mecha fixes clock
beau comme un aéroport
tour de brastdb9006cd
cd
Le projet que porte Michel F Côté depuis 2005 – parallèlement à ses autres prestations – à savoir MECHA FIXES CLOCK, en est à sa 4e réalisation. Et cela reste l’une des propositions les plus intéressantes du moment dans la production québécoise. Parce que l’auditeur exigeant y trouve la plupart des ingrédients qui nourrissent son paysage sonore. Improvisations judicieuses, délicatesse des interventions instrumentales, création d’une ambiance prenante, à l’intérieur de trames préconstruites, des lignes mélodiques captivantes délicatement perverties. Le tout avec une maitrise de la mise en œuvre d’un album plus ou moins conceptuel, déclinant des approches liées à l’activité aéronautique… D’où l’impression de vivre un curieux voyage en apesanteur dans une sorte de no man’s land aérien, par moment oppressant, à l’image de la pochette et de son armada d’avions, l’étrangeté était symbolisée par la présence d’une dame masquée par un attirail artéro-veineux qui renvoie un peu à l’univers de Valérian (la BD !) à moins que cela ne soit celle de Cosmik Roger . 
 
 
 
 
 
pierre durr
trophies
you wait to publish
monotype recordsmono 068
distribution : metamkine
cd
Cette formation, initiée par Alessandro Bosetti (voix, électronique) et mise en œuvre avec Kenta Nagai (guitar électrique) et Tony Buck (batterie) en est à sa troisième production. Complétée par des invités au vibraphone (Els Vandeweyer) ou au trombone (Hilary Jeffrey), elle déploie dans ce You wait to publish une maturité réjouissante, développant une énergie qui n’est pas sans rappeler, dans certains titres (tel le titre éponyme) Cassiber, bien qu’Alessandro Bosetti n’ait pas cette voix de tribun de Christoph Anders. Cet enthousiasme reste de mise I have been looking qui adopte une structure plus répétitive, avec en particulier son jeu de guitare. Les pièces, Matta Clark, plus légère, ou Ruota di Maggio, plus fournie, restent elles plus proches des précédents travaux du groupe dans lesquels la guitare double la volubilité du texte récité, en quelque sorte présentent plus d’analogie avec le Trésor de la Langue de Lussier. Les deux derniers titres du recueil sont eux un peu à l’image d’un croisement entre les trois approches précédentes.
Quoiqu’il en soit, ce TROPHIES est un de ces enregistrements que l’on a envie d’exhiber devant ses visiteurs, ses amis… 
 
 
 
 
 
pierre durr
arturas bumsteinas
sleep (an attempt at trying
bôltbr k002
distribution : metamkine
cd
arturas bumsteinas
meubles
cronica081 - 2013
cd
Deux approches différentes, quelque peu complémentaires de l’art du compositeur lituanien Arturas BUMŠTEINAS sont à l’œuvre dans ces deux enregistrements. Le second d’entre eux pourrait être dans son esprit, et à travers 3 pièces une proposition de musique d’ameublement à la Satie par son côté linéaire et minimaliste, tout en flirtant, par les sons, avec la musique de Brian Eno. Cette linéarité, servie par le Works & Days Ensemble (orgue électrique, trompette, violons, violoncelle, piano, percussion…) est toutefois, de temps en temps, perturbée par tel ou tel instrument (principalement les guitares de Piotr Bukowski ou de Bartek Kalinka, ou les saxophones d’Ilia Belorukov et de MaartenOrnstein) qui use de motifs plus mélodiques ou de riffs plus percutants.
Sleep (an Attempt at Trying) est lui constitué de courtes pièces, dont certains sont… chantées par Kyrre Bjørkas, par ailleurs auteur des textes, une voix qui n’est pas sans rappeler celle d’un Lou Reed (période Berlin) et qui inscrirait presque cette petite dizaine de titres dans la mouvance du Dream Syndicate. Cet album conceptuel se présente d’ailleurs comme une musique quelque peu onirique destinée aux insomniaques. Le matériau de base est souvent constitué de fragments de musiques de relaxation, achetés sur des marchés aux puces à travers l’Europe, retravaillé pour divers instrumentistes, parmi lesquels on retrouve Ilia Beloruko, mais aussi du field recording. Une forme de cocooning sonore.
pierre durr
jacques demierre
breaking stone
tzadiktz 9001
distribution : orkhêstra
cd
Jacques Demierre, que certains lecteurs de R&C ont dû rencontrer en concert essentiellement comme pianiste et improvisateur (on se souvient de sa série de prestations au festival Fruits de Mhère pour auditeur solo), souvent aux côtés de Barre Phillips et d’Urs Leimgruber, mais aussi, au hasard des rencontres avec Isabelle Duthoit, Okkyung Lee, Thomas Lehn… se manifeste aussi dans la poésie sonore en compagnie de Vincent Barras. Et il lui arrive de composer pour d’autres interprètes. En associant d’ailleurs très souvent piano et voix.
Ce fut d’ailleurs déjà le cas du recueil que lui consacra en 1997 la Communauté de travail pour la diffusion de la musique suisse en 1997, avec trois pièces pour voix, ou piano/voix enregistrées en 1990*.
C’est aussi en partie ce parti pris qu’adopte cet enregistrement sur Tzadik : une pièce pour piano, une pièce pour piano/voix, deux récentes compositions. Le recueil est toutefois complété par une composition pour guitare et violon, Sumpatheia, plus ancienne (2007).
Three pieces for player piano renvoie d’une certaine manière au piano mécanique de Nancarrow, à travers ses trois approches (l’influence espagnole des Studies 6 ou 12, celle du boogie-woogie/ragtime avec les studies 3, 5…, et les studies qui se réfèrent davantage aux compositeurs américains) en usant ici de la pédale forte. Dans la seconde pièce, d’une dizaine de minutes, le travail opéré par Jean-Christophe Ducret sur la guitare est relativement proche des sons, assez secs, que l’on tire de l’inside piano (en fait ce serait plutôt l’inverse !) et se conjugue avec le jeu de cordes plus lancinant du violon.
L’œuvre principale est cependant Breaking Stone, non seulement par son amplitude (une quarantaine de minutes) mais surtout par la réunion sur une seule pièce des deux pratiques que Jacques DEMIERRE privilégie : le travail sur le piano, et celui sur la voix, en mettant en parallèle la recherche de leurs sons originels respectifs, comme si le pianiste, tel Saussure, s’interrogeait sur le système primitif du langage du piano, conjointement à celui des voyelles.
*CTS-M 38
pierre durr
lubomyr melnyk
three solo pieces
unseen worlduw11
distribution : metamkine
cd
C’est au milieu des années 70, alors qu’il travaillait avec la chorégraphe Carolyn Carlson, que LUBOMYR MELNYK a développé une technique et un style pianistiques particuliers qu’il a appelés « Continuous music ». Cela consiste à créer avec le piano un flux continu de notes où les motifs se combinent indéfiniment, formant des trames complexes, des rythmiques inattendues et éphémères, des mélodies fantômes. Cette manière de jouer requiert notamment une vélocité extrême ainsi qu’une capacité à parfaitement dissocier les mouvements des deux mains. La seconde compositions, intitulée « Corrosions on the surface of life », est en cela particulièrement impressionnante. On se laisse aisément emporter dans ce courant qui, en dépit de constantes variations d’intensité et de vitesse, ne connaît aucune rupture et ne cesse jamais d’être lui-même. 
 
 
 
 
 
yann leblanc
jojo hiroshige / pika / paal nilssen-love / lasse marhaug
osaka fortune
premier sangps 007
distribution : metamkine
lp
Quand quelques uns des musiciens les plus énervés du free jazz, de la noise et du psyché japonais et norvégiens se rencontrent, qu’est-ce que ça donne ? Un joyeux bordel bien évidemment. Et c’est ce que nous propose le label français premier sang avec la publication en vinyle d’une rencontre surprenante entre Jojo HIROSHIGE (guitariste et chanteur de Hijokaidan), PIKA (ou Higashi Mineko, batteuse et chanteuse qui a participé au trip Acid Mothers Temple), Paal NILSSEN-LOVE (le batteur qu’on retrouve dans les projets noise et free aux côtés de Mats Gustafsson), et enfin Lasse MARHAUG (du fameux duo de noise Jazkamer).

Osaka Fortune, ce sont donc six pièces assez courtes d’un foutoir innommable : deux batteurs surexcités et surpuissants, les noises virulents de MARHAUG, la guitare saturée et distordue de HIROSHIGE. Ce nouveau quartet est là pour assommer ses auditeurs, les frapper, les agresser, et les achever. Joyeuse et décomplexée comme du free jazz, violente et puissante comme de la noise, la musique de ce quartet écrase tout sur son chemin. Rythmiques contradictoires, juxtaposées et complexes contre murs de bruits, explosions d’électricité et d’effets à la guitare, larsens contre blast, etc. Vous savez à quoi vous attendre, de l’énergie brute, de la violence primaire, de l’agression sonore pure sans concession, le tout réalisé avec talent, virtuosité et passion. La musique de ce quartet nippo-norvégien est dure, grasse, agressive, mais passionnée, toujours aussi intense, et tout de même réalisée avec talent, propreté, et savoir-faire. Quitte à se faire écraser et assommer par du son, autant que ce soit bien fait, semblent nous dire ces quatre enfants de la noise et de l’impro libre.
julien héraud