tyler higgins
blue mood
shhpuma recordsshh039 – 2018
cd
nick millevoi’s desertion trio w/jamie saft
midtown tilt
shhpuma recordsshh037 – 2018
cd
Avec ces deux enregistrements, le label portugais semble quelque peu s’éloigner de ce qui faisait son originalité. Certes, ce n’est pas la première fois. Tyler Higgins, guitariste d’Atlanta, pratiquant une sorte de blues électrique sur ses premiers enregistrements, tel Broken Blues paru l’année dernière, se fait dans ce nouvel opus multi-instrumentiste en usant aussi de mellotron, d’harmonica, de célesta. Sa palette sonore élargie (à laquelle se greffent le pianiste/batteur Paul Stevens, déjà son partenaire auparavant, et sa femme Ellen Higgins à la voix) le conduit à proposer une musique plus méditative, assez lancinante, aux vertus relaxantes, aux sons évanescents qui nagent dans une béatitude lénifiante – trop doucereuse à mon sens.
Quant à Nick Millevoi, dont c’est le second enregistrement pour le compte de Shhpuma, je ne peux m’empêcher d’y entendre les mêmes propositions musicales qu’offrent les formations américaines que promouvaient Cuneiform, proche du courant Canterbury rock. Si le premier opus paru en 2016, écouté dans un contexte particulier, m’avait séduit, ce Midtown Tilt, tout en gardant des atouts liés au choix stylistique, me laisse un peu dubitatif : il semble n’en conserver que les aspects les plus caricaturaux, sans la fraîcheur du premier.
pierre durr
quentin rollet / jean-marc foussat / christian rollet
entrée des puys de grêle
bisou & fou recordsbis-007-u & fr-cd30 – 2017
cd
Sans la participation active de Jean-Marc Foussat au synthétiseur, ce CD ne serait qu’une (excellente) session de free music improvisée de plus, de la part des Rollet père et fils, Christian à la batterie et Quentin aux saxophones sopranino et alto, absolument efficaces et inspirés dans ce contexte. Ce que j’aime particulièrement est la réussite pas si courante de cette fusion sans hiérarchie entre électronique et acoustique : à l’évidence, les propositions et les réponses de Foussat stimulent ses partenaires, pas avares du tout en claquements, roulements et frottements. Mention particulière pour l’utilisation discrète de voix enregistrées, qui apportent leur dose d’humour (toussotements) et d’étrangeté par leur mixage volontairement caverneux. La pochette ne donnant aucune indication sur le sens du titre Entrée des puys de grêle, on ne peut qu’extrapoler, la musique nous incitant à le faire par ses séduisantes fluctuations entre la pose de nappes conjointes et les échappées en excitations libératoires, lesquelles vous invitent à voguer vers l’imaginaire, du côté des puys d’Auvergne où les sons se répercutent (le CD a été enregistré près du lac de Malamute), des coups de tonnerre quelquefois suivis de grêles par là-bas, voire des fonds de mines ou des machineries industrielles…
claude colpaert