vincenzo vasi / giorgio pacorig
"perfavore sing"
i dischi di angelicaida 027
distribution : rer mégacorp
cd
L'inspiration de ce "perfavore sing" est diverse et colorée. Sa mise en œuvre est elle aussi, dans le détail tout au moins, plutôt variée. Mais il règne dans cet enregistrement une atmosphère des plus particulières. Un peu celle qui existait dans ZNR ou dans le 1er opus d'AKSAK MABOUL, "Onze danses pour combattre la migraine". Avec, souvent un traitement sonore quelque peu plus déjanté ou dans certaines plages, simplement plus évanescent (l'emploi d'un theremin n'y est certes pas étranger).
Les influences s'y télescopent. Prenez par exemple la quinzième pièce, Fetus/Meccanica/Cariocinesi assez étrange par son mélange usant de deux thèmes de Franco Battiato*, une voix empruntée à Tom Waits, alternant avec des effets vocaux bidouillés électroniquement, d'aigrelettes notes de piano, d'autres plus emphatiques. Ou encore Was Dog A Doughnut croisement entre une chanson de Cat Stevens et la musique de Jean Roussel ! Quelques autres thèmes dus à des compositeurs divers sont ainsi mis à la moulinette du duo (Peter Gabriel, Zappa, les Residents, Violetta Parra…). Toutefois le traitement sonore concocté par Vincenzo Vasi (voix, theremin, looper, boite à rythmes…) et Giorgio Pacorig (piano, synthé, effets, voix …) s'applique d'abord à leurs propres compositions , leur donne un côté d’une musique d’un court métrage par exemple. L'ensemble se présente tel un juke-box à la demande (per favore!), centré sur des chansons au traitement sonore loufoque qui ne déparerait pas d'un catalogue tel que In Poly-sons et qui pourrait trouver son équivalent dans l'enregistrement de Jean-Marc Foussat sur Potlatch.
*l'écoute des six premiers enregistrements, tous des années 70, est chaudement recommandée.
pierre durr
vesa-matti loiri
4 + 20
porter recordsprcd1512
distribution : orkhêstra
cd
A l'aube de la décennie 70, les bacs des disquaires ne recélaient pas grand-chose. Les productions françaises certes, les anglo-saxonnes, bien sûr, si l'on s'en tenait aux formations les plus médiatisées. Seuls quelques importateurs avaient un fond plus achalandé. Les enregistrements rock, folk, des autres pays européens – en dehors de l'un ou l'autre tube – étaient inexistants et ne commençaient à poindre que quelques spécimens de ce que l'on nommera plus tard le krautrock ou le rock spaghetti.
Et si le groupe danois Burning Red Ivanhoe symbolisait une – petite – ouverture vers la production scandinave, il fallu attendre quelques paires d'années pour découvrir Archimedes Batkar (S), Piirpauke (Fi.), ou Finnforest (Fi.) pour s'en tenir à des musiciens ou des groupes de tendance folk-rock.
Il n'est alors pas vain – en ces temps de mondialisation – d'exhumer quelques enregistrements et le label américain Porter s'y emploie. Ainsi ce "4+20" paru initialement en 1971. Cet enregistrement de Vasi-Matti LOIRI (flûte, percussion et chant) est justement bien daté. Il y règne la spontanéité d'une époque ouverte, avec son côté happening (on pense parfois aux enregistrements d'Amon Düül, tel "Collapsing"), ses influences diverses (un léger parfum jazz avec les reprises d'Herbie Mann – ses emprunts à Stephen Stills), quelques sonorités naturelles ou environnementales déjà. Avec le recul, il est toutefois difficile de considérer cet enregistrement comme fondamental. Plutôt un simple maillon assez symptomatique d'une époque. Ce n'est déjà pas mal.
pierre durr
kronos quartet / kimmo pohjonen / samuli kosminen
uniko
ondineode 1185-2
cd
Le KRONOS QUARTET est sans doute le quatuor à cordes le plus connu parmi ceux qui proposent cette formule instrumentale de type classique dans les musiques autres que celles relevant uniquement de la musique classique et/ou contemporaine (tel l'ARDITTI STRING Quartet, par exemple). Revisitant tour à tour certains répertoires issus du jazz, des musiques ethniques, collaborant aux créations de Terry Riley (pour ne citer qu'un partenariat régulier), il n'hésite pas à s'associer à d'autres musiciens de tout horizon géographique et culturel à la notoriété encore peu développée.
Kimmo POHJONEN est quant à lui un compositeur accordéoniste assez peu connu et peu présent sur les scènes des musiques créatives malgré un passage il y a bien plus d'une décennie au festival MIMI. Son partenaire finlandais, Samuli KOSMINEN, à la programmation et à l'échantillonnage, coauteur avec POHJONEN des sept pièces de ce recueil, l'est encore moins.
Cet enregistrement, sur un label finlandais offre une musique ample, évocatrice de vastes espaces mais pas toujours en corrélation avec l’immensité des landes finlandaises dans la mesure où s’y insèrent des phrasés empruntés à d’autres cultures, plus méridionales et proche-orientales. La musique d’UNIKO s’en trouve plus ample, plus luxuriante. L'accordéon s’y mélange étroitement aux sons des cordes et de la synthèse numérique, n’offrant finalement que peu d’espace à son individualité, ce qui reflète une parfaite symbiose dans le propos d’une expérience initiée en 2004 à Helsinki et qui se poursuit encore actuellement avec un autre quatuor à cordes, le quatuor Proton.
pierre durr
luis naon / ensemble laborintus
"lascaux expérience"
césarécesare 10/10/10/1
distribution : metamkine
cd
Ces Lascaux Expériences du compositeur argentin Luis Naon s’insèrent d’une certaine manière dans son cycle Urbana (voir par ailleurs la chronique de la compilation "Compositions électroacoustiques : trames 1"). Leur concrétisation sur ce support (le CD) est issue en fait d’un parcours assez particulier dans la mesure où préexistaient différentes approches, parfois purement instrumentales (1997), parfois plutôt sous forme électroacoustique sous le nom de Lascaux Urbana. Celle-ci à l’avantage de combiner les diverses approches en proposant d’ailleurs des variantes, qui en concert peuvent se multiplier. En effet, les 8 chants et les 4 interludes peuvent se décliner en instrumental, en bande magnétique ou en mixte, selon l’humeur, l’ambiance, la volonté de déchiffrer telle couleur, telle fresque, d’apporter tel éclairage aux diverses parois sonores… Le quintette lui-même peut se mouvoir en trio, voire en duo, histoire d’appréhender les multiples facettes entre compositions acoustiques et technologies, comme autant d’expériences possibles.
En ce sens, ce Lascaux sonore n’est pas une œuvre figée dans le roc, mais une expérience des plus ouvertes, modulables, en quelque sorte interactive. 
 
 
 
 
 
pierre durr
deep tones for peace
"jerusalem – nyc – tel aviv – 2009"
kadima recordingskcr triptych 2
distribution : improjazz, metamkine
cd
Ce CD/DVD n'est pas tout à fait récent. Mais la cause est toujours d'actualité. Plus que jamais. Il nous propose deux lectures, un peu différentes l'une de l'autre, déjà par la durée (49 min. pour l'audio, 88 min. pour la vidéo) d'une implication de contrebassistes (les deep tones), tant américains qu'israéliens dans un processus de paix entre Palestiniens et Israéliens, à un moment où les autorités de l'Etat d'Israël, avec leur politique de colonisation, sapent les rares efforts pour parvenir à une solution acceptable pour les deux parties.
Comme figures essentielles coordinatrices de cette opération, il y a trois contrebassistes: JC Jones, animateur du label Kadima, Mark Dresser et Sarah Weaver, compositeurs de l'œuvre. Imaginez deux orchestres de contrebassistes, l'un à New York et réunissant 5 praticiens de l'instrument (dont Henry Grimes, Trevor Dunn et Rufus Reid) autour de Sarah Weaver, l'autre à Jérusalem rassemblant 8 praticiens (dont Barre Phillips) sous la houlette de Mark Dresser, les quinze musiciens formant le TCE, le Telematic Contrabass Ensemble.
La pièce présentée sur le CD – le DVD, complémentaire, ne présentant que les rencontres filmées en Israél – et diffusée lors d'une performance sur Internet en avril 2009, est intitulée SLM et se veut déjà, par cet acronyme, un symbole d'universalité du fait que les trois consonnes se réfèrent à la paix dans différents idiomes (Shalom, Salaam, Selam …). Cette universalité se traduit aussi pour cette double composition par des références à différentes approches musicales. Les basses grondent, se cherchent, s’unifient, s’individualisent, s’affrontent à l’image de la vie, à l’image des espérances et des réalités.
pierre durr
compilation
"free classical guitars"
ff hhhff hhh 79
distribution : metamkine
cd
compilation
"i never metaguitar"
clean feedcfg005
distribution : orkhêstra
cd
A travers ces deux compilations dédiées à la guitare, chacune proposée par un praticien de l'instrument (le Belge Grégory Duby d'une part, Elliott Sharp d'autre part), l'auditeur côtoie diverses approches de l'instrument. Des approches complémentaires. La première peut sembler plus expérimentale, plus ouverte dans la mesure où elle s'inscrit moins dans un environnement identifiable, d'autant plus que ses praticiens (européens) sont moins connus, presque plus anonymes si l'on excepte Nicolas Desmarchelier, Olaf Rupp ou peut-être Roger Smith, alors que les invités de l'enregistrement portugais (européens, américains, voire asiatique avec Kazuhisa Uchihashi…) ont déjà une notoriété certaine, confirmée par plusieurs décennies de pratique, sous leur nom pour une majorité d'entre eux (Elliott Sharp, Jean-François Pauvros, Noël Akchoté, Scott Fields, Mike Cooper, Henry Kaiser…) ou en tant que partenaires d'autres instrumentistes liés au jazz improvisée (Mary Halvorson, Jeff Parker…). Par ailleurs les premiers usent d'une guitare classique dans leur pratique de l'improvisation, tandis que la guitare électrique reste l'instrument de prédilection pour les seconds, même si l'un ou l'autre des officiants use d'une viole de gambe électrifiée (le Suédois Raoul Björkenheim), d'effets divers (Jeff Parker), voire de plusieurs guitares jouées simultanément (Henry Kaiser)… Entre nappes sonores, approches à la power trio, pratique d'arpèges, jeux aux phrasés tantôt plus jazz, tantôt plus rock expérimental, parsemés de séquences improvisées déjantés, "I never metaguitar" reste assez familier tout en cultivant la diversité, alors que "Free Classical Guitars" offre majoritairement des pratiques assez proches les unes des autres dans la mesure où pour la plupart des officiants et au-delà de leur sensibilité personnelle, des détournements sonores qu'ils opèrent ou de la mise en situation de l'instrument , Derek Bailey semble être l'inspirateur principal.
pierre durr
artichaut orkestra
"t for teresa"
tzadiktz 8161
distribution : orkhêstra
cd
mazal
"axerico en selanik"
tzadiktz 8160
distribution : orkhêstra
cd
Et de trois! Après Zakarya, dont le 5e opus est prévu pour cet automne, le label de Zorn a dégoté deux nouvelles formations françaises en partie dévolues aux musiques klezmer et/ou sépharades. Leur approche en est toutefois quelque peu différentiée. Si la formation strasbourgeoise conjugue cet héritage à l'électricité rock (notamment par la présence de la guitare d'Alexandre Wimmer), les deux nouvelles productions offrent des chemins différents.
ARTICHAUT ORKESTRA, formation toulousaine est d'essence plus acoustique – bien que la formation comprenne en son sein un guitariste électrique, Sébastien Rideau qui développe quelques improvisations et propose des riffs plutôt rock – et peut-être plus proche de la tradition bien que les thèmes soient dus aux musiciens eux-mêmes. L'accordéon (Pierre Emanuel Roubet, par ailleurs auteur de deux compositions) tient au sein du quartet un rôle important (tel Yves Weyh dans la formation alsacienne), mais l'auditeur perçoit davantage le rôle moteur du clarinettiste Camille Artichaut, dont le jeu très fluide semble nourri de l'écoute de David Krakauer. Et bien sûr comme la musique klezmer relève aussi du festif, les thèmes joués en ce "T for Teresa", tel Cirquenscie en particulier, sont dansants. ARTICHAUT ORKESTRA va jusqu’à offrir un thème baroque Gavotte N°2 (BWN 995) de Bach dans une version klezmer.
Le premier opus de MAZAL offre une alternative différente, dans la mesure où leur Axerico en Selanik est une sorte de fusion entre une autre tradition musicale, celle des chants sépharades d’Espagne, et l’électronique, distillée par une chanteuse percussionniste, Emmanuelle Rouvray et, à la programmation et échantillonnage, Thomas Baudriller, qui officie aussi aux cordes (basse, mandoline). Bref, une musique métisse que certains qualifient d’électro-sépharade. Agréable et séduisante, la musique de MAZAL propose un accompagnement instrumental assez sautillant, plutôt léger et aéré sur lequel se greffe une voix chaleureuse, parfois envoûtante. Toutefois, l’auditeur exigeant ne manquera pas de signaler un côté un peu superficiel d‘une musique plus propre à animer des soirées festives qu’un salon de musique. Mais rien n’empêche de se laisser aller sur ces rythmes particuliers.
pierre durr
compilation
"archipel électronique, vol. 1"
d’autres cordesdac 2010
cd
compilation
"compositions électro-acoustiques: trames"
la muse en circuitalm 001
distribution : distrart
cd
Editées plus ou moins au même moment, ces deux compilations ont l'avantage de présenter pour une part tout au moins les mêmes créateurs. Samuel Sighicelli et Sébastien Roux émargent en effet dans les deux propositions. Présences qui assurent une sorte de trait d'union entre les deux productions. Si l'auditeur peut regretter que l'Archipel électronique ne propose en fait qu'un extrait de la pièce éditée l'année précédente sur le même label, Marée Noire de Sighicelli – remarque valable pour France Matraque de Frank Vigroux renvoyant à l'album "Camera police" l'intérêt de ces deux réalisations réside dans le fait de montrer un peu la diversité des pratiques acousmatiques en France, provenant notamment (pour la première des compilations) mais pas exclusivement, de praticiens qui n'ont pas fait nécessairement leurs classes auprès des structures nationales officielles, type GRM, de les soutenir. Manipulations de cordes électriques, sons sales, grincements bruitistes et trames déstructurées, opérés par des créateurs souvent imprégnés de la culture de l'improvisation, caractérisent l'archipel lozérien (siège des éditions D'Autres Cordes) conduisant l'auditeur dans un maelstrom angoissant. Des sons plus emphatiques en général, moins agressifs certainement, offrent une diversité plus prononcée entre les cinq propositions du recueil de la Muse en Circuit, 3e Jour de Samuel Sighicelli faisant, par ses sonorités, office de lien avec la première compilation. Celle de Sébastien Roux, Katsina, présente une trame à la fois plus linéaire et plus sereine, quoique réalisée à partir de séquences diverses incluant jeu d'orgue et manipulation d'ustensiles divers, là où C (sur la première compilation) épouse l’aspect plus tourmenté des compositions de l’Archipel électronique. Dans Perspectives, du compositeur argentin Luis Naon*, décliné en quatre volets, les sonorités sont à la fois plus "liquides", granuleuses, parfois tourmentées (il est question de souvenirs du bagne), plus enjouées aussi (au rythme des ciseaux et du scherzo du coiffeur, et offrent un avant-goût d’un cycle, Urbana, conçu pour vingt-cinq œuvres. Collaborateur de Luc Ferrari et directeur de la Muse en Circuit, David Jisse signe lui une œuvre travaillée à la manière d’un tisserand, dont la trame, structure sonore se nourrit d’apports divers parfois surprenants, curieux, mais jamais obsédants, presque anecdotiques, malgré l’idée sous-jacente d’évoquer "l’écroulement de la fragile architecture du monde" (D.J.).
*auteur par ailleurs du dernier opus de l’ensemble Laborintus, "Lascaux Expériences" Césaré I0/I0/I0/I
pierre durr