louis minus xvi
kindergarten
be coqbecoq04
distribution : metamkine
cd
Un quartet lillois prononcé LOUS MINUS SEIZE pour un deuxième disque étonnant. Cinq titres enregistrés en avril 2013 à la couleur très jazzy. Pas tant que ça. Le premier titre joue sur une basse lourde héritière du noise rock à la Jesus Lizard, alors le jazzy c'est pas encore pour tout de suite. Cette basse bastonne le propos et combat les deux sax, les rendant complètement erratiques, un peu à la Mats Gustafsson, une batterie emboitant le pas dans "La Marche" en avant. Ca y est le jazzy s'installe. On sait pas trop d'où il vient vraiment d'ailleurs. Dans une volonté de maitriser le débat peut-être, après cette grosse soufflante du premier morceau, un bijou de free noise. Ce jazzy passe bien, vient parfois de nappes répétitives à la Town & Country, avant le deuxième acte rock démantibulé, sur "Sugar OD". Plus soft que l'entame et qui glisse jusqu'à un thème prog rock que n'aurait renié Les Ignobles du Vignoble sur Conan le Barbare (voir la chronique de Pierre Durr dans notre numéro 100 papier). Pas mal aussi, mais jazzy lui, il rode encore. Bien plus planant jusqu'au terme de ce Kindergarten, avec un dernier acte aux dix minutes lancinantes, aux sax clignotant, à la basse tailladée, à la batterie en mode tambour, laissant monter une atmosphère tendue, pour un moment en retenu qui laisse un bon souvenir à ce que l'on vient d'entendre.
cyrille lanoë
courtis/moore
kppb
earbook recordingsearbookrecordings002
distribution : import
cd
alan courtis+bj nilsen
brombron#27:nijmegen pulse
korm plasticskp 3057
distribution : metamkine
cd
Le globetrotteur Alan COURTIS nous fait partager ses rencontres qu'il affectionne tant (et qui sont le vrai socle de ses tournées), à travers deux de ses nouveautés le concernant. Ce qui ne nous empêchera pas d'ombrager sur son passage, Aaron MOORE (batteur de Volcano the Bear) et Bj NILSEN (plusieurs productions sur Touch). Avec la batterie fantaisiste, poétique et rythmique d'Aaron MOORE, ça sentirait presque le ciné-concert. Sous des airs de nouvelle vague et de psychédélisme. Je citais récemment (et pour celle-ci de citation, c'était rare jusqu'ici) Labradford, cette fois c'est le piano de Pan American (avec un des Labradford) qui nous est rappelé, sur ces notes lointaines et binaires. Laissant place à un lancinant jeu de cordes en balancier, introduisant un balafon qui trouve largement sa place. Une première pièce quasi en trois parties distinctes, suintant l'immobilisme psyché tout en débutant sur des dynamiques contemporaines comme ont pu le faire Radian ou Streifenjunko. Ce qui donne vous l'avouerez, un savoureux mélange. A l'image des deux artistes, sachant nous faire voyager tendrement. Comme sur cette deuxième pièce, qui continue le fil des percussions, amorcé sur la fin de "King Pancreas", dans une musique répétitive aux notes cristallines ondulantes, nous amenant sur un plateau la guitare acoustique démantibulée d'Alan COURTIS, puis des notes à l'archet sur un violoncelle qui n'en est peut-être pas un. Voilà l'ambiguïté sonore que j'adore le plus chez Alan COURTIS. Cette poésie dont je parlais déjà dans la chronique d'une des cassettes du label Kommanull. Plus qu'un ciné-concert, on se croirait plongé parfois dans une foire poisseuse et mystérieuse, en plein milieu d'un cirque féérique et mystique, sur un numéro d'équilibriste (on parlait de fil tout à l'heure n'est-ce pas) qui colle si bien aux univers de ce disque. L'orgue de fin renforçant cette image. En guise de générique de fin, les deux nous la jouent krautrock à la Can et psyché à la Captain Beefheart. De doux rebondissements. Sur le label d'Aaron Moore, Earbook Recordings. Cap sur la petite ville De Nimégue au Pays-Bas. Et direction évidemment le lieu alternatif Extrapool. La série Brombron a été initiée par Frans De Waard. Il réunit ici Alan COURTIS et BJ NILSEN (connu aussi sous le nom de Hazard). Il s'agit d'une visite guidée sonore à la sauce piquante de cette petite bourgade du sud du pays. Quatre visions d'un field recordings radiophonique, forme à nouveau de voyage pour COURTIS. Des prises de sons brutes, des oiseaux sur un plan d'eau qui se dissipent au moment où sonnent les cloches de l'église. Du pur recueillement sonore. En mode électroacoustique minimal, d'où émergent ces sonorités du quotidien. Et l'on reconnait surtout l'art du souffle de Bj NILSEN, cherchant bien souvent le dernier, de souffle, dans une ambiant froide, un art brut proche du silence. La dernière pièce entretient le mystère d'une discussion captée le temps d'une marche à entendre le vent dans les micros. Sans le vouloir, cet instant va laisser un peu plus loin apparaitre un moment incroyable d'ambiant noise wall comme dirait Greg Angstrom. Deux minutes d'une dynamique proche de l'insoutenable. Grand moment de ce disque pas simple à appréhender, mais cette chute nous donne envie de la recommencer cette visite. Et je ne saurai que trop vous recommander la formidable lecture d'un interview/article sur Alan COURTIS dans le Wire du mois de juillet, numéroté 365.
cyrille lanoë
hollywood dream trip
would like to know more ?
streamline recordsst1036
distribution : metamkine
lp
limpe fuchs/christoph heemann/timo vanluijk
macchia forest
streamline recordsst1037
distribution : metamkine
lp
Deux productions de Christoph HEEMANN, artiste allemand actif depuis le début des années 80. Après des essais au sein du HNAS inspiré par les musiques industrielles et concrètes, et plus globalement avant-gardistes, il entame une carrière solo faite de rencontres avec Andrew Chalk (que l'on retrouve sur le même label, Streamline), Jim O'Rourke (idem) ou Edward Ka-Spel (re-idem). Ce "Would you like to know more ?" commence avec ce field-recording pas si lointain du "Nijmegen Pulse" dont nous parlions plus haut. Ici à l'inverse, ces field-recordings se dissipent et se noient dans des nappes numériques entre drone, ambiant et musique électroacoustique. Deux longues pièces plus qu'atmosphériques, où nous sommes plongés dans des strates cotonneuses, légèrement bourdonnantes, dans une boucle en allers/retours statiques. Ce "Would you like to know more ?" (heu moi j'en reste là) est le premier volet d'une série entamée entre Will Long et Christoph HEEMANN. Pour les fans d'ambiant abstraite. Sur "Macchia Forest", mon attention est interpellée par une facette plus acoustique de Christoph HEEMANN dans une sculpture sonore inédite en trio. Des percussions primitives détraquent des électroniques ondulantes, un xylophone appelle une guitare aux sons aigües et proche des essais de Roy Montgomery. Avec ce super truc en plus d'un enregistrement en direct sous un effet (réel ?) de bandes magnétiques qui tournent mal, comme cette séquence un peu surréaliste, et très art brut assez réjouissant. Vraiment très loin du disque "Would you like to know more ?" en ce qui me concerne. Ah cette bande qui revient, complètement déroulée et distendue qui ne perturbe pourtant pas ces percussions pourquoi pas un peu contemporaines. Une bribe de nappe analogique appelle la voix de Limpe Fuchs, qui se faisait jusqu'ici plutôt discrète. Et qui donne un aspect presque psyché à la Volcano the bear par exemple. Non pour me déplaire avec cette fin toute en cordes, que l'on retrouve rarement dans ces contrées très très abstraites. Ce "Getting Dark" m'a conquis. La deuxième pièce commence comme du Polwechsel. En plus profond, plus résonnant. Les cordes sont restées, mais se font plus lourdes et intenses. Les électroniques sont toujours aussi discrètes non sans donner cette saveur "dark" tiens, ils l'utilisent après tout. La dernière pièce joue plus dans l'improvisation, avec une touche jazzy en plus, explorée parfois chez Be Coq. Sans doute dû à cette batterie rebondissante et ces bandes qui semblent jouer des cuivres. La deuxième partie se termine un peu comme la première, en plus statique. Un disque fin et surprenant.
cyrille lanoë
nick hennies
work
quake basket recordsqb26
distribution : metamkine
cd
Un artiste que je ne connaissais pas. Et un art que je ne savais pas aussi poignant. L'art de la vibration minimaliste, répétitive. Je le connaissais par d'autres biais plus "pop", comme avec Town and Country. Chez Nick HENNIES, américain, le vibraphone résonne minimaliste, redondant autant que forcément vibrant. Une magie de la réverb naturelle, la vibration de l'espace à travers le filtre des lames effleurées. Presque caressées, laissant échapper des résonances aigües qui viennent couvrir les frappes suivantes. Mais nous sommes déjà sur la deuxième pièce. La première, "Settle for vibraphone (2-3 players)", est un (grand) solo. La deuxième donc, "Expenditures" est un ensemble en septet. Une longue pièce (40 minutes) gracieuse, carillonante, presque aussi primitive que sur le "Macchia Forest" évoqué plus haut. Où le vibraphone emmène son petit monde dans un raga entêtant. Le tout avec une approche de composition contemporaine. Et détrompez-vous, ça sonne !!. Dans un registre un peu éloigné mais pas trop (parce que beaucoup plus digitalement séquencé), je pense parfois aux compositions d'Henry Vega. Sauf qu'ici l'acoustique prédomine. Et pourtant "sonne" parfois électronique, parfois incantatoire. Sur la deuxième partie de cette pièce, on oublie le raga et on entre dans une improvisation collective (avec tout de même en fond le vibraphone) incluant entre autres Jonathan Doyle et Ingebrigt Häker Flaten. Là aussi ça sonne. Là aussi ça joue. Ça travaille la corde, à la rendre folle, à la rendre danseuse, à la rendre espiègle aussi. Ça travaille le ton. Longiligne, horizontal. On le scrute cet horizon, et on l'écrit là en direct. Dans une sensibilité qui pourtant maitrise. Dans une écoute mutuelle profonde, à l'image des productions du label, toujours aussi singulières et source de propositions exploratrices de grande qualité. Comme ce disque en témoigne une nouvelle fois. Le grand disque de l'année pour moi jusqu'ici.
cyrille lanoë