masayuki takayanagi
solo
jinyajinya b-27
distribution : metamkine
cd
masayuki takayanagi
meta improvisation
jinyajinya b-26
distribution : metamkine
cd
Malheureusement, et c’est un constat a posteriori, le guitariste Masayuki Takayanagi n’a rencontré qu’assez peu d’écho en Occident, tant au moment de son émergence sur la scène du jazz que lors de sa mystérieuse conversion à des accords bruitistes dont la quasi absence d’équivalents au même moment, si ce n’est chez Sonny Sharrock (avec son épouse Linda) ou Ray Russell (tant au sein de The Running Man qu’en quintette aux côtes de Gary Windo), aurait pourtant dû attirer l’attention.
Eventuellement, l’on se souviendra d’un article de Jazz Magazine consacré aux « Nouveaux Sons du Japon », où, mieux que rien, Masayuki Takayanagi et sa formation New Direction étaient présentés en quelques lignes (par ignorance de disques somme toute très rares, difficiles à importer et chers), alors que l’accent était mis sur Itaru Oki, Toshinori Kondo et Yosuke Yamashita, qui d’abord se produisaient jusque chez nous, et qui ensuite se présentaient plus facilement "récupérables" de par leur allégeance au free : à l’époque, et à peu de choses près, Yosuke Yamashita = Cecil Taylor.Masayuki Takayanagi quant à lui barrait déjà ailleurs, tout comme Keiji Haino au sein de Lost Aaraaf ; et de ses tous débuts, l’on ne sait qu’assez peu, même si quelques documents phonographiques ont depuis filtré, çà et là.
Et puis : l’intéressé ne semble guère avoir été prophète en son pays. Son confrère américain Henry Kaiser se souvient, de passage à Tokyo, d’avoir été interviewé par un journaliste de jazz local le questionnant sur son musicien préféré. Quand il confia "Masayuki Takayanagi", son interlocuteur, effrayé au moment de coucher son article sur papier, remplaça le nom du guitariste nippon par celui de… Wynton Marsalis ! Inutile de préciser que le premier saut dans le vide de Takayanagi, que son confrère Otomo Yoshihide situe aux alentours de 1969, n’a pas été compris par les siens à l’époque, pas plus qu’il n’a été perçu par chez nous.
Quelque part, son Guitar Solo de 1982 revient sur ce moment charnière, historique, où le jeu, disons d’un Wes Montgomery, s’avérait déconstruit avec le même acharnement que mettrait Derek Bailey à interpréter les standards à la fin sa vie – ici des morceaux d’Ornette Coleman et Charlie Haden notamment ("Lonely Woman", "Song For Che").
À un tournant crucial de sa vie, Masayuki Takayanagi constate ne plus être en mesure de trouver des musiciens avec qui jouer, en dehors du saxophoniste Kaoru Abe, autre perdant magnifique du free japonais d’alors. Larguer toutes amarres, en quête de nouveaux horizons, s’impose alors à lui. On est en plein milieu des années 1980 : Masayuki Takayanagi a déjà joué au prestigieux festival de Moers en Allemagne (manifestation ouverte au free jazz, mais pas que) ; et même si beaucoup de ses préoccupations peuvent être rapprochées de celles de Derek Bailey, d’AMM, du Spontaneous Music Ensemble, des gens d’ICP ou de Musica Elettronica Viva, il faut bien comprendre, qu’au départ tout du moins, Masayuki Takayanagi était ignorant des recherches d’un Keith Rowe, dont il propose finalement une version lo-fi, abrasive – noise déjà.
Les Projections constituent la seconde révolution dans l’œuvre de Masayuki Takayanagi, dont Hokkaido, en novembre 1984, représente le moment clé – une tournée réalisée en compagnie de sa femme Michiko qui l'assiste physiquement (Takayanagi souffrait déjà des problèmes qui l’emporteront en 1991), de Teruto Soejima (à qui l’on doit un documentaire sur le guitariste réalisé à Moers), et Otomo Yoshihide, alors "roadie", et aujourd’hui responsable du mastering documentant cette aventure.
Depuis le début des années 1990, ceux qui s’y intéressent, savent les guitaristes japonais attirés par les excès en tous genres – volume sonore, feedback. Leigh Stephens de Blue Cheer, tout comme Randy Holden, ont là-bas, pour certains, statures d’idoles. Très tôt des groupes japonais tels Flower Travellin’ Band, Blues Creation ou Speed Glue & Shinki ont su jouer lourd, annonçant les Keiji Haino (Fushitsusha), Munehiro Narita (High Rise) ou Jojo Hiroshige (Hijokaidan).
Masayuki Takayanagi était de la trempe de ces trois derniers (un pionnier, un brave) et il avançait seul en terrain miné, sur des fronts qu’aucun autre n’ouvrit avant lui. Meta Improvisation relève ainsi d’une longue dérive dans les parages de l’insoumission. La guitare paraît pouvoir être réduite en un tas de cendres à tout moment, et son phrasé s’avère sacrifié sur l’autel du seul feedback et des architectures sonores qu’on peut en tirer, ce que feront d’ailleurs de nombreux musiciens de la scène bruitiste néo-zélandaise des années 1990.
On pense déjà à Action Direct. Aussi à Varèse. Mais l'homme est quand même bien seul.
En 1984 les Meta Improvisations de Masayuki Takayanagi démontrent une présence maximale à l’instrument et à l’espace s’étendant jusqu’à l’ultime vibration de chaque performance, dont l’évanouissement coïnciderait avec l’extase de la connaissance totale, qui – elle – ne saurait avoir que la mort comme conséquence ou condition. Michel Delahaye, critique de cinéma et entre autre acteur dans Le Viol du Vampire de Jean Rollin : "Qu’importe l’art, il n’est rien s’il n’est tout et ne saurait être tout qu’en partant de rien pour y revenir."
philippe robert
christine baudillon
daunik lazro. horizon vertical
hors-oeil editionshoe 9
distribution : metamkine
dvd
Un poème cinématographique.
A travers de longs plans séquences fixes, l’image concentre nos sens sur l’écoute. Rapidement hypnotisés, nous circulons dans l’espace imprévisible et infini que déploie la musique de Daunik Lazro et ses complices.
Ainsi hameçonnés, voici que viennent s’imprimer dans le cerveau des images… Champêtres, des paysages… On y est toujours seul… Comme hors du temps… On s’abandonne bientôt au rythme lent de la contemplation.
Les images se superposent de manière presque subliminale.
Elles font contrepoint, ponctuent et respirent l’enchainement des concerts. Elles s’opposent par leur évanescence, à la charge, à la densité, à la sublime complexité de la musique.
Daunik Lazro paraît ici l’unique habitant, ou presque, de ce monde déserté. Il est seul face à une caméra maligne et insolente par sa fixité et ses silences, qui va se perdre, distraite, dans la contemplation du chat.
Il est un personnage, partiellement lui-même, fragile, étrange, cherchant toujours l’expression la plus juste, tâtonnant puis glissant sur des mots qu’il laisse suspendus. Le personnage est campé: il est celui qui cherche, qui fouille et exhume le présent.
Son expression trouve sa plénitude dans ce langage musical si singulier, allant du bruit à la phrase musical, qu’il utilise avec ses congénères. "Un monde se crée alors entre nous". De l’absurde au conceptuel, l’œil ingénue de la caméra propose une immersion dans ce monde de la musique libre, véhicule d’une révolte inépuisée, d’un indicible cri, d’une poésie fulgurante.
Que le portrait de Daunik Lazro soit fidèle ou non, tout est ici au service de la musique qu’ils (Raymond Boni, Jérôme Noetinger, Jean-Luc Guionnet, Emilie Lesbros, Clayton Thomas, Kristoff K.Roll, Louis-Michel Marion, Sophie Agnel, Michaël Nick et Aurore Gruel et Michel Raji) créent. Le reste est silence.
marie charlotte biais
michael pisaro
close constellations and a drum on the ground
gravity-wavegw 003
distribution : metamkine
cd
michael pisaro
asleep, street, pipes, tones
gravity-wavegw 004
distribution : metamkine
cd
"Tout ce qui n'est pas déduit des phénomènes, il faut l'appeler hypothèse ; et les hypothèses, qu'elles soient métaphysiques ou physiques, qu'elles concernent les qualités occultes ou qu'elles soient mécaniques, n'ont pas leur place dans la philosophie expérimentale." Isaac Newton propos cf. : Wikipédia

"…point de vue si sauvage et monochrome de la musique, ça rapproche…" Dennis Cooper, "Monde intérieur" cf. : Dream Police

Composer c'est choisir, souvent lentement, au sein d'un vaste réservoir d'ondes, un ou des matériaux puis de construire une temporalité. Ce choix est devenu immense depuis que la bande magnétique, les microphones, l'électronique ont rendu l'utilisation de tout ce qui peut se traduire en pressions d'air susceptibles de servir à faire de la musique. Les ordinateurs personnels ont encore accru ce phénomène avec leur polyvalence à traiter toutes les informations et d'aller très loin dans la sophistication d'analyse et de traitements du son ; les points communs de ces territoires d'investigations deviennent les plus évidents : "Gravity Wave", information. Avec ce nom donné à son label, Michael PISARO a voulu le rappeler : le principe fédérateur élémentaire de toutes les musiques est d'être a minima du son, des oscillations. C'est l'unique raison d'être de l'art musical, l'ultime ratio expérimental : prendre corps autour de ces objets aussi divers soient-ils. C'est comme si le compositeur apprenait du son plutôt qu'il ne le soumettait à une loi avide de résultats. Des idées il passe à une mise à l'épreuve des faits, aux options humaines, technologiques de partage et d'ouverture à la Christian Wolff mêlant trois mondes : l'auteur, les acteurs et les auditeurs.
Les instrumentistes par exemple sont de plus en plus des co-créateurs des pièces. Leur virtuosité loin de la vitesse demande plus que des réflexes acquis par la répétition, une concentration extrême, un engagement corporel pour gommer les attaques, jouer doucement des enveloppes ciselées de sons longs. Ceci facilite le morphing entre sons électroniques/concrets et instrumentaux. Les crotales de Greg Stuart, la guitare de Barry Chabala, la clarinette de Katie Porter, les accords d'ondes sinus, les fields recordings, tout cela doit cohabiter dans un dosage savant pour fusionner produire une synesthésie monochrome rappelant le goût de Michael PISARO pour les arts en général, la poésie et la peinture abstraite en particulier. Sur "Asleep, streets, pipes, tones" apparaissent des échantillons de chœurs corrodés par les traitements, et des extraits de pièces pour orgue puisés dans l'incontournable catalogue des Éditions Wandelweiser. Ceci déclenche une véritable anamnèse entre poésie baroque et d'aujourd'hui. "Asleep, streets, pipes, tones" est heurté, "Close constellations and a drum on the ground" équanime au bord de l'ataraxie sonique ; il y a au milieu du premier une magnifique arche électrique qui enfle puis s'éteint, détachée des fondus habituels. La clarinette basse de Katie Porter amorce de son côté des bouts de mélodies, des motifs de sentiment que "Close constellation…" plus abstrait écarte au profit d'une pure mélodie de timbres.
Cet horizon mélodique descendant que le compositeur a masqué dans l'étirement et la variété des sources fait structure derrière la sensation de lente gestation générale. C'est un autre paradigme expérimental (après l'incertitude), l'hybridité historique, l'usage d'une urlinie schenkerienne (ligne descendante de la réduction mélodique ultime d'une œuvre) sans tonalité. Un agencement typique de la pratique ouverte de la musique américaine cf. : "Sonatas and interludes" dont seul la structure A / B est retenue, atomisation par échantillonnage de phrases d'opéra avec "Europeras", deux œuvres de John Cage, urlinie sans structure tonale et orgue / chœur de M. PISARO.
Ses travaux à large spectre confrontent la composition aux idiomes de l'improvisation, de l'électro-minimalisme et de la tradition séculaire de l'harmonie avec une lucidité remarquable. Les torons temporels d'ondes ravisseuses proposent différents niveaux d'écoutes, crossover entre technologie, esthétique paysagère et acquis du passé. La délicatesse non invasive mystérieuse des œuvres fait écho aux interrogations les plus avancées des sciences : forces cosmiques, incommensurabilité, complexité à différentes échelles qualitatives et quantitatives. Cf. : Linéaments, particules, cellules, grains, notes, motifs ou modèle, modules de plus en plus imbriqués. Hypothèse de Marvin Minsky : le complexe est décomposable en éléments simples typiques des patches de lutherie virtuelle.
En 1977, Jacques Attali écrivait dans "Bruits" : "La composition, au-delà de la musique, conteste la distinction entre travailler et consommer, faire et détruire, temps d'usage et d'échange vécu non stocké et conspire à l'avènement d'une forme radicalement neuve de communication consistant à créer avec soi-même son propre rapport au monde et tenter d'y associer d'autres hommes".
C'est un monde superbe, vaste qui s'offre à notre attention avec des travaux comme ceux-ci.
boris wlassoff
1870
pogo y 4 historias de horror
luna negracdnl-47
distribution : musea
cd
Deuxième opus pour cette formation mexicaine qui se situe dans la mouvance d’Univers Zero et d’Art Zoyd, "Pogo y 4 Historias de Horror" reste largement dans l’optique de son prédécesseur, "Mitos de una resurreccion". Le rapport à Lautréamont, outre le nom de la formation, qui est l’année de son décès, reste présent à travers la première pièce, canto tercero, le 3e des Chants de Maldoror.
Les cinq titres du recueil font effectivement référence à diverse formes d’histoires horribles, inspirées de romans et nouvelles mais aussi de la réalité.
Outre la pièce citée ci-dessus, deux autres s’inspirent d’écrivains : El Horla, en deux mouvements, sous-titrés 2 de junio et La Danza de Maupassant est une nouvelle fantastique de Maupassant, dont l’écriture révélait déjà les prémices da la folie de l’auteur et qui mettait en avant un double maléfique. Liquido est lié à H.P. Lovecraft, dont, rappelons-le, l’appel de Cthulthu fut justement inspiré par Le Horla.
Les deux autres titres s’appuient sur la réalité : Romance de la Muerte de Agua évoque la dramaturge mexicaine Maruxa Villalta, dont les parents avaient fuit en 1939 l’Espagne franquiste et dont l’œuvre se réfère à la dénonciation des dictatures et de leurs horreurs. Une de ses pièces est d’ailleurs intitulée Pequeña historia de horror. Quant à Pogo, c’est le surnom donné à un tueur en série de Chicago, John Wayne Gacy.
Outre l’emploi de l’électronique (principalement par Hugo Luque), seule l’utilisation d’un hautbois rappelle toutefois l’instrumentation d’Univers Zéro. La formation use largement des cuivres, à travers les cors français (Gustavo Albarran et Alfonso Cosme) et le cor anglais avec Karel Gomez (ce dernier joue justement aussi du hautbois et emploie un theremin). Ce qui donne à cette musique d’inspiration rock in opposition un parfum bien singulier, au service de compositions riches et complexes, qui, toutefois, à mon sens, ne reflètent qu’imparfaitement l’horreur, du fait même de la richesse, la luxuriance des timbres.
Toujours est-il, qu’à l’instar d’autres formations mexicaines, telle Nazca, 1870 est une pierre importante dans l’univers des musiques divergentes, capable aussi de fédérer les tenants des musiques gothiques.
pierre durr
all rights reserved
the evolution control committee
seeland533
cd
Sans doute certains lecteurs se souviennent de l'affaire Negativland vs U2. La formation californienne avait osé pasticher – avec bien sûr l'emploi de l'original – un titre de U2, I still haven't found what I'm looking for*. Affaire qui avait d'ailleurs donné lieu à un autre enregistrement accompagné d'un magazine, "The letter U and the Numeral 2"** qui la présentait. D'ailleurs à la même époque, ce fut le cas aussi des "Plunderphonics" de John Oswald… Negativland continue son périple musical par de nouvelles productions et son label héberge d'autres réalisations. Parmi celles-ci vient de paraître un CD d'un duo formé de Trademark Gunderson et Christy "Frilypants" Brand, dont le nom est tout un symbole, ALL RIGHTS RESERVED. Pas étonnant alors de les entendre pasticher une quantité d'œuvres d'autres musiciens, les passer à la moulinette, en citant bien sûr leurs sources, dans un environnement plus ou moins d'entertainment music. Tour à tour on entend des bribes de Beatles, de Led Zeppelin, de Foreigner, d'AC/DC, d'Iggy Pop, David Bowie, d'Elvis Presley, Peter Gabriel, Bruce Springsteen, Human league, Mamas & Papas, et quantité d'autres moins connus de nos oreilles européennes. A savourer si l'on supporte les sonorités de radio FM américaine et un bon complément au dernier (vinyle) de John Oswald ("prePlexure" Fony 2). Par ailleurs ce CD est accompagné d'un second CD présentant les mêmes titres, agrémentés de commentaires du duo et avec des bonus, en version mp3.
*NEGATIVLAND "U2" SST 272
**Seeland 008
pierre durr
donkey monkey
hanakana
umlautumfrcd01
distribution : orkhêstra
cd
Avec ce second enregistrement, le duo franco-japonais me semble se recentrer davantage sur ses instruments fondamentaux que sont le piano, pour Eve Risser, les percussions pour Yuko Oshima. Certes, il y a toujours l’emploi, plus parcimonieux que sur "ouature", les ressources de l’électronique ou l’emploi d’objets divers. Mais la musique elle-même est restée dans ses fondamentaux, à savoir ce mélange astucieux et jubilatoire d’un jazz riche (Can’t get my motor to start de Carla Bley), d’une musique contemporaine peu académique (N.A.N.C.A.R.R.O.W ., voire la Chaconne – tribute to Ligeti), de l’improvisation. Mélange destiné parfois à véhiculer subtilement des impressions sonores pour quelques haïkus du propre cru des deux musiciennes ou emprunté (Ni fleur, ni brume) au poète chinois de la simplicité que fut Bai Juyi, aux VIIIe-IXe siècles. Entrainante, joyeuse et inspirée, cette interrogation (is it a flower ? traduction de Hanakana) est une œuvre sonore pleine de poésie. 
 
 
 
 
 
pierre durr
emilie lesbros
attraction terrestre
dfragment music/full rhizomeelb6713
distribution : l'autre distribution
cd
Originaire de Marseille, Emilie LESBROS parcourt les scènes françaises, allemandes et suisses depuis bientôt une dizaine d’années. Elle s’est produite notamment en compagnie de la pianiste Eve Risser, de la vocaliste Catherine Jauniaux, de Daunik Lazro, du guitariste helvétique Gérald Zbinden, parmi d’autres. Elle fut également partenaire de plusieurs formations dont Rosa (cf. CD "The Gift" Koliapov KOL 0001, enregistré en 2007), plutôt rock. Ce n’est qu’au printemps dernier que paraît toutefois "Attraction terrestre". Un enregistrement en soliste, consacré bien sûr à la voix, mais où elle s’accompagne elle-même au violon, au piano, voire à la guitare dont les cordes sont frottées avec un archet ou frappées. Sa voix chaude, est prenante, séduisante, délicate et rappelle parfois (particulièrement dans Dla Ciebie) celle d’Iva Bittova, mais d’autres intonations l’en écarte et nourrissent d’autres expériences vocales. Sa voix susurre, chante des bouts de phrases, tantôt en français, tantôt en anglais, improvise sur quelques onomatopées (avec une pratique parfois semblable à celle de Lauren Newton…). L’ensemble pèche toutefois un peu par cette envie de se disperser. 
 
 
 
 
 
pierre durr
the magic i.d.
i’m so awake/sleepless i feel
staubgold digital10
distribution : metamkine
cd
Staubgold Digital 10. Dist.Métamkine
Le quartet que forment les deux clarinettistes Kai Fagaschinski et Michael Thieke (qui se produisent par ailleurs en duo sous l'appellation de The International Nothing), Margareth Kammerer (voix, guitare) et Christof Kurzmann (voix, g3 et loops) poursuit sa quête d'une pop délicate et évanescente, dont l'intitulé des albums est en adéquation avec leur contenu. Après avoir évoqué ce non man's land, cet entre-deux que constitue la passage de la vie à la mort ("Till my breath gives out" Ertswhile Erstpop01), "I'm so awake/Sleepless I feel" s'arrête sur cet état qu'est l'insomnie. Les chansons sont donc de facture minimale, usant de voix à peine susurrée mais délicatement caressante, bénéficiant d'un environnement instrumental mêlant boucle synthétique, guitare et clarinettes qui fonctionne parfois en drone enveloppant les délicates mélopées, créant une atmosphère en apesanteur et sensuelle. 
 
 
 
 
 
pierre durr
richard pinhas & merzbow
rhizome
cuneiform rune328
distribution : orkhêstra
cd+dvd
richard pinhas & merzbow
paris 2008
cuneiform rune329
distribution : orkhêstra
lp
La collaboration entre l'un des pionniers français du rock électronique et des loops de guitares, Richard PINHAS et le musicien bruitiste le plus constant de la scène japonaise, Masami Akita, alias MERZBOW se relève fructueuse, notamment par le nombre d'enregistrements qui se suivent. Après "Keio Line" décliné sous sa forme CD (2) par Cuneiform, sous sa forme LP (3) par Dirter Promotion, puis "Metal/Crystal" pour les trois quarts de son contenu, voici deux nouvelles productions. Quoique peu au fait de l'ensemble de la production pléthorique de MERZBOW, il me semble que cette constance, étalée sur quatre enregistrements différents, n'est pas courante. C'est dire à quel point l'entente entre les deux musiciens semble forte.
Ce qui différencie ces deux dernières productions des précédentes, c'est le fait qu'elles ont été captées lors de concerts. Assez récent en ce qui concerne "Rhizome" (septembre 2010 à Washington), un an après leur première collaboration pour ce qui est du vinyle.
Certains aficionados du français déplorent cette collaboration n'ayant que peu d'atomes crochus avec le bruitisme. Dans le cas de "Rhizome", on ne peut pourtant pas dire que MERZBOW soit envahissant. Les structures d'ensemble restent profondément liées à l'univers Pinhas/Heldon*, en particulier dans la première déclinaison de Rhizome. Il est vrai que l'enregistrement a été remixé par la suite, contrairement aux 27 minutes du DVD, au son plus brut. Non que MERZBOW n'intervienne qu'à la marge; ses sons, ses boucles, ses coupes et les rythmes distillés par son laptop participent à un maelstrom sonore en le rendant quelque peu plus chaotique, plus sombre, plus improbable, presque plus terrestre et inattendu dans son développement en le lestant d'assises concrètes, de remous et de tourbillons. D'autant plus que, davantage que lors des productions précédentes, s'opère une vraie écoute interactive entre les deux partenaires.
Cela n'était pas encore le cas lors du concert enregistré aux Instants Chavirés en novembre 2008. La première déclinaison de Paris 2008 est surtout marquée par l'empreinte de Pinhas (les sonorités bruitistes restent plus ou moins planantes). Paris Two donne l'avantage à Japonais avec son abord plus industriel et ses pulsassions erratiques malgré la linéarité structurelle, tandis que Paris Threeest marquée par un mélange des influences réciproques, avec de brutales accélérations rythmiques et déstructuration du propos.
*comme d'ailleurs en témoigne l'intitulé, référence au livre de gilles Deleuze et Félix Guattari!
pierre durr
compilation
strade trasparenti
staubgold digital9
distribution : metamkine
cd
En ces temps de transhumances estivales, cette compilation est la bienvenue. Bien que son intitulé ne se réfère qu’à la première pièce, celle de The Necks, les cinq contributions de "strade trasparenti" ont en commun de mettre en sons des déambulations, lentes et empreintes de sérénité (Transparent Roads ou I carry you in my Heart de Mira Calix), parfois des errances un peu chaotiques et mélancoliques (To know a Veil du guitariste David Grubbs). Les deux dernières propositions, celle de Mute Socialite (samba outlaw) et de O-Type (shadowgram) sont tout aussi nonchalantes bien que plus rythmées.
Cette compilation est en fait la contribution musicale pour un film brésilien éponyme, sorte de Magical Mystery Tour, sauf que ce voyage en bus n’a rien de magique ni de mystérieux*. Les musiques évoquent les paysages réels traversés par les voyageurs, la variété de la population, le tout avec un regard décalé, parfois sublimé. Tout au plus, à l’écoute de cette bande sonore, le parcours de ce bus a dû éviter les zones les plus défavorisées pour éviter les stéréotypes.
*des scènes visibles sur le site www.cinetrasparenti.com/film/film.html 
 
 
 
 
 
pierre durr
violence and the sacred
scarcely a pause in the process of butchering
viosacvats4
cd
violence and the sacred
the true poison
viosacvats5
cd
violence and the sacred
teddy bear stinks real bad now
viosacvats6
cd
violence and the sacred
arkinoid
viosacvats7
cd
violence and the sacred
lost horizons
viosacvats8
cd
Graham Stewart, l’âme de la formation canadienne VIOLENCE AND THE SACRED (qui se produit désormais sous le raccourci de VIOSAC) a décidé de publier sur son label des inédits ou des enregistrements parus sur K7 dans la 2e moitié des années 80 (1986-1987), avant la parution de son premier LP, "Suture Self". Mis à part un peu moins qu’une trentaine de minutes (sur l’ensemble des 5 CDs) enregistrée en studio, l’ensemble du contenu des 5 albums a été capté lors de concerts, à Montréal (aux Foufounes électriques) et surtout à Toronto (au Fallout Shelter) entre mai 1986 et mai 1987, concerts en général accompagnés de projections vidéo. Une dizaine d’autres éditions/rééditions sont attendues.
VIOLENCE AND THE SACRED toujours avec le même line-up*, à savoir St. Deborah à la voix, Scott Kerr à la boite à rythmes, Graham Stewart au violoncelle et au synthé, Ted Wheeler à la guitare, instruments auxquels se rajoute l’utilisation de bandes magnétiques – qui de ce fait caractérise alors son univers sonore – se présentait alors sous l’étiquette de groupe d’improvisation.
C’est dire que l’atmosphère musicale présente une relative homogénéité de "Scarely… " à "Lost Horizon". Avec bien sûr une maitrise plus importante vers la fin, décelable notamment dans les enregistrements studios. Alors que "Scarcely…" relève encore d’une sorte de cri primal, d’une spontanéité certes réjouissante et décapante, avec un jeu de guitare noisy, les enregistrements suivants sont plus nuancés et, à vrai dire, plus intéressants à écouter chez soi, au point que les stridences initiales ont pratiquement disparu du concert de mai 1987. La coloration sonore induite par le choix des bandes magnétiques diversifie les approches d’une pièce à l’autre, les emprunts pouvant être pris aussi bien dans la musique irlandaise, dans les musiques de film glamour, que dans les musiques symphoniques, celles de fêtes foraines voire les berceuses écossaises. Sans parler de l’une ou l’autre référence au Captain Beefheart (in Wee Willie Winke, album "Teddy bear stinks real bad now").
Malgré le signifiant qu’est le nom de la formation, la musique (de même que certains titres) n’est pas exempte d’humour. Mais ce qui retient surtout l’attention, c’est le choix des lectures. St. Deborah y récite des textes parfois triviaux voire succulents, empruntés à Terence Sellers (the Correct Sadist), à Jack Morin (Anal Pleasure & Health), à Faith McNulty (the burning bed) dans les deux enregistrements de 1986, à Antonin Artaud (Center-Mother and Boss-Puss), à Samuel Becket, Friedrich Nietzche, Alfred Jarry, et à Lautréamont (dans les trois enregistrements de 1987). Sans être aux antipodes de la production actuelle de VIOSAC, ces 5 enregistrements valent assurément le détour.
*la formation existait à la même époque avec d’autres line-up, notamment en tant que big band
pierre durr
charley james
atom hurt mother earth
institut créatif charley jamesiccj01
cd
frieder butzmann
wie zeit vergeht
pan14
distribution : metamkine
lp
Quoique le premier de ces enregistrements soit paru il y a près de deux ans (le 2e opus de Charley JAMES, "machine against the rage" vient de paraître !), il y a une similitude d’approche entre les deux références. La relation à des musiques antérieures, à des musiciens ou à des formations.
"Atom Hurt Mother Earth", outre l’évocation par son intitulé (de même que par le visuel de la pochette d’ailleurs) de "Atom Heart Mother " de Pink Floyd, est surtout centré sur la mouvance rock indus, cold wave, chacun des titres étant dédié à une formation, de Mecano à John Balance, en passant par Joy Division, Sisters of Mercy, Laibach, The Swans, Genesis P.Orridge ou Einsturzende Neubauten. Certes Anton Dvorak, Leonhard Cohen et même Fréhel figurent dans ces emprunts. Charley James cible donc essentiellement une période (le dessin animé du russe Youri Norstein, un autre de ses "tributes ", "Le conte des contes" fut utilisé pour les J.O. de Los Angeles en 1984 !)
De son côté Frieder BUTZMANN , avec comme le temps passe se réfère à certaines compositions des années 50 et 60 de Karlheinz Stockhausen, parmi lesquelles Telemusik , Kurzwellen et Hymnen.
Initialement collaborateur du groupe Temption, Charley JAMES propose une musique relativement variée, usant de loops, de bruitages divers, de sonorités électroniques mêlées d’emprunts acoustiques (celles de guitares hawaïennes, par exemple), de bout de phrases ou de textes, d’éclats de rires, rendant l’écoute agréable, parfois légère.
"Wie Zeit vergeht" est d’une autre trempe. Plus sérieuse quoique non dénué d’humour. S’agit-il d’un hommage à un des précurseurs de l’électronique ? Une parodie ? Frieder Butzmann, performeur, compositeur, ne se revendique d’aucun courant mais se les approprie tous (musique industrielle, électronique, dada, musiques de film, psychédélisme, musique grégorienne…)tout en citant dans ses influences, parmi une cinquantaine d’autres, Josquin Desprez, Nicolas Collins, Syd Barrett, Nono, Schwitters, Hans Reichel, Schubert… S’il se sert des œuvres citées de Stockhausen, il use conjointement certaines de ses sources, en y intégrant des bouts d’interviews et de commentaires, n’hésitant pas à déstructurer l’ensemble. Une approche assez baroque conforme au personnage.
pierre durr
pneu
highway to health
head recordshr0018
distribution : autodistribution
cd
Le duo tourangeau Pneu se fait remarquer depuis quelques années sur la scène noise française. Enchainant les concerts avec un rayonnement international aussi large que le nombre de dates accumulé, c'est en début de cette année que le duo fait une halte américaine chez un des membres de Converge pour enregistrer leur deuxième album et mettre à plat leur rock matheux marteau ! Une guitare, des amplis, une batterie et c'est parti ! Une formule qui (a) fait ses preuves à travers pléthore de groupes tels Lightning Bolt, Chevreuil, Athletic Automaton, Hella, Om et bien d'autres. Pneu y injecte une arrogance et une propension à la déconne à toute épreuve. Le décor se plante d'entrée de jeu avec une entame en guitar hero de classe internationale un poil stoner. C'était on va dire, l'échauffement. La suite file à 300 à l'heure sur fond d'algorithmes mélodiques passés à la moulinette doom, metal et post-punk. Surtout sur les 4 premiers morceaux. Car à partir de ''batatanana'' (un exemple du jargon du groupe pour nommer leurs morceaux), une toile de fond beaucoup plus noise s'installe donnant presque l'impression qu'ils s'octroient une pause no wave de l'époque (Mars) ou plus récente (Chinese Stars, surtout sur le suivant, ''tropicon'', morceau pour les filles comme on dirait en certaines contrées). Ces deux là savent vraiment tout faire et grandissent à vitesse grand V. Leur arrogance les a poussé à enregistrer avec Eugene Robinson d'Oxbow, quand même, sur le titre psychédélique ''knife fight'' qui nous ramène quelques années en arrière déjà. Le duo ne lâche rien et nous offre une dernière virée en apothéose tel un rappel où tout est dit. La mise en boite opérée, c'est le label heraultais Head Records qui a sorti cette pépite en Cd et Vinyle. Soyez rassurés mesdames messieurs, le rock se porte à merveille, grâce à Pneu et ses cousins Papier Tigre, Marvin et Electric Electric avec qui ils sont parti en vacances (d'habitude on appelle ça une tournée) et ont enregistré un très beau double 45t malheureusement épuisé.
cyrille lanoë
ghedalia tazartes
repas froid
panpan17
distribution : metamkine
lp
Et la magie opère encore. Même (et surtout) trente années après. Pan, label allemand manipulé par Bill Kouligas, réédite un assemblage de boucles et sons en tout genre initialement paru en CD sur le label Tanzprocess et truffé d'archives datant de la fin des années 70, début des années 80, réarrangées ici pour former deux pièces absolument magiques. GHEDALIA TAZARTES une nouvelle fois généreux jusqu'à plus soif dans son rôle de mi poète, mi conteur, en véritable charmeur de sons collés, de field recordings fins, de voix enfantines, de montages surréalistes, de musique concrète innocente. La première m'évoque des univers de cabaret mystique, du Paris des années 20, voire des années folles. De l'art brut comme une bande son de la nouvelle vague aussi. Des boucles telles des ritournelles circassiennes sur un numéro de lancers de couteaux, comme sur ce passage à l'accordéon, doux dingue comme de la bonne musique de cirque avec toute la dramaturgie qui va avec. La musique de GHEDALIA c'est pas de la musique. C'est bien plus que cela. Une poésie visionnaire et donc avant-gardiste, un univers à part comme il ne s'en écoute nulle part ailleurs. Cette poésie se transforme sur la deuxième pièce en une ode au drone polyphonique, en une transe de folklore mondial avec la marque de fabrique de GHEDALIA. Un voyage lyrico-ethno-musical de toute beauté amorcé sur la fin de la première pièce. Véritablement une nouvelle œuvre inclassable et tout autant indispensable.
cyrille lanoë
art zoyd
eyecatcher - man with a movie camera
in-possibleaz2011
distribution : orkhêstra
2cds
michael nyman
vertov sounds
mn recordsmnrcd118
distribution : abeille
cd
cd
Ces deux productions récentes ont pour point commun l'écriture et la réalisation d'une musique sur des films du pionnier russe du cinéma muet qu'était Dziga Vertov. Nous rappelons par ailleurs à nos lecteurs l'existence d'un autre film de Dziga Vertov, mis en sons par lui-même, Entuziazm /Simfonija Donbassa*.
L'Homme à la Caméra reste l'œuvre la plus connue de ce dernier et a souvent été sonorisée par des musiciens des scènes contemporaines, parmi lesquels on peut rappeler Un Drame Musical Instantané (1984) et Pierre Henry (1994). On peut noter que Michael NYMAN avait fait de même (en 2002)
Après la mise en sons des films de Murnau (Faust, Nosferatu), de Christensen (Häxan), de Lang (Metropolis) et d'Epstein (La Chute de la Maison Usher), la formation nordique se lance donc dans cette nouvelle aventure. Créée en 2007, l'enregistrement en est enfin disponible. Très réaliste, la bande-son créée par ART ZOYD relève elle aussi de l'expressionnisme voire du constructivisme. En effet, au-delà de l'esthétique musicale qui caractérise la formation, le découpage du film en trentaine de séquences/index offre une variété de transcriptions sonores captant l'effervescence d'une ville soviétique (Odessa ?) des années 20, usant souvent de sons enregistrés, renvoyant aux surimpressions, superpositions et autres accélérés ou ralentis, adoptant ainsi dans la composition la théorie du Ciné-Œil propre à Vertov. D'une certaine manière aussi, l'emploi du violon Stroh (à pavillon), du thérémine (depuis plusieurs années toutefois) et des ondes Martenot (avec Nadia Ratsimandresy), inventés soit avant la première guerre mondiale (le violon à pavillon) ou durant la décennie suivant celle-ci (1919 pour le thérémine, 1928 pour les Ondes Martenot), participe de la temporalité du film tout en offrant une nouvelle gamme de sons et de timbres. L'enregistrement de cette bande-son est accompagné d'un second CD réadaptant cette partition (Eyecatcher 1) à trois propositions vidéo de Cécile Babiole, reprenant l'idée de Ciné-Œil, un Eyecatcher 3 plus court associant images de synthèse pilotées en temps réel à une courte séquence électronique due à Laurent Dailleau. Plus éloignée de ce concept, la petite collection de rêves étranges et pièces plaisantes offre une instrumentation différente, incluant de nouveaux intervenants, Ulrich Krieger au saxophone, Carol Robinson à la clarinette. Cette dernière apporte d'ailleurs à la musique d'ART ZOYD quelques sonorités plus apaisées, plus légères, associées aux sons cristallins de Jérôme Soudan.
L'enregistrement de Michael NYMAN se rapporte à deux autres films, antérieurs à l'Homme à la Caméra, A Sixth Part of the World (1926) et "The Eleventh Year" (1928). L'éditeur de la version vidéo** en est le commanditaire. L'enregistrement audio se présente comme un montage alternant les séquences issues des deux films et pour l'auditeur, cela apparait comme une seule œuvre. Difficile alors d'y retrouver une approche particulière à chacun des deux films sinon que l'instrumentation du second (The Eleven Years) est quelque peu plus légère et la musique un peu moins oppressante, que celle du premier (A Sixth Part of the World). D'autant plus Michael NYMAN a écrit ses bandes-sons pour son orchestre habituel, laissant peu d'ouverture à des recherches de sonorités plus expressives.
*version vidéo Edition filmmuseum 01 – version audio sur le double CD Baku: symphony of sirens. ReR RAG 1&2
**version vidéo Edition filmmuseum 53
pierre durr
ressuage
semelles de fondations
bloc thyristorsvinyle-0090
distribution : metamkine
lp
On avait laissé le label Bloc Thyristors avec le duo Binôme et une direction foncièrement jazz au catalogue de ce dernier. Ce même duo formé par Jean-Noël Cognard (batterie) et Michel Pilz (clarinette basse) s'adjoint les services de Benjamin Duboc (contrebasse, voix), Patrick Müller (electrosonics), Itaru Oki (trompette, flûte) et Sébastien Rivas (ordi) pour former le sextet RESSUAGE, et ses ''Semelles de fondations'' d'un édifice pharaonique sur les traces de certains grands noms du jazz planant, du free et du jazz rock. L'ouverture du chantier se fait aux sons proches (surement l'apport de la flûte et des sirènes à la trompette) du Sun Ra Arkestra, les ouvriers s'entendent dès lors très vite, et donnent la cadence d'un space jazz assez rock ''de béton et de verre'' à l'effet d'une déferlante proche, et avec mes références propres, du duo Spaceheads, et du deuxième disque d'Empan sur ce même label, tout comme plus loin sur ''voiles suspendues''. Ça n'échappera pas non plus aux experts, le jazz planant c'est bien chez Miles Davis qu'il faut aller le chercher, voire chez Eric Dolphy, notamment sur ''emprise ferroviaire'', avec une locomotive à la batterie lancée à toute allure, chargée à plein régime par les ''electrosonics'' de Patrick Müller (entendu chez Ilitch et Tribraque). Ça s'active aussi derrière chez les souffleurs, pour un beau duel à distance entre Michel Pilz et Itaru Oki. Pas si étonnant lorsque l'on sait qu'ils ont déjà collaboré ensemble (Pilz-Oki quartet entre autres). Et pour moi le moment le plus agréable du disque. Le plus tranchant dans sa subtilité. Avec toujours chez les productions du label cette certaine idée de la tension sous-jacente mais explorée dans la retenue, sur le fil du rasoir comme on dit si bien. Ce qui fait de chaque production un moment à part, difficile parfois à classer, audacieux souvent, efficace régulièrement, et toujours ces beaux objets sérigraphiés (ici par ''Arrache toi un oeil'') pour un vinyle turquoise à 300 exemplaires. Un tel casting ne pouvait que donner des étincelles, et la réunion de ces six là, mixée par Patrick Müller au studio Pierre Schaeffer, forme un bien bel édifice et on espère la suite du chantier....
cyrille lanoë
daunik lazro
some other zongs"
ayler recordsaylcd-123
distribution : orkhêstra
cd
Le titre du dernier opus solo de Daunik Lazro, au saxophone baryton, est modestement programmatique : « some other zongs » – quelques autres chanzons… Manifestement il s’agit bien de cela : quelques chanzons d’un type plus tout jeune qui se remémore et réinvente toujours les mêmes airs (chez les humains n’existent qu’une petite poignée d’histoires – selon John Ford il me semble –, et quelques chanzons seulement – les mêmes encore à refaire en les faisant varier.) L’ouverture du disque en atteste, où Lazro souffle un refrain du vieil ami Joe McPhee, et évoque irrésistiblement cette autre ouverture « De la ritournelle » de Deleuze et Guattari : « Un enfant dans le noir, saisi par la peur, se rassure en chantonnant. Il marche, s’arrête au gré de sa chanson. Perdu, il s’abrite comme il peut, ou s’oriente tant bien que mal avec sa petite chanson. Celle-ci est comme l’esquisse d’un centre stable et calme, stabilisant et calmant, au sein du chaos… » On pourrait entendre la suite du disque comme une clarification de l’esquisse, qui jamais néanmoins n’est achevée. Mais à force de rigueur dans la chanzon, au bout de la tenue de sons multiples, au travers de la voix-même soufflée dans le tube de cuivre, 10 ans après un premier recueil solitaire et par la grâce d’un son de baryton sans pareil, ce petit chapelet de zongs se donne finalement pour ce qu’il est, de manière bouleversante dans l’ultime perle de 17’40 (et accessoirement donne une indication d’à quoi pourrait servir l’art, un art servi à telle pénétration…) Car, comme si dans le noir son souffle suspendait un instant le souci d’être perdu, Daunik Lazro atteste tout simplement de sa propre présence : il consiste un peu, encore. Et ce faisant (miracle que cela fonctionne avec un enregistrement !), il atteste de notre présence : il faut notre oreille pour accomplir ce souffle, qui nous met en présence de ce très grand artiste, et nous met en présence de nous même. Aucun espoir, ni rédemption : juste l’intuition, la certitude un instant, qu’on est là.
henri jules julien