202 project
total eclipse
le son du maquislm194
distribution : harmonia mundi
cd
Premier album de Jean-Pierre Marsal, solo multi-instrumentiste très psyché d’un artiste ayant jusque-là surtout produit des albums de The Insiders ou Viva Geneva. Je découvre également le label qui ratisse large, de l’afro à la cold wave. De cold wave il en est question ici, avec une touche électro et pop que l’on a remarqué chez les excellents The Chap (déjà chroniqués dans ces mêmes pages), rock nerveux, déstructuré et mélo- dique à la fois. Ça démarre très bien avec un savoureux mélange entre les non moins excellents Sunburned Hand Of The Man et Liars sur “Hallucination collective” et “La face cachée du soleil”, on court vite ensuite vers la cold wave minimale lo-fi et chantée, l’occasion pour moi de saluer les Nantais de Belone Quartet – et leurs deux beaux disques à leur actif –, desquels il est assez proche sur “Drug me !”. Ça ne vous dit peut- être pas grand chose mais ça m’accroche sur ces trois ou quatre premiers titres. C’est malheureusement moins de la moitié de ce disque qui m’interpelle, le reste frise pour ma part “l’ennui total” (désolé pour le point d’humour mais ça passe mieux comme ça) et je ne vois pas vraiment ce qu’il faut en retenir. Pour utiliser un jargon sportif, je ne comprends pas comment il peut se trouer autant après une telle entame de match! Le disque se perd effectivement dans une techno froide, molle et sans âme. Jetez vous plutôt sur la paire de groupes cités plus haut, qui valent tous le détour.
cyrille lanoë
carola bauckholt
hellhÖrig
coviellocov 61009
distribution : distrart
cd
Compositrice allemande originaire de Krefeld, Carola Bauckholt s’est formée,
entre autres auprès de Mauricio Kagel au début des années 80. Avec d’autres compositeurs, tels Erik Oña et Manos Tsangaris, elle a créé une structure, le Thürmchen Verlag ainsi que le Thürmchen Ensemble, basés tous deux sur la production et la présentation d’œuvres liées à la voix. Son travail se situe à la rencontre du théâtre musical, de la poésie sonore (tel "Schraubdichtung"*) et de la musique contemporaine ("Hubschrauber für Orchester"**, interprété par Jaap Blonk et l’orchestre symphonique de la radio bavaroise).
Créée en 2008, "Hellhörig" se présente comme une symphonie des bruits. Ces derniers, issus aussi bien d’éléments naturels (tel le bois) et d’objets divers (abat-jour, papier de cigarette, ballons, boules de métal...) sont mis en diverses situations ou types de manipulation. Ce ne sont toutefois pas ces bruits bruts que l’auditeur perçoit uniquement, mais aussi leur transcription sonore par des voix (soprano, mezzo-soprano, baryton) et des instruments de musique (un trio de violoncelles, un quartet de percussions, un piano).
Cette création, dont on peut d’ailleurs découvrir les prémices dans "Stachel der Empfindlichkeit"*** s’inscrit dans un théâtre musical sans narration et sans texte, mais qui privilégie d’autres sons, les chanteurs étant sollicités pour imiter divers animaux tout en manipulant sur scène divers objets générant des sons.
S’il y a certes une part de visualisation dans l’interprétation de "Hellhörig" (comme le montre les photographies du livret), voire sa spatialisation, l’écoute de l’enregistrement audio en reste la dimension principale parti-
culièrement convaincante.
* Compilation "...Bobeobi-Lautpoesie" Getraud Scholz Verlag
(1994)
** Compilation "Sprachexperimente" RCA 74321 73559 2
*** Compilation "Instrumentales Theater : experimentales
Musiktheater
" BMG 74321 73650 2
pierre durr
tim catlin / machinefabriek
patina
low pointlp040
cd
Patina – vinyl blanc mat – est le prolongement d’une première collaboration entre le guitariste australien Tim CATLIN et le compositeur néerlandais Rutger Zuydervelt (MACHINEFABRIEK): Glisten, sorti en 2009 sur le même label. C’est une rencontre – ni dilution ni absorption de l’un par l’autre, mais échange de singularités esthétiques – à travers la distance. Tim CATLIN a réuni des enregistrements pour la guitare et le sitar électrique, en variant les approches, les préparatifs et les techniques, puis les a envoyés à Rutger Zuydervelt, qui a réalisé une réélaboration à partir de ce matériel sonore – altération, superposition, accumulation : re-fabrication.
Les deux pistes du disque (environ 15 minutes chacune) jouent de modulations statiques et harmoniques fines, combinant avec homogénéité des guitares aux accents méconnaissables, les mélismes d’un chœur oublié, des percussions rituelles, le craquement d’un tourne disque, des bourdons électroniques et des oscillations de fréquences aigues...
Patina se déploie selon des cycles lents, dans la durée d’une écoute contemplative, à la fois brumeuse et concrète – travail du temps. 
 
 
 
 
 
samuel lequette
audrey chen
the gratitude of sediment
pied nupn210
distribution : metamkine
cd
C’est à un enregistrement fascinant et des plus prenants que vous convie Audrey CHEN. Imaginez une violoncelliste qui s’adonne aussi à la voix. Certes, un peu plus loin, vous pourrez lire la chronique de Tara Fuki, un duo de violoncellistes/vocalistes tchèques. Mais ici, point de références à la musique traditionnelle, mais une volonté de défrichage, une hargne salvatrice, une approche viscérale de la musique et de l’improvisation. Autant dans la pratique de la voix (très rauque, gutturale, parfois diphonique, souvent proche du râle, parfois tout en retenue) que de son instrument à cordes (celles-ci sont mises à rudes épreuves : frappées, lacérées, elles couinent mais se font aussi caressantes...) pratiques qu’elle combine d’ailleurs avec l’emploi de l’électronique.
D’origine sino-américaine et longtemps résidente de Baltimore où elle participa régulièrement au festival High Zero (on peut notamment l’entendre sur différents enregistrements du label de cette ville de la côte atlantique (Recorded) issus de ce festival (aux côtés de Phil Minton, Paolo Angeli ou Susan Alcorn par exemple), elle a depuis participé à divers enregistrements mettant en œuvre sa voix (lecture d’un texte sur une proposition d’Alessandro Bosetti) ou à des propositions mêlant cordes et électroniques (avec notamment Miya Masaoka)... "The Gratitude Of Sediment", retransmission de son concert de décembre 2009 au Havre est son premier opus en soliste, et un premier jalon d’une reconnaissance pleinement méritée.
pierre durr
michel chion
diktat
nuun001
distribution : metamkine
cd
Melchisedech ou Melki-Tsedeq ("Roi de Justice") est un mystérieux personnage biblique qui apparaît brièvement dans l’histoire d’Abraham telle que la rapporte
le livre de la Genèse. Le nom est symbolique (roi de justice) comme son titre de roi de Salem (Paix)... Ce clochard-prophète a été "interprété" par Michel CHION, en sept fragments et magnétophone deux pistes en 1979 et... trente et une années plus tard sur un double-CD inaugurant pour notre bonheur une nouvelle collection dirigée par Lionel Marchetti, lequel introduit avec pertinence le travail fixé ici. Les textes (diverses langues) sont de et par Michel CHION, accompagné pour un autre personnage par Lanie Goodman. La création et la réalisation sonore est de CHION. Son auteur définit "Diktat" comme un mélodrame obscur, faisant fi de la cohérence et de l’intelligibilité (et s’opposant ainsi à d’autres oeuvres connues, comme "La Tentation de Saint Antoine"). CHION le compare à un film (d’anticipation, de science-fiction?) non sous-titré venu d’ailleurs. Comparaison juste; et le film nous emmène très loin, vraiment très loin.
Nous aimerions bien que le cinéma, le théâtre atteigne ce niveau de poésie sonore, proposée par ce voyage au cœur d’une tempête dans un crâne. Indispensable aux amateurs de langages et de déconstruction, de voyage dans le temps, de poésie, de version originale, de musique concrète ou non, de tempête et de crâne.
dominique répécaud ( dino )
contrabande
slippery lumps
rude awakeningra 2019
cd
Sorti il y a déjà quelques bons mois, ce troisième enregistrement de CONTRABANDE a un parfum d’hybridation. La nouvelle structure instrumentale de ce quintet francodanois donne parfois la part belle à un rock tonitruant et vrombissant (pas uniquement dans ses parties rythmiques) lorsque le guitariste Julien Desprez, le contrebassiste Petter Eldh et le batteur Peter Bruun prennent les commandes. C’est particulièrement flagrant dans l’introduction du second titre, "Gulf of Aden". Mais il suffit que les vents, servis par le saxophoniste Kristoffer J. RosingSchow et le clarinettiste Aurélien Besnard entrent en jeu pour changer brusquement d’univers, avec des jeux plus apaisants. La musique se meut alors dans des formules variées partant d’un jazz lyrique presque conventionnel, avant d’aborder des rivages plus improvisés, tourmentés, balayés par les embruns et découpant à la hache des falaises aux aspérités tranchantes. Sans toutefois renoncer à des séquences plus calmes ("The End of Jack")... Cette musique, fortement charpentée offre ainsi des contrastes saisissants, d’un titre à l’autre, à l’intérieur d’une pièce mais aussi entre instruments et la rend séduisante et attrayante. 
 
 
 
 
 
pierre durr
francois corneloup
noir lumiÈre
innacorinna31003
distribution : improjazz
cd
C’est d’abord un sentiment de sérénité qui émane de ce "Noir Lumière". La musique du saxophoniste François CORNELOUP est habitée d’une force tranquille attachante et communicative. Son saxophone baryton dégage une impression de plénitude qui perdure tout au long des huit titres du recueil (le neuvième est une reprise de l’introduction à la contrebasse seule) au-delà de certaines tensions, voire stridences ou d’exaspérations ("Fortino regarde l’avenir une dernière fois"). Il y a certes son sens de la nuance et sa volonté d’une approche mélodique et délicate qui concourent à l’atmosphère sonore de cet enregistrement. Il y a aussi en grande partie le travail de ses deux partenaires (Hélène Labarrière à la contrebasse, Simon Goubert à la batterie) dans leur recherche de pulsations dans lesquelles se marient sensibilité et polyrythmie propres à assurer une base efficace à l’envol lumineux du baryton. 
 
 
 
 
 
pierre durr
arnold dreyblatt
who’s who in central and east europe 1933
tzadiktz 8157
distribution : orkhêstra
cd
Il est assez curieux de remarquer que la plupart des enregistrements du compositeur américain paraissent souvent près de dix, voire vingt ans après la création de leur contenu. Ce "Who’s who" ne fait pas exception. Second enregistrement d’Arnold DREYBLATT pour le compte du label de John Zorn, il se démarque aussi très nettement du reste de sa production.
"Who’s Who in Central and East Europa 1933" fut à l’origine un opéra multimédia présenté en divers lieux, principalement en Europe de l’Est, entre 1991 et 1997. Basé sur un dictionnaire biographique d’une dizaine de milliers de noms datant de 1933-1934, découvert à Istanbul quelques années auparavant et croisé avec un Who’s Who édité en 1989, l’œuvre se présente comme un voyage dans le texte, un voyage aussi dans la mémoire des peuples de l’Europe centrale et orientale.
Si Arnold DREYBLATT est souvent apparenté au minimalisme, avec des structures musicales souvent proches de Steve Reich, décliné par son Orchestra of Excited String (au sein duquel officie, comme ici, Pierre Berthet avec ses installations de percussions aquatiques), "Who’s who..." s’en échappe et propose une œuvre originale usant divers sons atypiques. Outre les voix récitant les biographies, parmi lesquelles il n’est pas étonnant de trouver celle du compositeur hongrois Tibor Szemzö, dont l’histoire récente de cette région constitue l’axe principal de sa création, la pièce use d’archives sonores diverses (telles celles de la radio allemande des années 30), les sons de projecteurs de film, ceux d’une machine à écrire, ceux du code morse, ceux d’un IRM d’un hôpital de Berlin, la voix d’une grand-mère... L’écoute de ce Who’s Who laisse quelque peu l’auditeur perplexe. Voire mal à l’aise. Un peu comme cela est le cas pour l’œuvre de Georg Katzer "Aide-Mémoire" : les vies, les tragédies évoquées par cette lecture en offre une réception lugubre, mais on ne peut que s’extasier sur le travail sonore réalisé.
pierre durr
ezramo / gino robair / david fenech / wendelin bÜchler / argo ulva
popewaffen
corvo recordscore001
distribution : metamkine
lp
Superbe rencontre enregistrée live à Berlin le 27 mars 2010. Une bien belle prise de son par Dave Bennett de ce quintet original avec EZRAMO (voix, guitare, mélodica, sampler, sitar préparé), artiste sonore italien actant notamment dans les musiques pour films et théâtre, Gino ROBAIR (percussions), percussionniste californien que l’on a pu entendre avec Tom Waits, Peter Kowald, Terry Riley ou encore Anthony Braxton (rien que ça !), David FENECH (guitare, baladeur), entendu ces derniers temps en trio avec Ghédalia Tazartès et Jac Berrocal, Wendelin BÜCHLER (guitare préparée, theremin), guitariste allemand ayant joué avec Fred Frith, et une invitée, Argo ULVA (trompette et électroniques). Sept morceaux à la subtilité rare entre le bricolage primitif, la recherche d’une certaine mélodie dans l’improvisation collective, un regard astucieux vers les musiques électroacoustiques de chez ses précurseurs, une habileté dans la quête de milieux arides un tantinet blues... Telle est la marque de fabrique de ce quintet improbable pour un disque prêt à marquer les esprits de par ce savoureux mélange, rarement entendu d’aussi belle manière ces dernières années. Il en ressort une fraicheur incroyable, qui nous replonge parfois dans les productions lo-fi de chez Rectangle. Sur terre jusqu’à épuisement de ses 500 exemplaires.
cyrille lanoë
liu fang / malcolm goldstein
along the way
philmulticpmpcd809
distribution : metamkine
cd
Liu FANG est une musicienne chinoise exilée au Canada. C’est une virtuose, de renommée internationale, jouant la musique traditionnelle ou contemporaine de son pays d’origine sur deux instruments magnifiques que sont le pipa (luth chinois) ou le guzheng (cithare chinoise). Elle improvise aussi et a rencontré le maître occidental Malcolm GOLDSTEIN, violoniste plus connu des cercles de musique expérimentale.
Ils ont enregistré en duo ce fantastique double CD. Si le deuxième (et excellent) disque propose uniquement des duos librement improvisés, le premier (enfin, le CD numéroté 1), expose de façon passionnante les cultures et techniques de chacun, alternant solo et duo, écriture et improvisation. Et même, mise en perspective lorsque GOLDSTEIN ré-interprète une pièce de Béla Bartok que celui-ci avait déjà transposé à partir d’un enregistrement de 1935 (par Halima Hvro) d’une chanson traditionnelle d’Europe centrale... On découvrira avec autant de bonheur un blues halluciné du même GOLDSTEIN ou une pièce du compositeur chinois Liu Tianhua. Ce qui frappe c’est d’abord la parfaite entente, issue bien sûr d’un exceptionnel niveau d’écoute des deux instrumentistes. Ensuite (et dans le même temps) leur capacité à quitter naturellement des idiomes pourtant très marqués esthétiquement. Ce ne peut être rendu possible que par cette qualité indispensable qu’est la maîtrise du style... Ce que l’on attend des artistes... mais que l’on n’obtient pas toujours... Malgré la plus grande linéarité formelle apparente proposée par le pipa, le violon étant plus "trash" (enfin, relativement, des variations étant apportées par les tenus à l’archet, ce qui peut en autres considérations techniques le différencier du luth), le dialogue subtil s’installe lors des improvisations en duo. On peut dire que nous avons à entendre une musique qui avance, ce qui la place dans la catégorie poésie.
dominique répécaud ( dino )
faust
something dirty
bureaub bb065
distribution : la baleine
cd
Depuis 2007, FAUST, versus Jean-Hervé PERON et Werner Zappi DIERMAIER, s’est adjoint deux musiciens britanniques, James Johnston (ancien membre des Seeds de Nick Cave) et Geraldine Swayne (également peintre et cinéaste), et c’est avec ce line-up que le groupe s’est produit en France au début de l’été 2010 (Saint-Etienne, Marseille, Lyon...)
Si en concert le groupe dans sa formule actuelle reprend quelques classiques ("J’ai mal aux dents", "Miss Fortune", "Krautrock"), "Something Dirty" propose à l’auditeur de nouvelles pièces qui, contrairement à ce qu’offrait le précédent opus ("C’est com... com... compliqué") s’éloigne un peu du son classique de ce mythe du rock allemand. Certes, la patte des deux rescapés du groupe des 70’s reste présente, à travers les sons d’orgue saturés, la rythmique assurée par les percussions de Zappi Diermaier et la basse de Jean-Hervé Péron ("Tell The Bitch To Go home"), ou dans les passages plus ou moins acoustiques et les vocaux de ce dernier ("Something Dirty"), voire dans cet art du collage destyle et de la démesure (l’utilisation d’un lance-flammes), mais les sonorités de guitares noisy, acérées ou grouillantes de James Johnston, la voix éthérée de Geraldine Swayne ("Lost The Signal", "Invisible Mending") mais aussi certains nouveaux effets renouvellent l’approche sonore de Faust et contribuent à rendre parfois l’entité méconnaissable sur quelques titres. Une évolution sans doute nécessaire pour éviter l’aspect "patrimonial" du groupe, pour l’inscrire dans une musique en devenir, une musique qui conserve toutefois son caractère hypnotique, réjouissant, déroutant, provoquant.
pierre durr
emmanuel holterbach
23 panoramas de frÉquences
galerie roger tator
distribution : metamkine
livre-cd
Il y a un livre, avec des images qui représentent le contexte (cadre) de l’enregistrement effectué. Des commentaires de chacune de ces 23 photographies (lieu, date, heure, sujet, technique de prise de son utilisée, sensation, émotion). L’aventure fractionnée se déroule de 2006 à 2010 entre Lyon et Saint-Etienne, en divers lieux. Il y a des textes qui permettent à l’auteur de préciser son intention. D’évoquer des questions de fond liées au design sonore urbain, à l’audio-tourisme. Lionel Marchetti introduit et commente l’affaire, et avec son talent habituel, souligne le lien de ce travail avec la pensée de Henry-David Thoreau. Il y a donc un disque avec ces 23 pièces. Il y a des sauterelles, des lampes au néon, des climatiseurs, des grenouilles, des chauve-souris, des antennes, des chaufferies, des autoroutes, des oiseaux, une pharmacie, des transformateurs, des aérateurs... De la vie, de l’urbanisme, une nature qui survit, de la patience, de l’écoute et de l’expérience.
Une belle poésie. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )
tony hymas
de l’origine du monde
nato3920
distribution : les allumés du jazz
cd
Autant le propos de cet enregistrement est palpable (si j’ose dire), autant la musique qu’il contient est quelque peu insaisissable. À l’image de l’alchimiste des sons qu’est Tony HYMAS. La musique qu’il nous propose ici ne se veut pas une transcription sonore du tableau de Courbet. D’ailleurs comment cela pourrait-il l’être ? Mais plutôt celle d’une époque, celle d’un contexte, celle des impressions diverses, des questionnements. Et le résultat traduit dans sa variété d’approches tout cela.
Courbet fut un des seuls artistes à s’engager pleinement (il y prit des responsabilités) dans la Commune de Paris et l’auditeur ne s’étonnera donc pas de trouver dans ce recueil des titres évoquant celle-ci ("Images
– la semaine sanglante
", "Scène – la défense de Paris..."). L’iconographie de la pochette souligne d’ailleurs cette mise en relation puisque le tableau de Courbet est accroché à un mur (des Fédérés?) en ruine. L’environnement populaire teinte de même cet enregistrement par la présence de chansons, servies notamment par Violetta Ferrer (on se souvient de ses reprises des textes de Federico Garcia Lorca chez le même éditeur), Nathalie Richard et Marie Thollot, celle de l’accordéon diatonique de Janik Martin. En même temps l’utilisation des cordes (celles du Sonia Slany String Ensemble, la harpe d’Hélène Breschand, le violoncelle de Didier Petit), de quelques instruments à vent
confèrent à la présente œuvre un parfum de musique savante (voire d’opéra par la voix de Monica Brett-Crowther sur "Géante", un poème de Baudelaire) croisée avec des esquisses d’improvisation.
Cette diversité sonore est d’ailleurs en parallèle avec le livret (plus de 110 pages !) alternant les textes et les images interprétatives du tableau de Gustave Courbet.
pierre durr
svein magnus furu / kim johannesen
the eco logic
creative sourcescs 129
distribution : metamkine
cd
Kim JOHANNESEN guitar et Svein Magnus FURU Sax, clarinette. (Creative Sources). Ce disque est fait de 7 morceaux qui sont de deux "sources" distinctes : pour une moitié des morceaux fait de matières sonores plutôt éloignées de la notion de "notes de musiques" et l’autre qui est plutôt faite de celles-ci.
Ça peut paraître un peu bizarre comme distinguo d’entrée. Mais je me sens obligé de le faire parce qu’il se trouve que j’aime assez bien les morceaux faisant partie d’une des catégories et pas ceux de l’autre. Alors je précise. Les morceaux (1-3-4-7), même s’ils contiennent des notes, et de toute façon il ne faut pas voir là un racisme primaire, sont construits, je sais c’est improvisé mais la construction n’est pas forcément un acte prémédité, donc ces morceaux sont pensés, construits comme des pièces de musique bruitiste.
La deuxième catégorie, des morceaux plus courts, avec des notes celle-ci, mais pas non plus exempte de bruits et sons, je l’entends plus comme une construction de musique contemporaine. Et là j’aime moins. Certains diront que j’exagère un peu avec cette classification. Ils ont raison c’est une grosse ligne pour essayer de traduire une impression d’écoute, pas une recherche de genre. Je n’ai d’ailleurs pas grand chose à faire des genres, donc rien d’étonnant.
Dans la première catégorie que j’ai faite, ça s’amuse, ça trouve, ça grouille, un peu moins la plage 7, et ça s’écoute avec plaisir. Par contre la deuxième, je reste beaucoup plus dubitatif. Je ressens vite un manque. De maîtrise ? De recherche plus approfondie ? De construction plus aboutie ?? Je ne sais pas trop mais je n’en ressors pas convaincu.
benoît cancoin
shahzad ismaily / matthias bossi / carla kihlstedt
causing a tiger
victo118
distribution : orkhêstra
cd
C’est un trio fécond et séduisant que Carla KIHLSTEDT a réuni pour cet enregistrement. Il est vrai qu’il y a déjà une longue complicité entre les trois musiciens, parfois au sein de 2 Foot Yard ou de Tin Hat (formations de la violoniste avec Shahzad), au sein du Fred Frith’s Cosa Brava (Carla et Matthias), par exemple. ISMAILY, musicien new-yorkais multi-instrumentiste encore peu connu émarge aussi bien dans Secret Chief 3, dans des enregistrements d’Eyvind Kang voire de Yoko Ono (son dernier opus "Between My Head And The Sky").
L’album est construit autour d’une douzaine de petites saynètes musicales, agrémentées de sons environnementaux (voix humaines, aboiements, caquètements d’oies...) captés en Europe (France, Pologne, Italie, Slovénie...) et en Amérique du Nord. Il propose ainsi un parcours varié entre des mémoires qui se télescopent, entre musique traditionnelle de facture country (le court
"No Funeral At All" en introduction), un "Still No Funeral At All" d’inspiration irlandaise en clôture, entre rythmes chamaniques ("Sixsixsixamore") et expérimentations instrumentales, entre chant et mélopée, invitant au voyage, suggéré aussi bien par les titres ("Three Suitcases", "In A Hotel Room"), que par l’instrumentation (charango, jingle de poupée russe, double flûte arménienne...). Un voyage à la fois mystérieux (par certaines sonorités) et familier (par certains thèmes ou mélodies, tel dans "Bicycle Brigade"). Et pour ne rien gâcher, l’ouvrage est effectué avec une grande délicatesse.
pierre durr
palo alto
time capsule 1990/2010
infrastitionfin 054
distribution : season of mist
cd
Vingt ans, l’âge des anthologies. À ses débuts en 1989, PALO ALTO est un quatuor qui
œuvre dans le labyrinthe parisien, jusqu’à ce que Philippe Masson quitte Jacques Barbéri, Philippe Perreaudin et Denis Frâjerman en 1997. Ces messieurs se disent influencés par – entre autres – : Can, Tuxedomoon, Cabaret Voltaire, Heldon, The Residents... et les albums que le label Crammed Discs fait paraître dans sa série Made To Measure. La chronologie n’étant pas respectée dans la présente compilation, il vaut mieux lire dans la succession de titres qui en résulte la volonté de marquer l’unité de propos du groupe depuis son origine. Toutes les périodes d’enregistrement sont visitées, albums purement palo-altistes, comme projets individuels d’un des membres ou participations à des compilations.
À bord de cette "Time Capsule", il y a ainsi
deux reprises de tubes internationaux "Radioactivity" (Kraftwerk) et "Like A Mouse" (Ptôse), des coopérations – mais uniquement
en compagnie de jeunes gens modernes comme Klimperei, Laurent Pernice, Isabelle Miard, Emiko Ota, Norscq, Célia Barbéri, Régis Codur, Gaë Bolg, Hervé Zénouda –, des choses jouées avec de vrais instruments de musique et d’autres par le truchement de placebos synthétiques, parfois à programmation automatique.
Ayant des accointances dans le domaine de la science-fiction, les Pâlots Altiers laissent poindre cette influence à plusieurs occasions (ce que d’aucuns nomment cultiver les "effets cosmiques"). À l’instar des verdicts énoncés par de nombreux guides touristiques interstellaires, cet itinéraire vaut le détour.
Paul-Yves Bourand
eero koivistoinen
3rd version
porter recordsprcd-1511
distribution : orkhêstra
cd
En matière de jazz électrique, l’on doit au label Porter quelques rééditions intéressantes. Un disque du trompettiste Ted Daniel par exemple, ainsi qu’une focalisation bienvenue sur le meilleur de la scène finlandaise des années 1970, à savoir le pianiste Heikki Sarmanto et le saxophoniste Eero KOIVISTOINEN, deux musiciens au statut culte, dans le genre. Comme chez Sarmanto dont Porter a déjà sorti plusieurs disques, le groupe de KOIVISTOINEN privilégie les climats aux sonorités étirées, tendues, voire exotiques en certains endroits. Si, comme le disent bêtement certains amateurs en pareilles circonstances, effectivement "ça joue", aucun verbiage inutile ni virtuosité ostentatoire ne viennent toutefois parasiter les climats mis en place. Les fans des premiers albums de Weather Report, des Headhunters ou du Miles de "Bitches Brew" seront sensibles à cet album, dans lequel brille par ailleurs le guitariste du groupe prog Wigwam. 
 
 
 
 
 
philippe robert
l’ocelle mare
engourdissement
souterrains refuges
distribution : orkhêstra
cd
Tout d’abords dire que c’est un disque très cru. C’est un artiste très cru. Pour moi c’est comme le négatif du gosse de riche qui fout tout en l’air pour avoir ce jouet-là, qu’il laissera tomber définitivement quand viendra l’envie de ce jouet-ci.
Ici c’est l’obsession de pousser le plus loin possible ce qui est là. De recréer, d’essayer de recréer un plaisir croisé une fois avec cet objet. Et si je n’y arrive pas, j’arrête. Tant pis. Je ne veux pas moins. Je veux tout. Même si c’est rien. Je le veux en entier. Pas de soucis, pas de scandale, j’arrête c’est tout. Et ça donne des pièces de quelques poignées de secondes à quelques minutes. Posées là. Crues. À prendre ou à laisser. Et ça m’a fait monter la question du pourquoi un disque ? Pareil, pourquoi un concert ?
Ne sautez pas de joie, je ne vais pas répondre à la question. Pourquoi faire un disque ? Ne le fait-on que pour soi ? Sans rien chercher à prouver?Ens’affranchissantcomplètement des archétypes du genre auquel on appartient? Parce qu’on appartient toujours à un genre, un groupe, je ne sais comment appeler ça, non ? Dans certain, on peut tirer la langue, il faut tirer la langue. Dans l’autre si vous le faites vous êtes définitivement morts. Sauf si ça crée un nouveau groupe. Auquel cas vous êtes le premier et donc le meilleur. Et donc quand on fait un disque a-t-on tout ça loin de nous ? Fait-on complètement ce que l’on veut ? Sans chercher à rien prouver ? À se prouver ? Sans répondre aux archétypes ? En d’autres termes dans quoi est-on enfermés ?
J’ai l’impression qu’il le pose là. Cru.
benoît cancoin
mop meuchiine
plays robert wyatt
le chant du monde274 869
distribution : harmonia mundi
cd
Manifestement accommodé à toutes les sauces, le grand Robert ! Emmené par Pascal Maupeu, MOP MEUCHIINE – sextette électrique issu de la région orléanaise – a non seulement le bon goût de lui rendre hommage, mais aussi de donner des couleurs parfois inusitées au répertoire que s’est constitué le barbu de Louth (par exemple banjo et accordéon dans "The British Road").
De l’énergie, les lascars en ont, "Gharbzadegi" en est ainsi tout retourné. Puisant autant dans les albums classiques de Wyatt
"Rock Bottom" et "Ruth Is Stranger...", que dans d’autres plus récents – "Old Rothenhat", "Comicopera" –, mais aussi faisant un détour
par Hatfield & The North (avec "Calix") et le tube de Neil Diamond "I’m A Believer", la plupart des interprétations données ici sont uniquement instrumentales.
Outre le patron – responsable des cordes frettées –, se font entendre: Jean-Baptiste Réhault (saxophone baryton, accordéon & saxhorn alto), Hugues Vincent (violoncelle), Cédric Piromalli (claviers), Bertrand Hurault (batterie & électronique) et Nicolas Le Moullec (basse & chant) – qui s’en sort avec les honneurs côté vocal, en dépit de la différence de tessiture existant avec le registre du Maître. Quant à Wyatt lui-même, il apparaît trois fois sur ce disque : dans le standard a capella "Locomotive" (Thelonious Monk/P. Brown), puis deux extraits d’interview.
Paul-Yves Bourand
ninni morgia / william parker
prism
ultramarineum007
cd
Nouvelle sortie du label de Ninni MORGIA, Ultramarine records, et nouvelle occasion pour nous de vous en parler à travers cette rencontre avec le contrebassiste William
Parker. Le "Prism" est découpé en quinze parties, commençant par des sonorités presque trad’, plaçant l’auditeur au centre d’un tourbillon de glissandos, de cascades de notes et d’envolées taillant dans le vif pour ce duo guitare-électroniques et contrebasse. Électronique car la guitare est systématiquement filtrée, sûrement par une pédale mais avec un son très "filtre digital" ou autre. Malheureusement, et comme je l’évoquais déjà dans notre dernier numéro à l’occasion de sa participation à Quivers et pour son album solo, je trouve l’utilisation de ce système un peu rébarbative et limitée. Dommage car ça joue en face, pas étonnant quand on connaît le bonhomme. Plus la peine de présenter William Parker évidemment. Il serait toutefois dommage de ne pas retenir certains beaux moments suspendus comme ce "Prism 4", et son jazz ambiant très vaporeux et aérien de toute beauté. Le "Prism 6" aux cordes frappées et à ces boucles de guitares sonnant presque comme un sax. Étonnant. Mais ce dispositif de guitare ne m’atteint vraiment pas, voire même me rebute. Dommage. Désolé messieurs.
cyrille lanoë
bill orcutt
a new way to pay old debts
editions mego119
distribution : metamkine
cd
Même la plus dogmatique (puritaine ?) des musiques rebelles, à savoir le hardcore, pourtant fondée sur des refus d’ordre esthétique (dont l’idée de solo), a pu développer une certaine forme de complaisance, paradoxale il est vrai, et dont il apparaît rétrospectivement évident qu’elle découle d’une surenchère quasi invariable dans la vitesse d’exécution des morceaux joués.
De tous les groupes de hardcore comme de la course au "toujours plus vite", Harry Pussy sortit gagnant. Harry Pussy fut le plus rapide, le plus fou, le plus violent, le plus cru, le plus hyper-free de tous ; il fut donc celui qui, au milieu des années 1990, joua des morceaux excédant rarement une minute (on avait certes déjà entendu ça, ne serait-ce que chez Minutemen), en mélangeant free jazz, hardcore, noise et no wave (ce qui est plus rare), jusqu’à atomiser les Germs et "Dali’s Car" de Captain Beefheart contre le mur d’un son incroyablement compact.
Entre 1992 et 1997, ce groupe originaire de Miami et fondé par la batteuse-chanteuse Adris Hoyos et le guitariste Bill ORCUTT, délivra des performances qui firent grand bruit et l’intronisèrent comme l’une des formations de rock underground les plus extrêmes de son temps. Depuis, une rétrospective ("You’ll Never Play This Town Again") est venue témoigner de l’influence qui en résulta, et que l’on qualifiera de conséquente (par exemple Wolf Eyes la revendique).
En matière de rifs tendus, Harry Pussy ne possédait que peu d’équivalents ; et Bill ORCUTT s’imposait déjà comme un guitariste fascinant. Avec son jeu de batterie réduit au strict essentiel et mis sur pied à partir d’un kit qui ne l’était pas moins, Adris Hoyos façonnait un contrepoint convulsif idéal dans lequel émergeait même parfois, les amateurs s’en souviendront, une impitoyable reprise du "Showroom Dummies" de Kraftwerk. (Depuis, Adris Hoyos, mère de deux enfants et épouse de l’artiste argentin Graham Lambkin, a levé le pied). On se remémorera aussi Dan Hosken, également à la guitare, qui conférait à l’ensemble un grain abrasif digne des Blue Humans et Dead C. Bill ORCUTT nous revint d’abord avec un double LP singulier commençant désormais à dater, "Let’s Build A Pussy", réalisé avant qu’Adris Hoyos ne rende le tablier et se contente d’être l’influence marquante que l’on sait sur Chris Corsano. Tout ceci, donc, bien avant que ne paraisse, sur Palilala, un autre LP de Bill ORCUTT, en solo celuilà, intitulé "A New Way To Pay Old Debts", LP nous revenant aujourd’hui via Editions Mego, agrémenté d’excellents bonus.
À priori, dans ces colonnes, beaucoup connaissent le guitariste John Fahey, aussi bien ses classiques sortis par son label Takoma que ceux qu’il a réalisés au crépuscule d’une vie bien remplie, en dynamitant la tutelle pourtant bienveillante des Bukka White et autre Skip James, tout en abandonnant – de concert – la sophistication d’un fingerpicking sans failles au profit de boucles de bruit blanc qu’on s’étonnait de trouver dans les parages du folk à l’époque de "Womblife" et "City Of Refuge". Eh bien Bill ORCUTT paraît s’être émancipé du hardcore, comme John Fahey du fingerpicking, afin de revisiter certaines des sources de ce que l’on nomme primitivisme américain. C’est-à-dire des gens comme Lightnin’ Hopkins (dont "Sad News From Korea" est ici repris), Fred McDowell ou le guitariste-chanteur Joseph Spence, originaire des Bahamas et assez peu connu en dehors du contexte qui l’a vu naître (ses rééditions par Water sont indispensables). Un accordage singulier, deux cordes en moins, une guitare vintage assortie d’un micro du même acabit : avec une conviction rare Bill ORCUTT s’avère en mesure de payer son tribut aux aînés. Un tribut à l’écoute duquel l’on songera à l’entêtement associé aux figures circulaires d’un Henry Flynt, d’ailleurs pareillement attiré par la musique des pionniers d’Amérique du Nord. Viendront aussi à l’esprit le sens de l’attaque d’un Sonny Sharrock, d’un Ray Russell (celui des débuts, évoluant aux côtés de Gary Windo) ou encore d’un Masayuki Takayanagi. Enfin, l’on évoquera l’avalanche de clusters frénétique et constitutive du jeu du pianiste Cecil Taylor passé une certaine époque, voire même une propension, avec ce dernier partagée, au développement du discours par expansion, accumulation et effets d’accélération, se traduisant par un flux instrumental dense et ininterrompu, comme mû par une force propulsive peu courante. Une relative complexité née des trames des morceaux rappelle également le résultat sonore des partitions pour piano mécanique de Conlon Nancarrow: même sens de la rupture, mêmes tempo ultra rapides.
L’on a dit de Colon Nancarrow qu’il était une sorte de Bach de son époque, grandi avec le boogie-woogie comme background culturel musical. Bill ORCUTT, quant à lui, mélange Derek Bailey et John Fahey, Gerogerigegege et Sonny Sharrock, Joseph Spence et feu-Harry Pussy. Et c’est sacrément puissant !
philippe robert
orkiestra orchestra
towarzystwa pomacy gtuchoniewidamym
cd
Les musiciens, impliqués dans la prise de sons et la réalisation de paysage sonore, souvent conjointement à la production de pièces plus instrumentales, multiplient les projets dans des contextes variés, comme le firent d’autres, davantage liés aux musiques improvisées*. Ici, Krzysztof Topolski, alias Arszyn, met en œuvre un ORKIESTRA un peu particulier, dans le cadre d’un atelier sonore proposé au centre d’art contemporain de Gdansk avec des malvoyants. Ceux-ci crient, chantonnent, tapotent divers instruments, les font couiner, dans un joyeux brouhaha. L’enregistrement, de courte durée (25 minutes) et servi dans une pochette en braille se veut davantage un reportage. Sans doute à diffusion limitée.
* Par analogie avec cet Orkiestra, on pourrait citer Laïd Béchikha & le Ryctus Project + paru à Nancy en 2000 (Pink Records P01) 
 
 
 
 
 
pierre durr
nils ostendorf / philip zoubek / philippe lauzier
subsurface
schraum11
cd
Nils OSTENDORF, trumpet. Philip ZOUBEK, prepared piano. Philippe LAUZIER, bass clarinet, alto saxophone. Un choix tout dans la rondeur.
Grande qualité de son et qualité des sons qui vous donne envie de monter le niveau sonore!!Trèsintéresséparlespalettessonores qu’ils développent tous les trois, et particulièrement Philip ZOUBEK qui a vraiment une variété sonore tout à fait impressionnante dans son piano préparé.
On sent les micros tout proches, ça reste très acoustique. Il y a une vraie rencontre à ce niveau, ça cherche dans le même sens. Beaucoup d’ambiances assez différentes avec de beaux jeux d’équilibre.
Une petite incompréhension sur certaines fins de morceaux et au final une légère impression d’une trop grande linéarité. 
 
 
 
 
 
benoît cancoin
michel pilz / jean-noËl cognard
binÔme
bloc thyristors
distribution : metamkine
lp
Le label Bloc Thyristors poursuit sa voie dans les contrées free-jazz/rock entamée avec
le très réussi trio, Tribraque. Responsable du label, Jean-Noël COGNARD (batterie) nous offre un bout de ce qui en a fait l’histoire du milieu des années 80 avec la redécouverte de sa rencontre avec Michel PILZ (clarinette basse). Un duo né un soir de 1984 où ils se sont croisés au théâtre Dunois à Paris, après un concert du quartet Brötzmann/ Tippett/ Miller/Kellers. Ambiance. Free à tous les étages, énergie parfois contenue de ces années, et des moments de grâce notamment sur la fin du titre "12 rue Dunois". La deuxième face, "52, allée la fontaine", attaque pied au plancher, peaux de la batterie tendues et frappées à la manière des batteurs afro, la clarinette entrant très tard comme pour calmer les ardeurs d’une batterie prête à en découdre, mais elle aussi va bientôt venir provoquer les débats dans un râle donnant l’impression pourtant de se contrôler. Les séquences arrondies de cette dernière n’ont que faire à Jean-Noël qui sur un swing démantibulé remet de l’huile sur le feu. Une alternative plus accessible, même si je n’aime pas le terme, à la première pièce qui elle m’accroche plus de par sa ténacité dans la tension du moment. Très beau vinyle de couleur jaune tiré à 200 exemplaires. Dépêchez-vous.
cyrille lanoë
greg stuart / michael pisaro
july mountain (three versions)
gravity-wavegw 00
distribution : metamkine
cd
Enregistrements de 2009. Fascinant. Le rêve, la vague. Je pense tout simplement qu’il faut écouter le travail de Michael PISARO, ce disque-là et puis d’autres (ainsi, j’aime beaucoup "Ricefall 2"), et certainement les réécouter. Il est de ces compositeurs qui nous emmènent, comme ont pu le faire il y a fort longtemps les "maîtres" "maîtres" de la musique dite ambiante ou celle de la répétition... avant l’invention de l’ascenseur... Le sens de la matière (et du grain) en plus avec PISARO. C’est du son qui provient de certains territoires, traités d’une façon puis d’une autre. On visite avec un grand angle, on revient pour un détail. Comme dans un roman de James Joyce, un dessin d’Henri Michaux, un film de Chris Marker. 
 
 
 
 
 






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dominique répécaud ( dino )
matt weston
the last of the six-cylinders
7272music#006
cd
Le percussionniste d’Albany, NY, continue ses investigations autour des percussions et de l’électronique. Dans ce dernier EP compact, l’aspect percussif assez présent dans le premier titre ("You’ve Got To Know How To Wear A Hat") se met peu à peu en sourdine pour n’apparaître ("The Reward Has Got To Be That This Is That You Do") que sous la forme d’un background sombre, cédant progressivement sa place à d’autres manipulations (frottements par exemple) transformées par la synthèse numérique adoptant des sonorités d’instruments à vents traités électroniquement pour mieux rendre un hommage au trompettiste Bill Dixon... Parallèlement, d’un abord touffu et dense au départ, on aboutit peu à peu à une musique épurée. 
 
 
 
 
 
pierre durr
christian wolfarth
acoustic solo percussion. vol.3
hiddenbell records0003
distribution : metamkine
45 tours
Le format 45 tours, pour moi, se prête à merveille aux musiques improvisées lowercase et ambiant comme Oren Ambarchi, Birchville Cat Motel, Jason Lescalleet... Le suisseallemand Christian WOLFARTH, dont j’assimile le travail à celui des artistes cités, l’a bien compris aussi et nous propose une série de 4 volumes de percussions minimales et frottées, et nous invite à découvrir ici le troisième volet. J’avais déjà connu son travail grâce au label For4ears et un solo exaltant, mais plus "pêchu", avec plus de dynamiques. Ici les fréquences de deux cymbales jouées à l’archet créent des harmoniques tourbillonnantes incroyables sur "Crystal Alien", sans électroniques ni overdubs comme il dit. La deuxième face présente une drôle d’expérience, à moins que je tripe un peu trop, mais là encore je trouve une corrélation, certes "technique", un lien entre sa musique et le format. Sur cette pièce, il frotte une peau de caisse claire en effectuant des cercles qui pourraient rappeler la rotation du disque sur la platine. Bon je pousse peut-être le bouchon un peu loin, tout ça pour vous dire que chez moi dès que la musique m’évoque une expérience, c’est que ça me touche. Pas la peine d’en rajouter je crois.
cyrille lanoë
the work
4th world
ad hoc36
distribution : orkhêstra
cd
Ce "quatrième monde" est en fait un enregistrement public datant de 1994 et réalisé à Fribourg en Brisgau (Allemagne). En même temps, ce n’est pas non plus de simples versions live du dernier opus studio, "See" datant de 1992.
"4th world" offre en effet plusieurs pièces inédites (mis à part "Hell" et le rappel, "The Rim") Entité créée à l’aube des années 80 par Tim Hodgkinson (guitare, claviers, saxophone), Mick Hobbs (guitare, basse, percussion, sine waves), Bill Gilonis (guitare) et Rick Wilson (batterie), THE WORK fut un de ces groupes qui sut conjuguer l’énergie rock, son immédiateté, avec le raffinement stylistique, rythmique et conceptuel des musiques alternatives que l’on regroupait alors sous le vocable de Rock In Opposition.
Tout en conservant ses rythmes incisifs et acérés (qui apparentait parfois la formation à This Heat), et des jeux de guitare convulsifs, cet enregistrement adopte toutefois davantage que précédemment des structures plus apaisées, comme pour mieux mettre en avant des textes, sortes de collages issus d’origines très diverses (catalogues d’exposition, poèmes, textes sacrés, extraits de manuels éducatifs ou médicaux...), prétexte à des délires vocaux et instrumentaux vivifiants et hypnotiques.
pierre durr
the work
see
ad hoc22
distribution : rer usa
cd
Une réédition attendue. Le groupe rock des années 80-82. Tim Hodgkinson (sortant alors de Henry Cow, et faisant face à une Margaret Thatcher au plus fort de sa forme...), Bill Gilonis, Mick Hobbs et Rick Wilson activent (inventent) le punk progressif anglais et nous délivrent en cinq disques
– enfin tous disponibles en CD – l’énergie politique qu’il nous manquait alors, celle du chaînon perdu entre Captain Beefheart et This Heat. "Rubber Cage", "Slow crimes",
"Live in Japan", "See" (le dernier du groupe en activité), puis "The 4th World" dessinent les lignes brisées rassemblées sur le label Woof, dont une compilation "7 inches" vous permet de revivre les meilleurs moments des groupes malheureusement oubliés (The Lowest Note, Andy Bole – génie méconnu, Het – chef d’œuvre incontournable...) du label fondé par Hodgkinson, dont le "tube" enragé de THE WORK: "I Hate America", hymne disponible uniquement sur ce disque. Pour la petite histoire, le groupe se reforma avec une énergie intacte au début des années 90 (époque "See") et tourna à nouveau pendant deux ans.
Sombre et joyeux, énergique et brutal, brouillon et lumineux, délirant et convaincu, le discours sonore de ce groupe de rock, nous permet de décoller du siège. Avec des guitares grinçantes, une batterie épileptique ; quelques autres instruments acides et des voix inimitables. À écouter très fort.
dominique répécaud ( dino )
x_brane
penche un peu vers l’angle
amor fati019
distribution : metamkine
cd
Bertrand Gauguet: sax alto et soprano. Jean Sébastien Mariage: guitare électrique. Mathias Pontevia : batterie horizontale. Ce disque me fait remonter la question que l’on entend souvent du "être ensemble".
Elle est venue par le biais d’une phrase que j’avais tout d’abord écrit en introduction de l’article "Trois artisans sur leurs établis..." avec une auto-censure qui est venue aussi vite, on va croire que je trouve qu’ils ne jouent pas ensemble.
Et tout de suite l’étonnement de cette autocensure. C’est pourtant vrai que j’entends trois artisans qui peaufinent des sons. Et pourtant loin de moi l’idée qu’ils ne peaufinent pas ensemble.
Avant toute chose, dire que les sons que l’on entend ici sont très intéressants. Un traitement des sons et un positionnement dans l’espace qui garde aussi chacun bien distinct. Chacun mène bien son histoire. Des moments assez longs, construits, d’autres très brefs. Une petite chose posée là. Comme ça. Et des fois un qui construit et l’autre qui pose. Une proposition qui passe dont personne ne se saisit et une autre qui fait tout basculer.
Donc vous voyez bien qu’ils sont ensemble. J’aime bien ces ambiances ou "l’ensemble" reste une addition. Ici une addition de trois propositions qui, loin d’être autistes, savent rester suffisamment autonomes pour se laisser ou non infléchir. Exister pour ce qu’elles sont. Mais permettez-moi de revenir à cette question de l’ensemble. Elle ne fait référence à aucun vécu particulier mais aux réflexions que l’on entend souvent des néophytes ou des gens complètement extérieurs à ces pratiques sonores ou dansées ou autres.
Elles m’ont toujours étonné. Je comprends que l’on n’aime pas ou que l’on préfère faire autre chose. Mais pourquoi cette ritournelle du "mais chacun fait n’importe quoi dans son coin" ? Qu’est-ce qui fait que c’est souvent les premier mots des gens quand ils croisent ces pratiques ?
A-t-on besoin d’être rassurés au point de ne pas supporter l’indépendance? Faut-il trop de temps, d’abandon, pour se lancer dans une écoute ou un regard suffisant et entrer dans la proposition ? La longue dictature de l’harmonie des notes empêche l’émergence intérieure de l’harmonie des sons ?
benoît cancoin
zeitkratzer
whitehouse : electronics
zeitkratzer recordszkr 007
distribution : metamkine
cd
ZEITKRATZER est un ensemble de musique contemporaine formé en 1997 à Berlin par Frank Gratkowski. Sa renommée a dépassé le cadre relatif de la musique expérimentale depuis qu’ils ont enregistré avec Lou Reed une version de "Metal Machine Music". Il regroupe pour cet enregistrement réalisé à Marseille en 2009 (au GMEM) 10 instrumentistes parmi lesquels nous avons identifié Matt Davis, Rhodri Davies, Ulrich Philipp. Il s’agit de la transposition de pièces du compositeur William Bennett, plus connu sous le nom de Whitehouse. Comme l’indiquent les notes de la pochette, cette musique électronique a été enregistrée sans électronique, il s’agit donc "d’Extreme Acoustic Music". C’est fantastique, bref, définitif. De l’ordre d’une sublime expérience sonore. De l’extrême bruit mélodique. Nécessaire. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )
aeroplane trio
naranja ha
drip audioda 00547
cd
mats gustafsson / gord grdina trio
barrel fire
drip audioda 00651
cd
inhabitants
a vacant lot
drip audioda 00579
cd
subtle lip can
id.
drip audioda 00646
cd
Ce tir groupé de productions émanant du label de Vancouver confirme la vitalité de la scène canadienne du littoral pacifique, en particulier celle usant d’un espace culturel pluriel, l’Ironworks (studio, lieu de performances multi-artistiques...), d’où sont issus le DVD accompagnant la production du trio AEROPLANE et le Trio de Gordon GRDINA. En même temps, on y entend toujours les mêmes figures tutélaires, tels le violoniste Jesse Zubot, le trompettiste JP Carter, le batteur Skye Brooks... tous les trois émargeant par ailleurs à Fond of Tigers. C’est d’ailleurs à cette dernière formation que l’auditeur peut raisonnablement penser à l’écoute de "A Vacant Lot" des INHABITANTS, non pour le son – les combinaisons sonores d’un quartet trompette (JP Carter), guitare (Dave Sikula), basse (Pete Schmitt) et batterie (Skye Brooks) divergent de celles que procurent un septet avec un leader violoniste – mais pour la mise en œuvre d’une musique hybride entre rock et jazz, d’une musique entre fragilité et expressionnisme, entre des atmosphères mélancoliques et des sonorités plus agressives. L’AEROPLANE TRIO, où l’on retrouve le trompettiste et le batteur des INHABITANTS aux côtés du bassiste Russell Sholberg relève davantage de la musique improvisée, parfois minimale sinon réductionniste, parfois plus conventionnelle. JP Carter s’y affirme comme un trompettiste marquant, parfois proche du jeu d’Axel Dörner.
Jesse (ou Josuah) Zubot, quant à lui, maintient avec SUBTLE LIP CAN un lien avec d’autres scènes canadiennes plus à l’est puisqu’il officie dans ce trio avec les Montréalais Isaiah Ceccarelli, pianiste/percussionniste et Bernard Falaise, ici pour des improvisations souvent hargneuses, âpres, mais nuancées. Enfin Drip Audio donne aussi à découvrir un jeune guitariste, Gordon GRDINA, qui manie en outre l’oud. Son trio, guitare, basse (Tommy Babin), batterie (Kenton Loewen) y est renforcé par la présence d’un invité de marque (déjà présent sur un titre du dernier Fond of Tigers), le saxophoniste suédois Mats GUSTAFSSON. Il nous propose un jazz énergique, qui ouvrit le festival international de jazz de Vancouver en 2009, un jazz parfois funky et proche d’un Sonny Sharrock, dont les titres ("Burning Bright", "Barrel Fire") illustrent parfaitement le dynamisme incendiaire. Seuls les passages à l’oud (dans "Enshakoota") offrent une assez longue respiration apaisante, de facture ethnique, avant que Mats Gustafsson enflamme à nouveau l’auditoire de l’Ironworks.
pierre durr
mario caroli
canti senza parole
stradivariusstr 33860
distribution : distrart
cd
ensemble linea
ensemble linea plays eÖtvÖs
budapest music centerbmc 175
distribution : abeille
cd
Le premier est flûtiste. Originaire d’Italie, il est devenu l’un des principaux interprètes de musiques contemporaines pour son instrument. Le second est une formation à géométrie variable née à Strasbourg autour de son chef Jean-Philippe Wurtz et, à
l’occasion d’une prestation ou d’un enregistrement, n’hésite pas à inviter le premier. Ce qui est le cas sur l’enregistrement présent.
"Canti senza parole" (chants sans paroles) est toutefois relativement éloigné d’une certaine pratique de la musique contemporaine, du moins de sa complexité pour certaines oreilles, d’autant plus que l’enregistrement inclut des pièces du répertoire classique, voire baroque (Marin Marais, Giulio Caccini, Félix Mendelssohn-Bartholdy...). Le terme de répertoire est d’ailleurs surfait puisque Mario CAROLI s’est attaché à des œuvres peu jouées, et/ou non composées pour son instrument. L’auditeur a ici affaire avec une œuvre intimiste et tout y concourt. Le lieu d’abord : le Concert Hall de l’Akiyoshidai Art Village au Japon, réputé pour son exceptionnelle acoustique. La pratique elle-même : pendant une dizaine de jours, il s’est laissé guider par son inspiration vagabonde au point d’avoir finalement capté près de cent cinquante pièces (ce recueil n’en a gardé que treize!), en prise directe, en conservant quelques sons environnants (grillons, cigales...) que l’auditeur devine plus qu’il ne les entend. Une atmosphère presque champêtre, souvent recueillie, parfois empreinte d’une douce mélancolie ("Dolorosa" de Kurtag, "Solitude" de Magnus Blöndal Johansson), évoquant au détour quelque légende (le "Syrinx" de Debussy n’est pas sans rappeler le faune surgissant des eaux glacées de Scandinavie, prétexte à des happenings lors de l’édition 2009 du Hagenfesten de Dala Floda, cf. Improjazz n° 160), très intériorisée et par-là même fragile et captivante.
On retrouve ce recueillement dans "Cadenza", interprétée en soliste par Mario CAROLI qui clôt l’enregistrement que l’ensemble LINEA consacre à Peter EÖTVÖS. Cette dernière production du compositeur hongrois propose, en dehors de Psy (1996) des œuvres récentes qui s’échelonnent entre 2003 (1re mouture de "ErdenklangHimmelklavier nr.2") et 2008 ("Cadenza",
"Octet plus") souvent en création. Finement, l’auteur intègre dans ses compositions ses propres référentiels, des compositeurs Béla Bartok ("Sonata per sei" en est une évocation, particulièrement le saisissant 4e mouvement) et Berio ("Erdenklavier..."), de Tchékhov ("Natasha" reprend le personnage de la femme d’Andrei, frère des Trois sœurs, opéra créé en 1997, et le titre "Un taxi l’attend, mais Tchékhov préfère aller à pied" est
explicite !), de Beckett ("Octet plus"), au jazz (certains des mouvements de la "Sonata") et au recours discret à l’électronique. L’Ensemble LINEA se meut dans cet univers particulier avec une complicité évidente (Jean-Philippe Wurtz s’est formé au contact du compositeur hongrois, un temps chef de l’Intercontemporain), épousant, à l’image des pianistes Benjamin Kobler et Reto Staub, la variété des approches, de l’exubérance jazzistique du 3e mouvement de la "Sonata per sei", aux tourments de la fin de la vie de Bartok (4e mouvement de la sonate), à un jeu relevant presque des "Études pour piano mécanique" de Nancarrow (5e mouvement), avant de s’égarer (pour le premier d’entre eux) dans les errances de Tchékhov ("Un taxi..."). Les vents (2 trombones, 2 bassons, 2 trompettes, 1 clarinette et une flûte), servis par des interprètes d’origines géographiques diverses (Japon, Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie...) et de pratiques variées (ainsi le trompettiste Stephen Altoft travaille par ailleurs sur la microtonalité de la trompette...), diversité qui est une des marques de fabrique de l’ensemble LINEA, proposent avec "Octet plus" une délicate mise en sons de l’espace dans lequel s’insère la voix (la soprano Allison Bell)...
Cet enregistrement permet ainsi de plonger aussi bien dans l’univers musical d’un des compositeurs actuels des plus féconds, tout en découvrant une formation attachante dont la seule présence discographique datait d’une dizaine d’années (Ivo Malec "œuvres pour orchestre et formations de chambre".
pierre durr
rudolph grey
the real evelyn mchale? b/w 4 hands is better than none
foreign frequency7424
cd
arthur doyle / rudolph grey
ghosts ii
foreign frequency8811
cd
Avez-vous entendu les "doom sessions" de Robert Johnson? Voilà typiquement le genre de conversation cartoonesque – à la Charles Burns – qu’on pourrait tenir dans l’univers fantasmatique de Rudolph GREY, véritable "détective sauvage" "détective sauvage" à la recherche inlassable des films perdus d’Ed Wood, des images télé détruites d’Albert Ayler, rêvant de l’hypothétique amateur qui aurait filmé les fureurs masochistes des concerts de Suicide en 1973 dans ce monde d’avant Internet, obscur comme une forêt de légendes ou une parole de pythie; il lui arrive aussi de traquer vainement un de ses propres batteurs d’il y a trente ans pour espérer reformer un groupe maudit et commémorer cette no wave dont il était, même s’il a abandonné l’espoir de retrouver ses propres enregistrements perdus – un 45t avec Lydia Lunch noyé avec la faillite du studio, les démos de l’album de Red Transistor et son projet de production par John Cale –, il aime à rappeler son armada titanesque, défaite dans les brouillards de l’histoire secrète: calibres white light (Glenn Branca, Alan Vega, Arto Lindsay, Tim Wright (DNA), Z’ev, Mars) / élites black heat (Arthur DOYLE, Beaver Harris, Charles Tyler, Charles Gayle), il passe en revue ses troupes atomiques de Blue Humans, il nous laisse miroiter le mirage exotica-bruitiste des Flaming Angels où il enroulait telles des lianes obscènes des enregistrements de bêtes sauvages autour des extases d’Andrew Cyrille, Rashied Ali, Lee Ranaldo et des saxophonistes de Borbetomagus. On coupe court à cette première séance de name dropping, pénétrante pour le moins comme l’éloge électrique de la perte, de la dépense et du boucan. Rudolph GREY est un guitariste rare (aucune publication depuis 1996) plus préoccupé par des questions thermonucléaires et leurs réponses chaotiques et libertaires que par les modes musicales s’appelleraient-elles free rock ou jazz-non.
Il s’acharne à extraire une musique d’un univers parallèle où ses obsessions auraient cristallisé : enfantée par la foudre terminale d’Albert Ayler et d’Henry Vestine, par le bruit perdu des Stooges ruminant leurs versions de Coltrane ou de Pharoah Sanders, mauvaise herbe sur la terre brûlée du "LA Blues", retournée par les transes de la "Bäbi Music" de Milford Graves, Arthur DOYLE et Hugh Glover et les riffs plombés des Arrows de Davie Allan.
Rudolph GREY est un musicien fatalement Blank défendu par quelques fils prodiges comme Thurston Moore (qui l’a invité dès la Noise Fest de 1981 à jouer avec Arthur DOYLE et Beaver Harris, publié chez Ecstatic Peace et fait jouer en ouverture de Sonic Youth) ou Alan Licht (membre d’une belle version des Blue Humans avec Tom Surgal).
Rudolph GREY s’obstine à publier de jolis 45 tours de couleurs pour des juke-boxes introuvables ailleurs que dans les mondes de Pynchon, Dick ou Burroughs.
C’est après la séparation orageuse de Red Transistor (1977-1978), son groupe no wave, que Rudolph GREY commence à jouer avec des musiciens de la scène loft jazz et forme les Blue Humans avec les batteurs Rashid Bakr, puis Beaver Harris et le saxophoniste Arthur DOYLE. Ils vont écumer les clubs de la nouvelle vague new-yorkaise avec leurs improvisations hautement électriques.
"Ghosts II" (dont on connaît une version live sur l’album "Transfixed") date de cette période (1980) et projette l’aventure aylérienne. Y chantent les fantômes des fantômes, Arthur DOYLE y joue une "Mayonnaise" des marécages, une ballade jusqu’au-boutiste au risque de la vie et du sens, une ritournelle strangulée jusqu’au tout ou rien de l’éclair. Dans le fond de la pièce et dans une atmosphère de fer brûlé, Rudolph GREY fait des passes de bonneteur autour des cordes de sa guitare, électrique comme une chaise de condamné.
"4 Hands Is Better Than None" est un duo enregistré avec Sumner Crane de Mars en 1980: guitare et piano pour une improvisation sinistre où les instruments sonnent comme des chaînes et des fouets, une sorte d’étrange version idéale pour la frénétique séquence de sexualité et de mort du film de Jess Franco "Le sadique Baron Von Klaus" (déjà illustrée par une musique dissonante de Daniel White), séquence d’un tel érotisme qu’elle est vite devenue invisible (coupée de toutes les copies du film par des projectionnistes fétichistes – on la trouve finalement sur l’édition DVD américaine du film mais surtout pas sur l’édition française qui l’annonce pourtant); ça donne envie de faire sonner les langues : "A quattro mani è meglio di niente" a l’amertume d’un beau titre de giallo, "Cuatro manos es mejor que ninguna" est le cri libertaire d’une pellicule qui n’existe pas ! Ce déchaînement d’énergies donne aussi l’envie de rappeler les amours noirs du free jazz et du cinéma "de nus et de chaînes" (Ado Kyrou) : le Team de François Tusques, Barney Wilen, Beb Guérin, J.F Jenny Clark et Eddy Gaumont fonçant sur les plages des premiers films de Jean Rollin ("Le Viol du Vampire" et "La Vampire Nue") ou les bagarres musicales de Kaoru Abe dans cet irrattrapable film de perte et de destruction de Koji Wakamatsu ("13 Serial Rapes"), mais trêve d’égarement, "4 Hands Is Better Than None" propose une musique véritablement inouïe catapultant un acharnement sadique sur une ballade purement cinématographique, coups sourds des basses, hululements des cordes, du jamais entendu pour une séance rêvée de cinéma de quartier !
"The Real Evelyn McHale ?" est l’enregistrement le plus récent de Rudolph GREY (2007), nouvel hommage à la belle suicidée de l’Empire State building, photographiée par l’étudiant Robert Wiles le 1er mai 1947,
"posée" dans la tôle d’une limousine pulvérisée. Rudolph GREY rallume son Tombeau pour Evelyn McHale (déjà rendu en une minute de vacarme sur "Just Another Asshole # 5" en 1981), étendu à trois minutes et dixneuf secondes de guitare électrique : ondes de choc, reptations métalliques, stupeur musicale, écho tétanique puis burn-out élogieux, extatique et jouisseur.
On rêve d’une version longue où l’on pourrait peut-être entendre le ressac mortifère de l’East River.
"Real" parce que la minute sur JAA n’était pas celle que Rudolph GREY avait sélectionnée sur la master tape ("So it is not the real Evelyn McHale" me confiait-il en 1990).
Et ce Question Mark parce que Rudolph GREY "cherche toujours" la véritable mais insaisissable beauté de la catastrophe et du chaos...
Sa résonance, peut-être comme d’une "doom session" de Robert Johnson ?
yves botz
joane hÉtu
rÉcits de neige
ambiances magnétiquesam 198
distribution : orkhêstra
cd
nous perÇons les oreilles
shaman
ambiances magnétiquesam 200
distribution : orkhêstra
cd
to catch a crab
s/t
who’s brain recordswhb-32
cd
Annoncé avec l’édition de "Nouvelle musique d’hiver" (AM 162) qui elle-même faisait suite à "Musique d’hiver" (AM091)*, voici le dernier opus de ce triptyque consacré par Joane HÉTU à la saison froide, particulièrement marquée au Canada. Comme ses prédécesseurs, ce troisième volet, mis en œuvre par l’Ensemble SuperMusique, se décline autour de quatre axes, ici "La neige",
"Jamais froid", "Rafales", "Paysages". Espaces enneigés, crissements de pieds dans la neige, solitude et angoisse souvent liées à la saison froide sont mis en œuvre par une pratique instrumentale des plus libres, souvent bruitistes, par les anches, le grouillement des percussions, les apports de l’électronique. Mais l’hiver n’est pas uniquement une saison de replis et de crainte. Elle a ses joies, sa quiétude et la musique peut se faire plus emphatique, pleine d’une sérénité appropriée, souvent servie par des textes offrant divers aperçus, entre anecdotes personnelles ou analyses scientifiques.
Parallèlement, Joane HÉTU continue, dans le cadre de NOUS PERÇONS LES OREILLES en partenariat avec Jean Derome, l’exploration de petites saynètes improvisées mettant en œuvre saxophones altos, flûte et voix. L’aspect ludique demeure, mais se conjugue ici avec une approche plus primitive, le dialogue entre les deux officiants se présentant comme une cérémonie incantatoire destinée à chasser les mauvais esprits, pour retrouver une sérénité corporelle et mentale. Cris, onomatopées, souffle haché, riffs torturés, parfois bruitistes concourent à l’élaboration d’une nouvelle musique tribale.
Le duo français qu’est TO CATCH A CRAB, constitué de l’inamovible batteur/percussionniste strasbourgeois Pascal Gully (Ovale, Zakarya, Da-Go-Bert, Suboko...) et de la chanteuse multi-instrumentiste Christine Clément, m’apparaissait l’autre soir, lors de la présentation publique de l’enregistrement, comme une variante de NOUS PERÇONS LES OREILLES. Non qu’il s’agisse ici d’improvisations au sens strict du terme, mais il y a quelque chose de l’esprit du deuxième opus du duo canadien, "la vie, c’est simple", dans lequel les voix, les textes, la présence de percussions proposaient une musique un peu différente de "shaman" ou du 1er enregistrement.
Bref, pas vraiment d’improvisation, mais un travail plutôt expérimental sur les percussions, les échantillonnages, les vents, divers bruitages créant des atmosphères bien particulières et étranges, souvent au service de textes qui mélangent divers idiomes (anglais, italien, allemand, espagnol). Certes, l’ensemble, plutôt ludique et communicatif, frôlant un rock débridé ("A New Shelter"), emprunte aussi la formule de la chanson ("Botanic"), trop mise en avant à mon goût par la production qui gomme en partie la
spontanéité qui jaillit des prestations live.

* Les trois volets de cette saga hivernale existent aussi
en coffret (AM 904)
pierre durr
mekanik kommando
shadow of a rose
monotype recordscat 6
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brasil & the gallowbrothers band
in the rain, in the noise
monotype recordscat 4
cd
neurobot
petla bohumina
monotype recordsmono 030
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Le label polonais Monotype exhume un enregistrement d’il y a quinze ans. MEKANIK KOMMANDO fut un combo batave, né à l’aube des années 80, et proposa alors une new wave, alors naissante, mâtiné de rock progressif, ce qui en fit une certaine originalité dans ce courant où émargeaient aussi des formations telles que Mecano ou Flue.
"Shadow Of A Rose" fut leur 4e album (le 6e en comptant les EPs) et avant-dernier enregistrement alors que s’éloignait peu à peu le côté new wave. En effet, si certaines traces de ce courant musical perdurent dans le traitement des sons, il est plus ouvert et pourrait, curieusement, aussi s’inscrire dans un courant plus psychédélique initié par la génération précédente. Mélodies abouties, travail séduisant d’un violon aux accents folkeux, un brin de sonorités à la fois mystérieuses et chatoyantes font de cet opus un enregistrement des plus séduisants, à la croisée d’expériences variées, fécondes intégrant même (dans "First Reprise", le dernier titre) quelques réminiscences de krautrock. Deux des musiciens de la formation, les frères Peter et Simon Van Vliet allaient d’ailleurs par la suite avec leur groupe The Use of Ashes s’engager davantage dans la voix du folk psychédélique.
Plus récent, enregistré en 2010 à Poznan et émanant d’un trio polonais, "In The Rain, In The Noise" se réfère aussi à une esthétique musicale des années 70, avec une prédilection pour les musiques atmosphériques, distillées à la fois par des instruments électroniques (T.E.R. au Yamaha CS5 et au kaossilator), acoustiques (Rafal Michalowski à la flûte, à l’harmonica, au duduk et à la voix, Tomek Mirt à la guitare, au mbira et à l’échantillonnage). La musique se veut plus ou moins écologique ou tout au moins frappée au sceau du développement durable (?) si l’on se réfère à l’intitulé des pièces (il est question de voix urbaines dans les dunes, de cottage, de camp de vacances) et à la pochette elle-même (carton recyclé, iconographie avec une maison de bois, des plantes...). La musique de BRASIL & THE GALLOWBROTHERS BAND s’apparente parfois à celle d’une autre formation polonaise, The Magic Carpathian Project, qui opérait dans les années 90.
Avec NEUROBOT et leur "Petla Bohumina", l’auditeur reste dans le domaine des musiques atmosphériques avec une instrumentation plus contemporaine à base d’ordinateurs et de laptops, servis par un trio (Jacek Staniszewski, Artur Kozdrowski, Dominik Kowalczyk) auxquels se rajoute, sur le titre éponyme le platiniste DJ Zmarszcski. Enregistrées il y a déjà une dizaine d’années, les 5 pièces du recueil manquent certes d’une certaine originalité (assez inhérente à ce type de production) mais semblent faire œuvre d’anticipation avec l’un des titres, "Eyjafjallajökull", calotte glacière islandaise incluant iconographiquement le volcan entré en longue éruption l’année dernière.
pierre durr
picchio dal pozzo
a_live
altrock recordsalt011
cd
yuggen
iridule
altrock recordsalt013
cd
the muffins
palindrome
musea recordsfgbg 4865
cd
Des anciens et/ou revenants et une formation plus récente. Le label italien AltRock se construit un catalogue exploitant la veine Rock In Opposition. Jusqu’à présent toutes ses productions sont dignes d’intérêt.
Les vétérans de PICCHIO DAL POZZO ont commencé à sévir sur disque en 1976, se sont éclipsés pendant quelques temps pour reprendre du service dans les années 90. Cet enregistrement public date de novembre 2008 et puise dans toute leur discographie (avec une préférence pour le contenu du 1er LP), un répertoire complété par un inédit "Lindbergh". Lors de ce concert, le combo d’origine est épaulé par cinq des musiciens de YUGEN, ce qui nous vaut une démultiplication d’arpèges de guitares, de surimpressions de claviers, percussions et instruments à vent.
Rentrés au bercail, tous les membres de YUGEN contribuent à donner leur vision de l’illusion d’optique décrite par John Shade (personnage du roman "Feu pâle", de Vladimir Nabokov). En tout, ils ne sont pas moins de 16, (sans compter trois invités de marque : Dave Kerman, Tommaso Leddi et Guy Segers – chacun sur une ou deux plages)
à se partager : glockenspiel, marimba, saxophones et clarinettes (tous types), basson, harpe, violon, theremin, batteries, guitares et basses, mellotron, clavecin, pianos et synthétiseurs. Ce foisonnement de timbres vaut aux 11 titres d’"Iridule" des orchestrations recherchées sur lesquelles le chant d’Elaine di Falco parvient à percer.
De leur côté, THE MUFFINS ont mis deux ans à peaufiner ce "Palindrome". La rythmique basse/batterie (Billy Swann, Paul Sears) sert toujours d’assise aux deux comparses Thomas Frasier Scott et Dave Newhouse, qui disposent de tels magasins d’embouchures, tuyaux et jeux de clés qu’ils forment un grand orchestre à eux seuls – mais la technologie et le re-recording permettent aussi aux mains des souffleurs de s’occuper des claviers. Leurs prises de becs laissent néanmoins les plaisirs des trombone et tuba à Doug Elliott et Keith Cottril, le guitariste Brian Sullivan apportant ses propres friselis, tandis que la voix d’Elaine di Falco (décidément omniprésente) apparaît sur un titre.
Ni délavées, ni révolutionnaires, ces trois réalisations devraient apporter chacune son compte a tout collectionneur de R.I.O.
Paul-Yves Bourand
maria raducanu
ziori
tzadiktz 7723
distribution : orkhêstra
cd
tara fuki
sens
indies scopemam 477-2
cd
On finirait par croire qu’une scène presque typiquement vocale émane des contrées de l’Europe centrale et orientale. Après Iva Bittova, Raduza, Evelyn Petrova et quelques autres, on retrouve en effet TARA FUKI pour un quatrième opus (en 10 ans) et une roumaine, Maria RADUCANU. Cette dernière s’est déjà fait un nom dans son pays ("Ziori" serait déjà son 9e album!), voire ailleurs, dans le cadre d’un nouveau jazz roumain et elle n’hésite pas à faire des incursions dans les musiques ethniques, qu’elles soient issues des Balkans ou d’autres tradi-
tions. Sa voix, au spectre particulièrement riche associe notamment à la tradition roumaine des aspects du fado, du blues tout en versant aussi dans l’improvisation. Toutefois, aussi séduisante que soit la voix, l’auditeur peut rester quelque peu sceptique : est-ce un manque de personnalisation de sa musique, est-ce dû à l’accompagnement instrumental parfois irritant (deux guitares, servies par Marc Ribot et Nicolai Adi Chiru) ? À vous de juger.
Après "Auras" paru il y a trois, et par ailleurs un enregistrement controversé pour ses dérives vers des contrées dans lesquelles TARA FUKI semblait perdre sinon son âme, tout au moins son originalité, le duo des violoncellistes tchèques revient à ses fondamentaux. Ici, point d’invités ni de propension à s’insérer dans un langage jazz édulcoré. Les dix pièces de ce recueil, entre écriture et improvisations ne mettent en scène que Dorota Barova et Andrea Konstankiewicz aux voix et aux violoncelles. Cela pourrait toutefois apparaître comme une relecture ou une copie des deux premiers enregistrements, s’il n’y avait une atmosphère différente. L’écriture y est plus variée, faisant appel à diverses techniques vocales ou de jeux instrumentaux, au service d’une musique moins méditative, voire mystique, qu’expressionniste. Une musique qui apparaît de plus en plus comme une osmose réussie et attrayante entre la musique contemporaine et les musiques traditionnelles, usant, outre les textes en majorité dus à Dorota Barova, ceux d’un poète polonais Krzysztof Kamil Baczynski (dont elles avaient déjà mis en musique l’un ou l’autre dans leur premier et deuxième opus).
pierre durr