bernard stepien orchestra
autoproduction
distribution : autodistribution
cd
Bientôt Noël. Les bacs des disquaires (physiques ou en ligne) vont bientôt proposer aux familles leurs enregistrements ad hoc. Alors, pourquoi ne pas jeter une oreille sur cet enregistrement ?
Il s'agit d'une autoproduction émanant d'un musicien animateur d'une radio à Ottawa, Bernard Stepien, originaire de l'est de la France mais installé depuis une quarantaine d'années au Canada.
L'idée était de se produire sur scène en octet, avec un répertoire croisant les compositions d'Albert Ayler avec des thèmes de Noël. Idée concrétisée depuis un an dans sa version enregistrée. L'auditeur, en particulier le francophone, ne reconnaitra certainement pas toutes les mélodies en vogue dans le nouveau monde au moment des fêtes de fin d'années (mis à part Oh Christmas Tree et Silent Night) mais sera sans doute plus familier (du moins pour ceux qui lisent régulièrement ces pages) avec Bells, Spirits, Our Prayer, Vibrations et autre Ghosts. De la familiarité de chacun avec les thèmes d'Ayler et les chants de Noël peut naître une jubilation évidente, mais aussi, au contraire, ce n'est pas à exclure – une moindre empathie.
Cette rencontre entre l'univers de la nativité et l'un des principaux initiateurs du free jazz n'est somme toute pas si iconoclaste. Le jeune Ayler s'est en effet initié à la musique en jouant dans sa jeunesse dans une fanfare d'église – et on sait l'énergie que ces fanfares dégageaient alors – mais on peut aussi rappeler que ses premiers enregistrements américains furent d'abord consacrés aux negro-spirituals. Et ses derniers serviront plus tard à Albert Ayler de substrat à ses improvisations.
Albert Ayler nourrissait son jazz de comptines, de rengaines, de thèmes scandinaves (pas si éloignés finalement d'un O Tannenbaum!) voire de citations approximatives…Celles issues de la tradition de Noël ne sont donc pas incongrues dans sa musique. Et c'est dans cette optique que Bernard STEPIEN a écrit des arrangements complexes croisant souvent très judicieusement Mendelsohn et Infinite Spirit, le traditionnel Oh Christmas Tree et Ghosts, le Silent Night avec Our Prayer. Et ainsi pour six autres fusions.
L'écoute de cet enregistrement peut aussi se coupler avec la récente production de John Zorn "A Dreamers Christmas" (Tzadik TZ7393).
Disponible aussi chez IntraMus@aol.com
pierre durr
pascal battus
simbol / l'unique trace d'pinceau
herbal internationalconcrete disc 1102-02
distribution : metamkine
cd
A ma connaissance il s'agit du troisième disque solo de Pascal Battus, après des sorties sur les labels Pink et Amor Fati. ''Seulement troisième'' j'ai envie de dire, car Pascal on le croise sur beaucoup de projets qui ont marqué et souvent compté dans l'improvisation introspective, dans le repli sur le son, sur la texture sonore, des tableaux qui ont contribué à l'imposer comme un artiste à part. A part dans sa ténacité à explorer le minimalisme lent, brut, à faire sans cesse vibrer le matériau sonore qu'il construit. Aussi discret soit-il, vous l'avez forcément déjà entendu avec le groupe Misère et Cordes et peut-être dans une de ses actualités, Ichnites, le duo avec Christine Sehnaoui Abelnour, deux projets édités par Potlach à presque dix ans d'intervalle. On se rappelle également du trio Pheromone avec Eric Cordier et Jean-Noël Guionnet sur Corpus Hermeticum, du quintet Surface Libre, ou encore des Massages Sonores avec Thierry Madiot. N'en jetez plus. Plutôt prolifique comme on le voit. Le ''voir'' est d'ailleurs central dans son travail, tout autant que l' ''entendre''. Faire l'expérience d'assister à une de ses performances ou autres concerts est un vrai atout pour apprivoiser son paysage sonore. Surtout si vous le suivez depuis plusieurs années. Ce qui est mon cas vous l'aurez compris. Laboratoire ambulant testant les textures proches du larsen contrôlé, les fréquences lointaines qu'il va chercher aussi bien avec ses tripes qu'avec son esprit. Qu'il soit joué au pick up de guitare ou à la guitare environnée, ou ici à la cymbale (jeu de mot avec le titre de la pièce "Simbol" ?), son univers maltraite toujours autant les préjugés, les doutes, sans lui donner ces prétentions qui n'engagent que moi, mais qui remettent les choses au clair. Finalement, cette notion de laboratoire et d'expérience sonore s'accorde assez bien avec sa vision du""massage sonore". Tout est presque dit. Le label malaisien Herbal International tenu par Goh Lee Kwang, sort donc deux pièces en autant de CD glissés dans un beau digipack et surtout dans la série Concrete Disc, consacrée au field recording, bien sur à la musique concrète, électro-acoustique.... Deux angles différents de ses pratiques. La première avec la pièce ''Simbol'', assemblée à l'aide d'enregistrements de cymbales dont il tire avec magie des ''fréquences pures'' comme il le dit dans les notes de pochette. Et je ne peux m'empêcher de citer Antez et ses ''Continuums'', même perspectives en va-et-vient, en balancements droniques de grande envergures. Une musique instantanée, suspendue. Presque à la manière d' Oren Ambarchi et notamment son disque (que je vais arrêter de citer car je l'ai bien exploité celui-là !) ''Stacte Motors''. Trois actes d' ''acoustique préparée'' aux respirations parfois inquiétantes, souvent rêches. La deuxième pièce officie plus dans le côté atelier. Entendez atelier bricolage sonore à la Pascal Battus. Tous les outils de son dispositif y sont, du simple moteur au ressort ou à la vis qui va bien. Là aussi on parle de pureté mais plus dans le côté brut, sans retouches. On branche et on joue. Simplement beau.
cyrille lanoë