alessandro bosetti
"royals"
monotype recordsmono034
distribution : metamkine
cd
Si Alessandro BOSETTI s’est d’abord fait connaître en tant qu’instrumentiste et improvisateur (saxophone soprano) au sein, par exemple de son quintette, en trio en compagnie de Michel Doneda et de Bhob Rainey (CD Potlatch), voire en duo (avec la guitariste Annette Krebs), cette production polonaise, à l’instar de "Her name" (Crouton) et "Exposé" (Die Schachtel), parus il y a près de quatre ans, le présente plutôt comme compositeur intéressé par l’interaction entre le langage et la musique.
"Royals" offre trois pièces plus ou moins construites de manière identique. Et la voix en est bien sûr l’élément structurant. Servie par l’auteur lui-même, mais aussi dans Gloriously Repeating par d’autres intervenants (Fernanda Farah, Ksejina Stevanovic, Christopher Williams, elle rappelle dans son expression celles dont usent les minimalistes, notamment Steve Reich. La répétition des mots, leur imbrication, ponctuée par celle des instruments qui la doublent (piano, clavecin principalement), mais qui en pervertissent aussi la linéarité (guitare, saxophone, électroniques, paysages sonores…) crée une toile séduisante, parfois obsédante, dans laquelle l’auditeur glisse immédiatement. Dead Man, la troisième pièce présente par ailleurs, de par l’utilisation plus importante de la guitare, quelques affinités avec le Trésor de la Langue de René Lussier.
pierre durr
compilation
"a sound guide to warsaw"
sqrtsqrt 021
cd
Créé en 2002, le Festival électronique de Varsovie invité les musiciens autour d’une thématique. En 2009, par exemple, il s’agissait de créer des pièces liées au 40e anniversaire d’Apollo XI et le premier pas de l’homme sur la Lune ("one small step"*). L’édition présente est dévolue à la ville elle-même. Treize musiciens, tous Polonais, apparemment, investissent treize lieux de Varsovie pour en délivrer leur propre vision sonique. Les sons ambiants sont bien sûr pris en compte, pas toujours repérables, car retravaillés, et à l’occasion, tel ou tel instrument acoustique est intégré à la création électronique. Ces lieux, la plupart situés sur la rive gauche de la Vistule, peuvent être emblématiques : le vieux quartier juif (Mirow), une rue du ghetto de Varsovie (Kilinskiego), des quartiers plus résidentiels (Saska Kepa, Stary Zoliborz), le quartier des universités (Sluzew), les vieilles fortifications (Fort Radiowo) … Parmi ces musiciens, peu de noms connus, en dehors d’Arszyn et Lukasz Ciszak, mais des approches différentes de la matière électronique, tantôt rythmée, parfois sous forme de drone, avec une prééminence des sonorités sombres et lugubres. Seul le quartier universitaire, évoqué par Grzegorz Bojanek apparaît plus emphatique.
*compilation téléchargeable sur http://www.wef.pl/onestep/
pierre durr
goubert / defossez / debaecker
“pourquoi tant de…?”
leo recordslr 608
distribution : orkhêstra
cd
Depuis une bonne dizaine d’années, les pianistes Anne-Gabriel DEBAECKER et Patrick DEFOSSEZ se produisent en duo sous le nom de Autres Voix de Piano. La première, française a fait ses classes dès son plus jeune âge auprès de Maurice Martenot lui-même, puis, après une courte carrière d’architecte, s’est initiée au piano jazz avec Manuel Villaroel pour finalement poursuivre une carrière comme compositrice et enseignante de musique, versée par ailleurs dans l’électroacoustique. Patrick DEFOSSEZ, d’origine belge, pratique lui aussi son instrument sur les scènes improvisées et contemporaines aussi bien en France que dans son pays d’origine. Leur rencontre, concrétisée d’abord par la création d’une association, 2dlyres, se développe dans cet espace sonore qui relève aussi bien de la musique improvisée née du jazz que des formes issues des recherches de la musique contemporaine. Le duo part souvent à la rencontre d’autres musiciens, tel, dès 2008, le batteur Simon Goubert. "Pourquoi tant de … ?" enregistré en 2010 se présente comme une suite dans laquelle éclatent les diverses facettes de leur parcours respectifs, avec plein d’allant ou de retenue de la part du batteur, des structures pianistes parfois emphatiques, souvent empreintes de délicatesse, à l’architecture à la fois complexe et variée, sans pour autant quitter les sphères d’une musique accessible pour le profane, la plupart des pièces empruntant – c’est un peu mon regret – des structures jazz courantes.
pierre durr
hot club
"straight outta bagnolet"
monotype recordsmonolp004
distribution : metamkine
lp
Quatuor improbable, ce HOT CLUB comprend en son sein quelques tenants de l’improvisation de la scène parisienne : Jac Berrocal, Alexandre Bellenger, François Fuchs et le franco-britannique Dan Warburton. Parisiens, ils le sont. Déjà par le nom du quatuor, par les références certes distillées par Bellenger avec ses platines, mais souvent tirées des choix de Berrocal : chansons (fais-moi danser, de Jeane Manson, métamorphosée en Danse avec les Poules) et musiques françaises sentant bon les musiques des cabarets de Montmartre ou des guinguettes de l’entre deux guerres, voire des années cinquante. On retrouve dans cet enregistrement la magie du single de 1985, Lili Traces/Plaisir loques (Tago mago), cette propension à inscrire dans les pages de l’improvisation cet attachement à la culture populaire, cette appropriation de l’idée du french lover, magnifiée par les éclats aux élans célestes de la trompette de Berrocal, les grincements du violon de Dan Warburton, les souffles du saxophone de François Fuchs… Plutôt jubilatoire, notamment lorsque le propos est imprégné d’un discours pseudo-chrétien (remember la Prière d’Antonin Arthaud, le EP chez Alga Marghen) , cet enregistrement n’est toutefois réservé qu’à une petite minorité d’aficionados par son tirage limité (250 ex.).
pierre durr
i compani
mangiare!
icompanidiscsicdisc.nl 1101
distribution : toondist
cd
Après avoir couvert à leur manière "Le dernier tango à Paris" lors de leur précédent opus la formation batave s’est dégotée une nouvelle thématique, pour laquelle elle use aussi bien d’extraits d’œuvres d’autres compositeurs (Nino Rota, Gato Barbeiri, Philippe Sarde) que leurs propres compositions (principalement celle de Bo van de Graaf, saxophoniste et leader de ce ninetet. Fêter un anniversaire (le 25e de la petite troupe) est le prétexte d’un bon gueuleton auquel nous, auditeurs, sommes conviés. Ce "mangiare ! ", sous-titré "the world of food" se décline en effet autour du thème de la nourriture (et de la boisson, of course!). Dans ce but, pas étonnant d’y trouver une reprise jubilatoire de la musique de "La Grande Bouffe", une reprise du thème principale du "Dernier tango de Paris". La formation a même mis la main sur un court métrage de Fellini, "the temptation of Dr. Antonio" mis en musique par Nino Rota. Et l’auditeur se met en bouche avec des collations, déguste les plats aigre-doux, lèche les sauces, vide les verres…
A leur manière, ces festivités offertes par les musiciens de l’I COMPANI sont d’une haute volée, notamment par les prestations des solistes, l’effet entrainant des rythmiques, et leur capacité à séduire et à entraîner tout auditoire vers les plats improvisées goûteux.
pierre durr
ulrich krieger
"fathom"
sub rosasr306
distribution : orkhêstra
cd
Le saxophoniste Ulrich KRIEGER est bien connu pour ses deux casquette : celle de l’interprète (on le trouve couramment sur les enregistrements de John Cage, de Phil Niblock, de Steve Reich, voire de Luciano Berio, de Giacinto Scelsi et même de Gavin Bryars, celle d’un partenaire régulier de certaines formations parmi les plus avant-gardistes, que sont Text Of Light, Zeitkratzer, par exemple. Une grande partie de sa production est dévolue aux musiques minimales, au travail sur le son et les drones. "Fathom", composition personnelle allie d’une certaine manière les deux aspects du personnage. Il s’accompagne ici de 2 des partenaires de Text of Light (les guitaristes Lee Ranaldo et Alan Licht), et de Tim Barnes (aux percussions). Lui-même officie au saxophone contrebasse. Cela donne d’emblée une coloration sonore particulière, sombre, presque apocalyptique. Surtout lorsque les percussions sonnent parfois tels le glas et que les guitaristes introduisent des stridences, qui ont toutefois l’avantage de rompre l’unicité du drone, tout en en ponctuant l’inexorable avancée. 
 
 
 
 
 
pierre durr
lydia lunch & philippe petit
"twist of fate"
monotype recordsmono035
distribution : metamkine
cd+dvd
Entrevu lors de l’édition 2009 de MIMI sur la scène de l’hôpital Caroline, le duo que forment Lydia LUNCH, poétesse et performeuse newyorkaise de la scène No Wave de la fin des années 70 et le musicien marseillais Philippe PETIT sort près de deux ans plus tard son premier enregistrement audio, doublé d’une vidéo réalisée également en 2009. Le concert du MIMI ne fut que peu convaincant, les bourrasques lancées par Eole sur les îles du Frioul ce soir là ne contribuant pas à optimiser la mise en place du spectacle. Par bribes seulement le public pu rentrer dans cette atmosphère particulière que l’on retrouve pleinement sur cet enregistrement. Dans un environnement synthétique obsédant et souvent angoissant, parfois bruitiste, Lydia LUNCH insère une voix qui use de divers registres pour être en phase avec son acolyte et ses déclinaisons cauchemardesques : voix hallucinée récitante, tantôt proche de la minauderie, tantôt davantage du cri déchirant, déclinant d’équivoques et d’oppressantes saynètes. Il y a un peu de Diamanda Galas dans cette prestation. La vidéo complémentaire, qui date d’ailleurs de 2009, et enregistrée au Cabaret aléatoire (du côté de la Friche Belle de Mai) montre un spectacle dans lequel le travail de Philippe PETIT en partie visualisé, semble un peu moins obsédant. Les sonorités de son appareillage sont plus sèches et la voix plus en avant de Lydia LUNCH ne forme pas la même symbiose que sur le CD. Le visuel, par ailleurs, intègre des images, orientant quelque peu l’imaginaire des auditeurs. En ce sens, le contenu du DVD apparait moins stressant.
pierre durr
evgeny masloboev / anastasia masloboeva
"russian folksongs in the key of winter"
leo recordslr 612
distribution : orkhêstra
cd
Revoilà Evgeny et sa rejetonne pour une 3e série de chants ethniques. On utilise les mêmes ingrédients (violon, basse, percussions diverses, un peu de synthé, instruments traditionnels et objets divers pour le papa, la voix pour la fille). Un couple qui fonctionne, car, à partir de ces mêmes ingrédients, ce troisième volet renouvelle la formule*. Inspiré par l’hiver sibérien, avec sa longueur, sa quiétude (surtout), sa propension au recueillement mais aussi à quelques angoisses liées à des bruits confus, étranges et mystérieux pour le profane bien que naturels, ce 3e cycle des "Russian Folksongs" rejoint curieusement une certaine ambiance cosmique qu’évoque ce même jour – cette chronique est rédigée le 18 juillet – les pages d’été de Libé consacrées aux cosmiques troupiers et à Ash Ra Tempel.
*pour la première fois, les trois enregistrements du duo sont présentés comme un triptyque… Cela laisse-t-il présager pour la suite une approche différente de leur univers sonore ? 
 
 
 
 
 
pierre durr
mani neumeier
smoking the contracts
atavisticalp 198
distribution : orkhêstra
cd
L’intitulé de cet enregistrement évoque d’emblée deux images, dont l’une n’a pas de rapport direct avec la musique. Il s’agit de la bande (dessinée) à Spirou et le fameux De Mesmaeker qui n’arrive jamais à faire signer ses contrats. L’autre image fut véhiculée pendant plusieurs années (fin des années 70) par un label indépendant allemand, Schneeball, précédemment April, créé par un autre batteur krautrock, version jazzrock, à savoir Christian Burchard (du groupe Embryo) : après un procès intenté par CBS pour l’usage du nom d’April (alors aussi un sous-label américain de CBS) l’adoption du nouveau nom (boule de neige) était accompagnée d’une caricature d’un PDG d’une boîte, la CBI, prenant en pleine tronche une boule de neige…
Certes, cela n’a aucun rapport avec Mani NEUMEIER sinon que ce batteur actif de la scène allemande (remember GURU GURU) ne se contente pas de faire perdurer sa formation initiale (après avoir traficoté dans les années 60 dans le free jazz avec Irène Schweizer ou Peter Brötzmann, entre autres) conserve aussi l’imagerie libertaire de la contre culture de l’époque.
Et cette propension à la liberté est manifeste dans ses nouvelles collaborations. Outre ses enregistrements avec Makoto Kawabata (cf. chroniques en mai 2011), il s’acoquine avec un des guitares héros des musiques alternatives, l’Australien Oren Ambarchi, en duo comme lors d’un concert à Melbourne en février 2009, en quartet, toujours à Melbourne, mais dès 2007, avec le renfort du bassiste Edmondo Ammendola et un second guitariste, Brendon Walls. Deux sets puissants, qui se développent progressivement. Smoking the contracts, la pièce en quartet démarre sur un mode presque minimal, linéaire et sombre distillé par les guitares et la basse comme pour entraîner peu à peu les auditeurs, alors que Mani NEUMEIER manifeste déjà avec ses rythmiques nerveuses l’envie d’en découdre. L’ensemble s’étoffe ainsi pour devenir une machine vrombissante qui vous emmène vers une sorte d’extase sans vous l’asséner. Go ahead, Oren (Noumatrouff, Oren, dirait la météo mulhousienne) manifeste le même type de progression, mais la guitare, moins linéaire, opère à partir de petites cellules plus ou moins stridentes, des riffs qui se prolongent et tissent une toile sonore variée soutenue par les percussions, à la fois discrètes, retenues et pourtant fébriles du batteur.
pierre durr
q
"id."
ra 2020
distribution : les allumés du jazz
cd
Un trio guitare, basse, batterie. Une formule assez courante, certes dans le rock, mais ici opéré par des musiciens parfois issus des pratiques jazz, voire de l’improvisation. C’est notamment le cas de la contrebassiste francilienne Fanny Lasfargues qui commence à se faire connaître dans le milieu des musiques innovatrices par son jeu (en solo principalement) largement éloigné des pratiques du jazz et du rock et l’utilisation d’objets divers dans le but de créer des paysages sonores des plus inventifs. Sylvain Darrifourcq, le batteur, originaire d’Orthez, s’est lui aussi fait remarquer, au sein de diverses formations en tant que tenant d’une musique opérant hors des cadres du jazz. Quant au guitariste Julien Desprez, il est déjà un habitué du label de Montpellier, notamment à travers son enregistrement avec le groupe Contrabande et son duo avec le clarinettiste maison Aurélien Besnard, et seul membre du trio évoluant plutôt dans le monde du rock.
Partant alors des bases d’un power trio, Q en présente une version plus nuancée, assez mesurée toutefois, n’hésitant pas à user d’effets cosmiques (décidemment, les références à Manuel Göttsching, d’Ash Ra Tempel, se multiplient, en tout cas dans ma propre mythologie musicale !), d’expérimentations diverses aussi discrètes qu’essentielles, n’hésitant pas à s’écarter des schémas classiques du genre. Chaque instrumentiste tisse ses trames d’une toile collective à partir d’instruments certes conventionnels mais souvent considérés comme des sources sonores avant tout, sans pour autant perdre le sens du rock et du rythme.
pierre durr
zyph
prele recordsprl006
distribution : metamkine
cd
Il y eut – il y a encore – des trompes, des tubes PVC. Berthet en utilise, les musiciens suisses de Stimmhorn aussi dans une déclinaison cor des Alpes. Et bien d’autres. Il y a aussi les ballons. Utilisés souvent épisodiquement. De manière plus régulière par l’américaine Judy Dunaway*, qui en joue en partenariat avec des violonistes, des joueurs de koto, des quatuors de cordes. Il a y aussi cet Autrichien, membre par ailleurs du Vegetable Orchestra, Sergej Mohntau, qui use de gants de ménage, comme cornemuse**…
Et puis il y a ce nouvel instrument. Concocté par l’iconoclaste Thierry Madiot, le ZYPH. Il a l’avantage de combiner trompe (la taille peut varier) et ballon, complétés par un anneau assurant l’ouverture de ce même ballon. Et les possibilités soniques sont multiples. Alors, réunissez une bande d’une douzaine de musiciens et d’adeptes de ce nouvel instrument, faites-les jouer en public. Cela créera certes, dans un premier temps l’hilarité du public. Mais cela fonctionne, car on est déjà au-delà du gadget.. Chacune des treize pièces a son originalité. Souffle, crissements de baudruches, toutes formes de manipulations sont mises en œuvre offrant tantôt un long drone, type sirène, tantôt des sonorités proches des barrissements, voire d’instruments électroniques. L’approche percussive n’en est pas absente. Confronté simplement aux divers sons, l’auditeur aurait souvent, sans le visuel, du mal à découvrir leur origine. Et c’est tant mieux. Le voyage sonore n’en est que plus attrayant.
*CD "Mother of Balloon Music" Innova 648
** CD "Gummihanschuhdudelsack" Transatlantic research TRES 005
pierre durr
vacuum tree head
pest colors music42.13
cd
vacuum tree head
"discoteca mm2"
pest colors music42.mm2
cd
Cette formation californienne semble exister depuis près d’une vingtaine d’années, comme en témoigne la mention figurant sur le second enregistrement : "collection de pièces rares et inédites enregistrées entre 1993 et 2011. Et ce serait leur 14e opus… Il est vrai qu’elle a, à son actif, réalisés dans les années 90, deux enregistrements sur le label Megaphone (Molecules, Frith / Hodgkinson, Jon Rose, Berrocal…) dont le premier fut produit par Ron Anderson*. Centré autour de son leader, Jason Berry (également graphiste, puisqu’il s’occupe des pochettes et a consacré un des enregistrements à Jean Giraud, alias Moebius…), multi instrumentiste mais principalement saxophoniste et clarinettiste, le groupe a connu plusieurs line-up (on y repaire entre autres l’actuel batteur de Ron Anderson au sein de Pak, Keith Abrams!) et pratique une musique hybride et joyeuse. Il est en effet difficile de coller une quelconque étiquette à VACUUM TREE HEAD. Il y a, peu certes, de l’électronique, des influences diverses entre musiques ethniques (mais impossible – et heureusement – de parler de world music), improvisations, musiques expérimentales, voire folk rock…. Fugitivement, on se surprend à chercher telle ou telle référence à l’écoute de quelques notes et/ou quelques sonorités (The Work ? Zappa ? Gong ? Même les Residents ?). Cela pourrait être le pendant de Perfect Vacuum "The Music of The 21st Century"**, en moins parodique peut-être. Par sa durée limitée (21 min.) "Thirteen !" apparaît plus nerveux, avec ses 15 titres bien ramassés, tandis que "Discoteca MM2" (68 min.) propose des pièces plus longues, souvent assez psychédéliques. Une joyeuse mixture, assez ordonnée toutefois, mais décapante et salutaire.
*"Excel (Eye Eye)" Megaphone 010
**chronique in R&C n°81
pierre durr
quatuor bozzini
"le mensonge et l’identité"
collection qbcqb 1110
distribution : orkhêstra
cd
quatuor bozzini
"sens(e) absence
collection qbcqb 1111
distribution : orkhêstra
cd
Le quatuor à cordes québécois nous gratifie pour ce premier semestre 2011 de deux nouvelles productions* bien que l’une des pièces du dernier, la composition de Daniel Rothman ait été enregistrée il y a déjà 4 ans. Au-delà de la diversité des auteurs (après Reich, Tenney, Skempton, Goldstein, Vivier et quelques autres, les quatre musiciens se sont d’abord adressés à deux activistes d’Ambiances Magnétiques, un compositeur allemand et un dernier, Daniel Rothman qui œuvre dans la mouvance des enregistrements Lovely), il y d’abord des pièces qui interroge l’homme, à la fois dans son positionnement dans la société, que part rapport à lui-même. Mensonge, identité, sens, absence. Il y a comme une complémentarité entre les deux réalisations. Seul, peut-être la composition d’Ernstalbrecht Stiebler Sehr langsam (très lentement) échappe à ces questionnements, tout en mettant en jeu la capacité d’écoute, des notions de patience, parfois inhérentes à la recherche de sens, tandis que l’absence – d’un être souvent – peut être lié à une incapacité d’écoute ou à un manque de patience…
Structurellement, et musicalement, il y a toutefois deux approches. "Le mensonge et l’identité" privilégie plutôt le dynamisme, le mouvement, l’éclatement pour une pièce qui met en jeu le rapport de l’individu (les musiciens, du 2e mouvement au 3e, s’individualisent progressivement) à la communauté (le 1er mouvement privilégie l’entente, le regroupement). "Sens(e) Absence" par les deux titres qu’il propose joue plutôt sur le mode minimaliste et l’intériorisation.
Dans la composition de Jean Derome et Joane Hétu, les cordes virevoltent, grincent, jouent tantôt en unisson, tantôt en opposition et se démarquant l’une de l’autre (même physiquement, l’enregistrement donnant à attendre les bruits de pas…), usant des diverses techniques de jeu des cordes. L’intervention de la voix, récitée, citant tel ou tel auteur (Hubert Reeves, l’actrice Brigitte Poupart, Françoise Giroud…), faisant tel ou tel constant sur l’état du monde, affirmant des certitudes voire mentant et conjuguée tantôt en allemand, tantôt en français, parfois en anglais voire en italien participe de cette individualisation, (rappel des suites de la tour de Babel ?). Un enregistrement tourbillonnant et plutôt passionnant.
Sehr langsam, la pièce de Ernstalbrecht Stiebler, élève dans les années 50 de Stockhausen, se présente comme un drone qui s’écoule pendant près d’une demi-heure, montrant les affinités du compositeur avec l’univers d’un – par exemple – La Monte Young (trio for strings). Sans être foncièrement originale, la qualité de l’enregistrement met en évidence le jeu complémentaire des trois registres de cordes (violon, alto, violoncelle). Sens(e) Absence semble être la suite logique. La composition de Daniel Rothman use aussi du drone, mais elle présente de subtiles variations de tonalité, comme si alternativement chacun des registres des cordes prenait l’avantage pour se fondre dans un processus qui intègre quelques interruptions et silences (10 à 15 secondes), avant de reprendre avec des sonorités parfois plus proches de l’univers électronique. Un second enregistrement qui nécessite une approche différente de l’auditeur.
*au moment où cette chronique est rédigée, paraît un 3e enregistrement, "Aberrare" CQB 1112…
pierre durr
lotus eaters
wurmwulv
taïgataiga 15
distribution : metamkine
lp
Lotus Eaters est la rencontre de trois mastodontes de la scène post industrielle, post metal ou ambient-drone, qui sont Stephen O'Malley (entre autres, SunnO)))), James Plotkin (Phantomsmasher, Khanate) et Aaron Turner (entre autres, Isis). Réputés pour ne pas faire dans la dentelle, c'est avec une certaine préparation psychologique (en gros du calme et une journée plutôt paisible derrière moi) que je m'apprête à écouter une version cassette usinée à 100 exemplaires comme support promotionnel à ce ''Wurmwulv''. Édité en double vinyle, cette sortie est une réédition remastérisée par James Plotkin en personne, de cet album paru initialement en Cd en 2007, sur Troubleman Unlimited. Le tout agrémenté en bonus tracks du 45t sur Drone records. C'est avec une grande surprise que je me trouve face à une improvisation lente, abstraite, lower case, aux motifs acoustiques en minorité et largement numériques. Ça me rappelle certaines improvisations collectives tels que le Mimeo (ramené évidemment au pro rata sonore du trio !) sur la première pièce qui se termine en un krautrock futuriste ! Nous nageons alors en plein drone cinématographique, plutôt série Z. Et ça s'étire encore sur la deuxième pièce (toutes sans titre), ça vrombit, tout est maintenu à la surface, et parfois bricolé acoustiquement pour que ça le reste. Les guitares arrivent enfin (comme quoi je les attendais quand même un peu celles-là !) dans un mur qui penche du côté où il va tomber comme on dit dans le jargon. Et il tombe vite, l'intervention est courte. Le post-indus reprend ses droits sur ce qui semble être la face B. Il y a du vent dans le métal. L'activité est pourtant spartiate, de longs souffles métalliques en va-et-vient telles des trompes de paquebot semblent appeler les guitares acoustiques en harmoniques plaquées avec tension. Il y a parfois des ambiances proches du projet Die Instabilität der Symetrie paru sur Grob en 2003 par le quatuor Brandlmayr, Németh, Daffeldecker et Siewert. Avec les voix un peu dark folk en prime. La dernière pièce du disque suinte les bas fonds en intro(spection). Des fréquences aiguës tapissent l'atmosphère, en de longs drones tournoyants. La situation se tend peu à peu. Ces drones sont de plus en plus menaçants, pour créer le seul effet de masse sonore auquel je m'attendais. Sans en faire à mon goût un disque essentiel, ça reste bien fait et demeure surtout une assez bonne surprise dans ce bon dosage entre improvisation et drone doom parsemé avec légèreté et très minoritaire.
cyrille lanoë
leafcutter john
tunis
tsuku boshitsk007
distribution : a-musik
cd
compilation
essmaa
tsuku boshitsuku boshi 006
distribution : a-musik
cd
Artiste anglais, Leafcutter John fait pour moi figure à part dans le paysage des musiques dites electronica. Je l'ai toujours suivi, même si de loin, depuis ses débuts sur le label de musiques électroniques dures, breakcore comme on dit, Planet Mµ (principal label de Venetian Snares entre autres, pour vous situer). Plus à ranger (s'il le fallait) du côté des artistes sonores, voire plasticien sonore adepte de performances parfois inattendues comme la sonorisation d'un plancher d'une galerie ou école d'art, ou encore l'écriture de ses propres logiciels de son (disponibles gratuitement sur son site).Ce boulimique d'expériences a même reçu le prix Ars Electronica en 2004. Son profil m'évoque un peu le parcours de Janek Schaefer. Souvent assimilé aux artistes à mi-chemin entre l'expérimentation et les musiques électroniques tels Aphex Twin ou Keith Fullerton Whitman, Leafcutter John mélange avec une facilité déconcertante musiques électroacoustiques, folk, ambiant et bien sur electronica. Son parcours est tellement sinueux et devant l'hyperactivité du bonhomme je vous invite vivement à découvrir son site http://leafcutterjohn.com. Comme son nom l'indique, ce disque a été réalisé à Tunis dans une cathédrale en juin 2010 lors du FEST (Festival Sound Echos of Tunis), avec comme principales sources des sons enregistrés dans cette même ville quelques jours auparavant. Parmi sa palette sonore, citons le travail sur la (les) voix. Le titre ''Palm reader'' s'inscrit directement dans le champ des musiques électroacoustiques telles que Steve Roden les affectionne, notamment sur sa magnifique pièce ''The Radio''. On y retrouve cette même atmosphère crispante et belle à la fois. On lorgne vers les musiques acousmatiques sur le titre suivant, ''Introduction in the wrong place''. Les guitares filtrées chères à Christian Fennesz font leur apparition ensuite. Seul le titre ''Polysomnogram'' me semble dispensable, trop pop aux vues des autres morceaux. Le final fonctionne assez bien avec une plongée au synthétiseur ou affilié, en tout cas aux sonorités proches des Hurdy Gurdy par Jim O'Rourke pour Phil Niblock, où l'on retrouve sur ce disque, comme ici, un travail sur la voix, ''Touch Works, for Hurdy Gurdy and voice'' paru sur le label anglais Touch. Un bien bel album à la pochette soignée (digipack).Tsuku Boshi est un label de la région parisienne à consonances electronica et expérimentales. Mais c'est également une véritable plateforme multimédia où il est possible de télécharger nombre de travaux (notamment ceux de Discipline que je vous conseille) et autres compilations dans la section ''Tsuku Tsuku Grammofon''. Outre le très bon disque de Leafcutter John, nous avons reçu à la rédaction leur compilation "Essmaa" (''écouter'' en arabe) en double Cd et digipack. Deux disques bourrés de participants qui se sont vus proposés les enregistrements d'Aymeric de Tapol à Tunis en décembre 2009 avec en vrac Dj Elephant Power, Uske Orchestra, Lodz, Sébastien Roux, Rainier Le Ricolais+ David Sanson, Dino Felipe, Dj Olive, Hypo, Mathias Delplanque, Greg Davis, Scanner, Sutekh, Leafcutter John ou The Aktivist sur la quarantaine d'artistes/groupes présents. Un casting somme toute assez classique lorsque l'on parle d' electronica et de compilations du genre, plutôt dans les bonnes, des dix dernières années. Il est toujours difficile de chroniquer des compilations avec autant d'intervenants, trop dense pour tout décrire. Il n'est toutefois pas simple non plus de déceler derrière toutes ces inspirations les traces d'échantillons des sons glanés. Dans l'autre camp, là où c'est très clair, je retiendrai le joli morceau de Lodz. Pour le reste, pas toujours ma tasse de thé il faut le dire. Et la surabondance de compilations du genre déjà éditées des millions de fois ne me pousse pas à me motiver davantage. Mais je soutiens malgré tout l'initiative et c'est pourquoi je vous encourage à aller sur leur site web car c'est une source complémentaire et à la fois introductive à l'univers du label. Et de découvrir une autre compilation, mais du label Autres Directions, ''The noise and the city''. Je ne dis pas qu'elle est mieux, mais dans le même thème, j'ai préféré.
cyrille lanoë
pato / guilty c.
split
le petit mignon
distribution : metamkine, staalplaat
45 tours
Jusqu'à l'année dernière, on ne connaissait Ruben Patino que sous le nom de Pato, réputé pour des prestations live agressives et radicales, avec pour unique instrument un ordinateur et des logiciels de synthèse sonore type SuperCollider. Depuis peu, Patino, sous son propre nom, mêle à ses performances sonores des projections vidéos et des visuels qu'il manipule en direct, sorte de banque de données éparses, mélanges d'images et de codes hermétiques pour ne pas dire ésotériques qui défilent dans un combat paniqué entre perturbations visuelles et perturbations sonores. Basé à Berlin, Patino ne pouvait pas ne pas sortir un disque sur un label comme Le Petit Mignon, lui aussi berlinois et spécialisé en radicalités sonores et autres agressions auditives. Pato partage ce nouveau 7" avec les japonais de Guilty C. Chaque nouvelle sortie du label est l'occasion d'inviter un illustrateur à imaginer un nouvel objet, pour l'instant autour du format 7", avec un design de qualité exemplaire, le tout en édition limitée à 300 exemplaires. Le soin qui est porté à chaque sortie est rare et remarquable. Les deux faces de ce disque sont à la hauteur de la réputation des invités, Rest in Peace sur la face Guilty C. et Brace ! Brace ! pour Pato. Le programme est annoncé, la pente est ouverte. Alors que Guilty C. tourne à la frontière du bruit blanc, Pato recolle les morceaux d'une musique électronique nerveuse et émiettée, passant du tout au rien en un fragment de seconde, dans un spectre de fréquences dont la partie audible ne semble être qu'un fragment émergeant. La pochette est signée Zeke Clough. L'objet est un collector : Brace, Brace !
benjamin laurent aman
coh
iiron
editions megoemego 114
lp
Difficile de comprendre les motivations qui entourent ce dernier album de l'excellent Ivan Pavlov. Alors que tout allait bien, Editions Mego, un label quasi-légendaire, Ivan Pavlov, musicien sans faille, soigneux, précis, une couverture signée Stephen O'Malley, tout prend soudainement sans raison apparente une tournure un peu douteuse. La puissance du métal, celui de sa Russie natale, la froideur des clubs, la musique industrielle, il y a depuis le tout début cristalisé dans Coh la dépouille de tout ça. Mask of Birth, Super Suprematism, Patherns, Iron affichent une musique électronique éclatée, où s'unissent une énergie coupée au couteau et des rythmiques syncopées. Il y a quelque chose d'assez unique dans Coh, un charme et un minimalisme désincarné associé au label Raster Noton dont il a été et reste certainement l'un des acteurs les plus intéressants. Ce passage black metal par la case Mego est un virage surprenant, aussi bien d'un point de vue visuel que sonore. Les sentiments qui émergent à l'écoute de ce nouvel album sont, eux aussi, assez difficiles à rassembler, peut-être le moment était-il mal choisi ou peut-être les dépouilles de guitare se sont-elles mal relevées... Nul doute, Pavlov a certainement écouté beaucoup de métal dans sa jeunesse, mais on est libre de se demander pourquoi le réintroduire ici de cette manière, alors que le musicien avait réussi à sublimer aussi subtilement son énergie dans ses précédents travaux. Effectivement, les guitares de Iiron sont lourdes et imposantes. L'ambiance générale est plus sombre, plus planante parfois, moins abstraite que les albums précédents, plus prévisible surtout. Il n'y a rien en soi de raté dans ce disque, juste un mélange parfois un peu indigeste, comme si Ivan Pavlov et Greg Sage avaient décidé d'enregistrer un disque dans la même pièce. Là où Coh, jusqu'à sa collaboration avortée avec Peter Christopherson, semblait imposer dans chaque disque un aplomb solide, on se retrouve à la fin du dernier titre de Iiron dans un silence un peu pesant, où plane une légère atmosphère de pourquoi pas.
benjamin laurent aman
cindytalk
hold everything dear
editions megoemego 122
distribution : metamkine
cd
Et l'on continue l'exploration des nouveautés du label de Peter Rehberg, Editions Mego, après la chronique du dernier Coh par notre confrère Benjamin Laurent-Aman. Même si je suis passé à côté du projet de Gordon Sharp, aux manettes de Cindytalk depuis 1982, ce disque concluant a priori une trilogie pour le compte du label Editions Mego a tout pour intriguer et déstabiliser. Faisant suite aux albums ''The crackle of my soul'' et ''Up here in the clouds'', ''Hold everything dear'' est terriblement hanté. Il l'est intrinsèquement par la ''présence'' de Matt Kennison, décédé durant la période des sons collectés utilisés sur ce disque, entre 2006 et 2011, au Japon et en Angleterre, et évidemment collaborateur de longue date de Gordon Sharp. La présence la plus sensible de ses fields recordings s'entend surtout sur la première partie du disque. Son âme se promenant avec les voix de ces enfants japonais, allant et venant sur des cloches, jamais je n'aurai pensé la placer cette référence, proches de l'intro de l'album ''Disentegration'' des Cure. Disque, à sa manière passablement hanté également. Avant un chaos statique et vraiment dark en plein milieu de celui-ci me rappelant l'électro glaciale des Pan Sonic (surtout sur leur quadruple Cd ''Kesto'') sur le titre ''Hanging in the air''. Il l'est par la musicalité terriblement sombre, ponctuée d'interludes courts au piano aérien plaçant quelques silences pesants. Terriblement triste, ce disque l'est évidemment, comme sur le titre ''Fly away over here'' à l'ambiant délicate que l'on pourrait entendre chez Pimmon avec un soupçon de Fennesz, où Gordon Sharp se joue des influences ''concrètes'' à la sauce post-indus, développée parfois chez Drone Records. Pour ensuite redescendre tranquillement par des chemins arides, extirpant l'abstraction des jalons posés jusque là à son paroxysme. Jamais je n'aurai pensé être autant bouleversé par ce disque arrivé par surprise dans ma boite aux lettres. Pour rester dans la thématique du voyage. Ce disque sort ces jours-ci en Cd et double vynile.
cyrille lanoë