annick nozati / peter kowald / daunik lazro
instants chavirés
fou recordsfrcd07
distribution : metamkine
cd
Je me souviens des années où Jean-Marc Foussat venait installer ses micros aux Instants Chavirés. Dans le coin droit à côté de la scène, casque sur les oreilles, il restait immobile derrière son enregistreur Tascam DA 38.
Il arrivait parfois au dernier moment. Il paraissait venir, presque par obligation, alors que rien ne l'y obligeait. Ou bien, pour cet accro de l’impro, était-ce un alibi pour être au concert tous les soirs ?
Si on ne savait pas pourquoi il était là. Maintenant, on sait ! On doit à cette présence assidue dans le club montreuillois la possibilité d'entendre sur disque ce concert du 17 février 2000 du trio Daunik LAZRO, Peter KOWALD, Annick NOZATI.
Et si nous pouvons nous "nostalgiser" en regrettant que nous n'entendrons plus jamais ce trio, que cette formation ne pourra malheureusement plus exister 14 ans après, il s'agit surtout de jubiler du CD d'un concert "énorme" par ces trois monstres de l'improvisation libre.
Le découpage en six plages suit le cheminement du concert, et jalonne l’écoute, avec trois duos (les trois combinatoires possibles entre Laz, Kow et Noz) deux trios, et un solo d’Annick Nozati.
Le cheminement musical est constamment très précis dans une esthétique propre à un certain style d’improvisation qui les réunis : la générosité du son, un lyrisme, un sous texte parfois jazz, une rage volcanique, alternant avec une tendresse caressante.
En écoutant ces six chants, on peut pleurer, rire, recevoir une flèche (d'un angelot d'amour ou au curare), se sentir grisé par les sons qui filent si vite, ou aller subitement casser la vitrine de la banque du coin.
Pour cette captation, j’apprécie un très beau grain de sax, une belle rondeur de la contrebasse, et une voix bien ancrée dans l'acoustique du club des Instants chavirées.
Néanmoins certains choix m'échappent : une contrebasse agréablement très large, mais qui rend le sax du coup un peu étroit.
jean-christophe camps