in Opposition est judicieuse, car le mouvement est très peu traité dans le domaine universitaire. Quant à la prise en compte d’Yugen, elle relève à la fois de la volonté d’évoquer les années 2000-2010 et d’un choix très personnel (l’auteur émargeant dans l’un ou l’autre enregistrement de cette formation italienne relativement inconnue dans l’Hexagone). Bien que l’étude ne vise pas à l’exhaustivité, le lecteur aurait sans doute apprécié la prise en compte de formations ou artistes français*, voire allemands (certains tenants du krautrock ?).

* Guigou Chénevier (Etron Fou Leloublan ayant été membre de RIO) n’est cité que pour évoquer les relations avec les médias, les instances de subvention, les structures de diffusion…
pierre durr