marco albert / bryan day / jay kreimer
mutations
public eyesore recordspe142 – 2018
cd
Dans sa chronique sur Avant Music News, le camarade Ernie Paik voit deux façons d’écouter Mutations : soit en allant à la recherche d’un maximum d’informations sur les musiciens et leurs secrets de fabrication, soit en acceptant simplement le mystère (« Accept the mystery », réplique entendue dans A Serious Man des frères Coen). Soyons un peu entre les deux : Marco Albert, Italien résidant à Oaxaca au Mexique, Bryan Day, de San Francisco, et Jay Kreimer, de Lincoln, Nebraska, ont joué ensemble en 2017 au festival de Queretaro, au Mexique (on peut voir un extrait de leur concert sur YouTube, FÏME - Festival Internacional de Improvisacion y Musica Extrema / Set IX). Les trois musiciens ont eu envie de continuer l’expérience, mais chacun chez soi, Marco Albert se chargeant du mixage final. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce travail à distance ne nuit en rien à l’homogénéité du trio, ni, ce qui est plus surprenant, à la dynamique de l’ensemble. C’est sur une trame électronique avancée par Marco qu’interviennent les instruments inventés par Bryan et Jay, qui semblent constitués de métal et de ressorts, percutés ou frottés. Les six « Mutations », parfois agrémentées par les interventions vocales de Marco, en italien, en anglais ou en espagnol, tour à tour chuchotées, gutturales ou réverbérées, voire chantées, réussissent à captiver, qu’elles tintinnabulent, qu’elles ferraillent ou qu’elles glougloutent. D’aucuns trouveront qu’il manque des images et des sous-titres, mais on peut tout à fait à mon sens se contenter de leur absence.
claude colpaert
john wolf brennan
nevergreens
leo recordslr865 – 2019
cd
pago libre
cinÉmagique 2.0
leo recordslr863 – 2019
cd
Il y eut la trilogie bleue (entre 1989 et 1994), puis la trilogie jaune (1998-2009) et nous sommes en attente de la trilogie rouge (qui devrait débuter avec un premier volet l’année prochaine). En attendant, voici Nevergreens. « Green » ? Le vert est la combinaison entre le bleu et le jaune : vous l’avez compris, il s’agit d’une sorte de compilation reprenant des extraits des deux trilogies. Mais pourquoi « never » ? Evergreen aurait peut-être été plus judicieux : manière de montrer, pour John Wolf Brennan, qu’il est toujours présent, après une période plus discrète depuis le début de la décennie, simplement marquée par une sorte de pèlerinage syncrétique en deux étapes* ? Le pianiste irlandais, installé depuis la fin des années 70 en Suisse centrale (où il débuta avec le quintet Impetus), a cherché à puiser dans ses précédents enregistrements solos l’essence de son art, en les recontextualisant, en leur créant un nouvel écrin, lequel inclut toutefois un (très) court inédit, « Homing », extrait d’une pièce radiophonique présentée en 2009. Son art, qui mêle approche classique et jazz, se manifeste surtout par son lyrisme et son extrême fluidité. S’il a parfois recours au piano préparé (« Rump-L-Rumba »), à l’emploi d’un archet pour frotter les cordes (« Isle of View »), c’est toutefois avec une relative parcimonie, pour rester fidèle à cette atmosphère enjouée pleine de subtilités qu’il sait mettre en œuvre.
Dans la foulée, Leo Records réédite le 3e opus de Pago Libre, Cinémagique (paru initialement sur TCB Music, label du Montreux Jazz, en 2001), en y ajoutant près de 18 minutes avec trois inédits (mais pourquoi en avoir exclu « Transylvanian Harbour » et « Transylvanian Railroad Train », très courts ?). Rappelons que cette formation plus ou moins permanente du pianiste se veut transnationale en intégrant (à l’aube du millénaire) aux côtés de Brennan le violoniste autrichien Tscho Theissing, le corniste russe Arkady Schilkloper, et le contrebassiste italien Daniele Patumi. Comme son titre l’évoque, il s’agit d’une musique évoquant le cinéma, sans références à des films précis, mais se lovant dans l’univers de Hitchcock, Godard, Tarkovsky, Fellini (parfois à travers leurs écrits). La formation en 2001 était encore à ses prémisses, et allait s’inscrire dans un univers Mitteleuropa fécond.

* Son trio avec Tony Majdalani et Marco Jencarelli.
pierre durr
peter cusack
aral sea stories… and the river naryn
corvo recordscore 017 – 2019
lp
Peter Cusack continue sa quête des sons de notre œkoumène, lequel nous documente à la fois sur la perception de la nature, ses atteintes par l’anthropisation, et ses tentatives de régénération. Un de ses terrains d’étude, du fait de sa taille bien sûr, mais aussi parce que l’action de l’homme, à travers une mise en coupe réglée de la nature et qui s’y est presque relevée systématique, reste l’immensité asiatique. Après nous avoir fait découvrir la magie de la fonte des glaces du lac Baïkal, les paysages lugubres mais pourtant encore habités des environs de Tchernobyl, et les champs pétrolifères autour de la mer Caspienne (Sounds From Dangerous Places), c’est une vision ouverte de la mer d’Aral qu’il nous propose ici. Tout le monde connaît cet espace emblématique des dérives de l’exploitation humaine : afin de favoriser (principalement) l’irrigation des champs de coton à partir des années 60, l’homme a réduit de plus de 75 % de sa superficie cette mer intérieure, créant aussi la ruine des activités de pêcherie. La prise de conscience, certes tardive, a peu à peu conduit ces dernières années les pays limitrophes à chercher des solutions pour régénérer cet espace. Peter Cusack s’est surtout focalisé sur un village du Kazakhstan en plein renouveau, dans la partie nord de la mer d’Aral (quoique cela semble se faire au détriment de la partie sud !), renouveau qui peut aussi avoir une incidence sur une ville frontalière de Kirghizistan distante de plus de 1 000 km de la mer d’Aral, située sur un affluent de l’Amou-Daria, l’un des deux principaux fleuves alimentant la mer d’Aral. Une leçon de géographie/ethnologie sonore qui s’appuie en particulier, bien sûr, sur l’élément aquatique…
pierre durr
joe rosenberg ensemble
marshland
quarkqr201925 – 2019
cd
S’il est toujours plaisant d’entendre Coltrane, Mingus ou Ellington, force nous est d’admettre que depuis bien longtemps, le jazz se mord la queue et se satisfait de redites et autres hommages plus ou moins narcissiques. Libéré un temps de ses codes, uni au rock, au classique ou à l’électronique, sans oublier sa main mise sur les « musiques du Monde », il avance masqué sous divers atours, sans briser pour autant ses liens archaïques. Les chercheurs ont bien tenté de scanner sa carcasse pour y découvrir les pistes de nouvelles explorations, mais ils n’ont le plus souvent abouti qu’à un retour du même, ou à l’abstraction de concepts sans âme ni chair. Il est donc d’autant plus troublant de rencontrer, dans l’expression la plus immédiate de cette musique moribonde, un réel motif de plaisir, à peine tempéré par l’orthodoxie du propos…
Tous les deux ans, vers la même époque, Joe Rosenberg nous fait parvenir un disque de jazz affranchi de la prétention à l’innovation. Sa musique, fondée sur l’évidence des mélodies, la souplesse du rythme et l’intelligence des harmonies, s’en remet en grande partie à la pertinence d’instrumentistes rompus à l’exercice et libres de traiter comme ils l’entendent la matière première de ses compositions. S’y croisent donc, autour du soprano du leader et des fûts et cymbales d’Edward Perraud, compagnon de la première heure et initiateur du Label Quark où paraît le présent Marshland, les saxophones ténor et soprano de Daniel Erdmann, souffleur allemand partageant avec le batteur les dérives du trio Das Kapital, le trompettiste belge Bart Maris, partenaire du percussionniste au sein du sextet 69, et last but not least, le contrebassiste français Arnaud Cuisinier, fidèle de Rosenberg depuis la création de l’Ensemble en 2014. Tous gens de bonne intelligence, adhérant au projet pour mieux le soutenir ou l’ébranler. « La Danse », longue tresse de lignes étirées sur la durée, tisse dès l’ouverture la richesse ondoyante d’une toile harmonique proche de ce Third Stream empruntant au classique. Pourtant, dès la cinquième minute de cette même plage, la basse et les percussions insufflent soudain à l’ensemble une pulsation ternaire ne laissant aucun doute sur l’esthétique adoptée, laquelle en dépit de quelques pas de côté va déterminer le style de l’album. Les musiciens du quintet ne manquent au demeurant ni d’à-propos, ni d’une certaine audace pour affirmer leur statut d’artistes créatifs dans cet exercice périlleux aux conséquences multiples qu’est l’appropriation des compositions. De courses contrapuntiques en duos rythmiques, cadences ou ballades légèrement instables ou franchement décalées, chacun trouve sa place dans les espaces ouverts par le compositeur, et peut dès lors imprimer sa marque dans la densité de l’ouvrage en cours, sans que l’on puisse jamais douter de sa singularité.
Si l’on admet le précepte d’Ellington selon lequel il n’est ni de grande ni de petite, mais simplement une bonne et une mauvaise musique, et si l’on refuse également cette dichotomie entre œuvres savantes et populaires, écrites ou improvisées, voire innovantes ou traditionnelles, ce Marshland de Joe Rosenberg et de son Ensemble, qui s'inscrit dans le cercle des albums accomplis et réalisés avec sincérité mérite amplement l’écoute de ceux qui, d’aventure, apprécieraient un jazz de bonne facture et de grande sensibilité.
joël pagier
christine ott / torsten bÖttcher
nanook of the north
gizeh recordsgzh93dp – 2019
cd
Nanouk l’esquimau, titre français de l’un des premiers documentaires de long-métrage, réalisé par Robert Flaherty en 1922. Et ressurgit bien sûr une autre musique, écrite il y a 40 ans par les Residents, Eskimo. Deux visions de la vie des Inuits : celle des Residents repose sur une série de photos qui ne furent publiées que plus de 20 ans plus tard (sur un DVD), alors que Nanook s’appuie sur le quotidien d’une famille précise, vivant sur la côte orientale de la baie d’Hudson, et surtout préoccupée par la recherche de nourriture… L’auditeur ne peut s’empêcher de faire la comparaison (et musicalement parlant, vient aussi à l’esprit Tunguska-Guska de Sainkho Namchilak, CD de 1992 évoquant une tempête de neige en Sibérie !). Moins hantée et surtout moins réaliste que celle des Américains, la musique proposée par Christine Ott (piano, toy piano, percussions, gong) et son partenaire Torsten Böttcher (hang, didgeridoo, kalimba) s’attache davantage à traduire la chaleur d’une cellule familiale, son humanité voire son optimisme face aux aléas de la vie, plutôt que d’insister – sinon par quelques allusions furtives au vent, à la neige par le jeu des percussions et du didgeridoo – sur les difficultés de l’existence dans le Grand nord. L’âpreté d’une vie austère est surtout traduite par le jeu minimaliste d’une pianiste dont l’approche est nourrie par sa pratique des ondes Martenot : « le fait d’être ondiste me fait jouer du piano différemment. Aux ondes, il y a cette touche d’expression incroyable qui permet d’avoir accès au son filé, un silence absolu qui installe le son très progressivement et qui crée un crescendo grâce à la seule maîtrise de la main gauche. Je cherche à reproduire cela au piano, et c’est ce qui crée un jeu différent »*. Ainsi donc, paradoxalement, sans connaissance du film et de son titre, l’auditeur pourrait associer à la musique proposée ici un espace, un environnement autre que ceux des hautes latitudes – ce qui témoigne de la capacité du duo à offrir une musique ouverte, presque méditative, que chacun peut percevoir de sa manière.
* Interview sur les ondes de France Culture, octobre 2019.
pierre durr
sarah pagÉ
dose curves
backward musicbkwrd020 – 2019
lp
Musicienne active sur la scène montréalaise depuis le début de la décennie, Sarah Pagé s’est surtout fait connaître avec les Barr Brothers, deux frères originaires de Providence (Rhodes Island), l’un percussionniste, l’autre guitariste, proposant une musique proche d’un folk rock parfois bluesy, dans une approche quelque peu psychédélique. Elle émarge aussi au sein de quelques formations plus ou moins ethniques, avec des musicien.ne.s d’horizons divers (telles Nadah El Shazly, une Cairote mêlant tradition et électronique, ou Lhasa de Sela, une Américano-mexicaine). Dose Curves est le premier enregistrement solo de cette harpiste. Jouant bien sûr de la fluidité sonore des cordes de son instrument, elle n’hésite pas à en varier les approches en usant aussi de diverses pédales, amplis, archets et autres objets. Les cinq pièces qu’elle propose ici s’inscrivent toutes, avec bien sûr quelques variantes d’approche dans les rythmes voire les effets sonores, dans une musique plutôt ambiante sinon évanescente. Séduisant, sans doute, mais il y a des approches plus expérimentales… 
 
 
 
 
 
pierre durr
philippe petit
a descent into the maelstrom
opa-loka1903 – 2019
cd
À ne pas confondre avec son homonyme guitariste de jazz, Philippe Petit est, comme il aime à se définir, un musicien « agent de voyages » qui a joué en Europe, au Canada, aux États-Unis, au Mexique, en Australie et en Asie. Il collabore depuis 30 ans à de nombreux labels indépendants, et dirige lui-même deux labels, Pandemonium Rdz et BiP_HOp. Ayant étudié la musique électroacoustique au Conservatoire de Marseille et s’étant spécialisé dans la spatialisation acousmatique et les synthétiseurs modulaires, il utilise ici le Music Easel, synthétiseur analogique modulaire inventé par un précurseur de ce type d’instruments, au même titre que Robert Moog, Don Buchla. Le Buchla Music Easel est ici connecté à un amplificateur Avantone Pro-CLA-200, et enregistré sur deux pistes séparées, chacune étant traitée différemment par un filtre afin de créer une véritable spatialisation stéréo et des connexions possibles entre les séquenceurs (ceci dit sous réserve de ma bonne interprétation, car je ne suis pas du tout spécialiste des termes techniques). De par l’utilisation de cet instrument vintage, Philippe Petit nous invite à un retour aux sons des années 60-70, à l’époque des premiers épisodes de Star Trek, de la Messe pour le temps présent de Pierre Henry et Michel Colombier, des premiers satellites Telstar et du « Telstar » joué par les Tornados, les Ventures et même les Compagnons de la Chanson… Bref, aux débuts de la conquête spatiale et de sa récupération par les imaginaires littéraires, filmiques et musicaux, ce qui tombe bien puisque A Descent Into The Maelstrom est le titre d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe qui préfigurait la science-fiction (le même titre ayant été choisi par Philip Glass pour une de ses compositions des années 80). Bien qu’elle n’empêche pas l’émergence de quelques soubassements (évoquant le son de guitares amplifiées), la musique électronique jouée par Philippe Petit sur le Music Easel privilégie néanmoins les bips, ce qui nous place donc immédiatement dans l’ambiance précitée, sans effort à fournir. Ce voyage cosmique en trois parties se crée avant tout par la succession de sons brefs (que certains trouveront peut-être anecdotiques), à contre-courant d’autres musiques électroniques plus soucieuses de drones ou de continuités.
claude colpaert
remote viewers trio
notes lost in a field
remote viewersrv16 – 2019
cd
Ils commencèrent il y a un peu plus de 20 ans en trio, avec aux manettes David Petts, Adrian Northover et Louise Petts. Après une demi-douzaine d’enregistrements, les Remote Viewers se muèrent en un sextet (parfois septet) avec un line-up devenu au fil des ans plutôt stable. Jusqu’à leur 15e opus, Last Man In Europe en 2017, où la formation reprit la formule du trio. Avec toujours David Petts en maître d’œuvre, Adrian Northover en fidèle compagnon de route, et le contrebassiste John Edwards, de l’aventure depuis l’aube des années 2000. La formation semble dorénavant, avec ce Notes Lost In A Field, revendiquer cette formule. Gage de continuité ? Qu’importe ! Toujours est-il qu’on retrouve dans ces notes perdues dans un champ (regroupées en une quinzaine de pièces) la quintessence de l’esprit d’un groupe se revendiquant de la vision à distance, sorte de perception extrasensorielle, qui semble surtout refléter l’univers de son principal compositeur, David Petts. Toutefois, malgré la touche sonore immédiatement reconnaissable du saxophone de ce dernier, l’approche ne me semble pas ici revêtir aussi nettement l’esprit des polars noirs qui caractérisait les enregistrements précédents. Peut-être une forme d’accoutumance de ma part ? Peut-être aussi l’absence d’une inspiration ciblée sur la transcription sonore d’un livre, d’un film précis ? Ou la présence de l’une ou l’autre pièce presque agréable ? Cependant les intitulés des pièces (« You Won’t Hear The Buletts », « Strange Triangle », « Foreign Intrigue ») conservent cet univers glauque et inquiétant, le jeu des instruments reste discordant, empreint d’un esprit sarcastique et trouble, aux sonorités lancinantes peu emphatiques, comme pour montrer que s’aventurer librement dans certains champs peut se relever troublant sinon dangereux.
pierre durr
ken vandermark / paal nilssen-love
screen off
pnl recordspnl041 – 2019
distribution : bandcamp
cd
Un bien étrange album que ce Screen Off édité par Ken Vandermark, Paal Nilssen-Love et Lasse Marhaug sur PNL Records, le label du batteur… À la lecture de la pochette, la durée des morceaux nous interpelle déjà : 21 plages en 42 minutes, le calcul est rapide, et l’on se dit qu’il doit s’agir d’une forme de grind jazz, ce dont le saxophoniste et le percussionniste (qui signent ici leur 10e duo) sont d’ailleurs bien capables quand on connaît leur énergie et le côté « fast and furious » de certaines de leurs productions. Et puis, une fois inséré le CD dans le lecteur, on se retrouve en présence d’une sorte de concert free découpé en rondelles et remonté dans le désordre, avec quelques virgules électroniques séparant les titres, et qui en dissimulent à peine la disparité sonore et technique. Qu’est-ce donc que cela, et de qui se moque-t-on ? Retour à la pochette, donc, pour s’apercevoir qu’il s’agit en fait de lives pirates diffusés sur YouTube entre 2008 et 2018, puis réunis sur le dit Screen Off, dont l’intitulé s’éclaire soudain : que rend la musique séparée de l’écran, et que signifie ce besoin compulsif de livrer en pâture sur la toile n’importe quel extrait décontextualisé ?
La question est intéressante, mais la réponse ne donne pas un album, et l’objet en lui-même ne rend grâce ni au talent, ni à l'intelligence conceptuelle des deux instrumentistes, quand bien même se réclameraient-ils, avec le producteur Lasse Marhaug, du mouvement structurel d’artistes expérimentaux tels Michael Snow ou Tony Conrad. En fait, il semble surtout que Ken Vandermark et Paal Nilssen-Love, agacés de voir leur travail ainsi dérobé puis dilapidé à tous vents, aient choisi de rendre à César ce qui leur était dû et de récupérer ainsi, à défaut de royalties, la paternité de leurs improvisations. Leur colère est juste, mais qu’ils se méfient, car la pauvreté artistique de leur manifeste risque fort d’évoquer le cynisme même de la pratique dont ils souhaitaient dénoncer les dérives. Quoi qu’il en soit, et quand bien même seriez-vous inconditionnels de l’un ou l’autre de ces deux stakhanovistes de la scène internationale, cet album ne vous apportera rien – qu’un peu de poussière sur vos étagères.
joël pagier